18 juin 2009. Je suis à Chengdu, plus de 4 millions d’habitants, étouffée dans une chaleur lourde et dans une brume de pollution, pour un nouvel objectif: obtenir le droit de partir au Tibet…
J’avais vu Chengdu il y a six ans, j’avais gravi l’Emei Shan et avais admiré avec tendresse les jolis bébés pandas. Mais cette fois-ci, et après le Xinjiang, ma motivation à redécouvrir cette Chine de l’est est bien faible. Suffisamment agacée par le tumulte des villes et par ce que j’ai vu, je n’ai qu’une envie, partir pour Lhassa.
Alors je patiente et laisse couler le temps entre l’air humide brassé par les ventilateurs de ma chambre et la moiteur de l’atmosphère des jardins de ma guest-house. Quelques escapades, à peine plus loin que le bout de la rue, où je ne m’arrête que sur la Chine que j’aime, sur ses vieux, sur ses masseurs aveugles, sur le petit peuple qui vit juste là, si souriant mais si inconscient.
Dix jours à organiser un voyage pour le toit du monde selon les règles millimétrées de la République Populaire de Chine. Car même si elle se targue d’ouvrir l’accès au Tibet grâce à son nouveau train Pékin-Lhassa, elle ferme ses routes aux étrangers pour mieux contrôler, pour mieux encaisser.
Elle ressert peu à peu les possibilités et étend de plus en plus son implacable autorité…
L’entrée par l’ouest est si compliquée par le nombre de permis et d’autorisations qu’elle demande, si coûteuse par l’organisation qu’elle suscite et si éprouvante par les chemins qu’elle emprunte, que la plupart des voyageurs ne s’aventurent pas sur les hautes routes de l’ouest du Tibet.
L’accès par l’est est quant à lui interdit; il est devenu impossible aujourd’hui d’acheter un billet pour le bus qui emprunte les cols grandioses de la Quichua-Tibet Highway. Quand on est à l’est, on prend le train sagement, comme tout le monde, avec son permis et son tour organisé, et on remonte jusqu’à Xinning pour entrer par le Nord.
Le Grand Timonier Mao avait déjà rêvé de ce train mais n’en avait pas eu les moyens. Deng Xiaoping, le Petit Timonier, jette les bases du projet, et Hu Jintao, l’ingénieur, en achève la réalisation entamée par son prédécesseur, Jiang Zemin.
Avec l’ouverture de cette ligne en 2006, Lhassa devient la station terminus provisoire d’un train colonisateur qui déverse chaque jour sur place touristes et fonctionnaires chinois afin de rendre irréversible la conquête de l’ouest façon Han.


Le 1er juillet de cette année-là, alors que les médias chinois louaient avec une fierté trop arrogante la réussite du Parti communiste avec ce train le plus haut du monde construit dans le plus grand respect de l’environnement et des intérêts locaux, les Tibétains exilés dans le reste du monde portaient un brassard noir pour rappeler le drame de leur peuple colonisé.
Espace vital, domination stratégique sur l’ensemble du continent asiatique, ressources naturelles, de l’eau à l’uranium en passant par l’or et le pétrole, attraits touristiques, tant d’atouts majeurs pour le Tibet face à une Chine en phase aiguë de croissance démographique et économique qui ne se gêne pas pour s’approprier ce qui lui plaît, ce dont elle a besoin…
Et désormais, avec ce train-là, la Chine continentale est fermement amarrée aux hauteurs tibétaines pour mieux continuer de les coloniser.
C’est donc le 27 juin que j’embarque à bord du Chengdu-Lhassa groupée à cinq autres voyageurs pour douze jours chronométrés au pays des Monts Neigeux. A deux jours de rail, Lhassa, capitale du Tibet envahie en 1949 par les troupes chinoises sous couvert de «libération pacifique»…
En compartiment «couché dur», les passagers s’installent pour 48 heures de voyage extraordinaire. A la tête de chaque couchette, un petit masque à oxygène en plastique pour les voyageurs en proie au mal des hauteurs.
Ici un couple de retraités fait la route jusqu’à Lhassa avec son petit-fils pour rendre visite aux parents de celui-ci qui se sont installés dans la cité il y a quelques années. Là, une belle femme d’une quarantaine d’années s’y rend pour la première fois, quelques jours de tourisme dans un emploi du temps de fonctionnaire. Tous sont Han. Tous sont fiers de leur train, heureux de rejoindre la capitale de la région autonome du Tibet.


Les Tibétains, eux, voyagent en «assis dur» sans masque à oxygène, dormant les uns sur les autres, au milieu des résidus de graines de tournesol et autres sachets de nouilles instantanées. La vie s’étale ainsi sans plainte pendant deux jours sous les commentaires propagandistes des haut-parleurs qui réinventent l’Histoire selon la vision de la République Populaire de Chine. Le progrès et l’aide apportés par le parti du pays «libérateur» avec ce fabuleux projet du train des montagnes permettra à ces «pauvres populations reculées et sous-développées» de s’ouvrir au reste du monde malgré les désavantages de sa situation géographique tout en ayant la chance de pouvoir être enfin éduquées.
A entendre la voix naïve du speaker qui récite sur fond de musique suave, on pourrait s’étonner que les passagers tibétains ne sortent pas leurs mouchoirs et ne s’agenouillent pour remercier haut et fort ces envahisseurs qui, en clamant leur générosité, se construisent une ligne ferroviaire directe pour pouvoir pomper plus librement et facilement dans le grand trésor tibétain…

Xinning, dernière station avant d’amorcer la traversée des hauts plateaux de la région de l’Amdo, anciennement partie intégrante du Tibet. La ville est cependant comme toute autre ville chinoise et ses origines tibétaines se sont diluées depuis longtemps. Sur le quai, 10 minutes d’arrêt pour vivre l’effervescence des shops ambulants qui vendent à tour de bras pattes de poulet fluorescentes et bières peu rafraîchissantes.
Coup de sifflet et départ théâtral du convoi pour Lhassa. La main vissée à la tempe, le corps droit et le regard planté au loin, le chef de compartiment adresse un signe de salut respectueux à un supérieur imaginaire.
Devant moi, encore 20 heures de train pour découvrir peu à peu, l’esprit rendu euphorique par le manque d’oxygène et l’émerveillement, les prémices des étendues himalayennes.
Jeu de lumières sur cascades de roches et miroirs de ruisseaux sacrés. Puissance du ciel qui semble s’amuser à raser les montagnes, qui lâche ses nuages comme des taches magiques aux formes ingénieuses sur des pâturages immenses.

Les passagers s’agglutinent derrière les vitres et dégustent avec plaisir le nectar promis du spectacle inoubliable d’un voyage pas comme les autres.
En moi, ce sont des années de désirs de ces contrées qui sont en train d’être exaucés et mes yeux s’ouvrent pleins d’émotion sur les kilomètres qui nous rapprochent de Lhassa.
J’avais prié avec force pour que le destin nous offre un accompagnateur tibétain. J’aurais difficilement supporté la compagnie d’un guide chinois à la vision trop modelée par la propagande.
Et le Tibet nous offrit Yendren. Il déposa les traditionnels kata de bienvenue autour de nos cous, et nous annonça avec son petit rire espiègle qu’il était notre guide.
Il n’avait pas le droit de parler de politique avec nous, mais était là pour nous encadrer tout en nous racontant son pays et sa culture.
Une fois quitté Lhassa et dans l’intimité de notre mini-van, il transgressera des interdits et nous racontera sa vie, comment il traversa les hautes montagnes himalayennes à l’âge de 17 ans avec d’autres clandestins, afin de pouvoir rejoindre l’Inde et y étudier à Dharamsala auprès de la communauté tibétaine en exil, comment il était revenu après toutes ces années pour tenter de survivre dans son pays à la sinisation forcée. Il nous racontera son père défendant avec ferveur la capitale lors du soulèvement populaire de Lhassa en 1959, il nous parlera des villages prisons où les habitants ne peuvent plus sortir par mesure de répression.
Nous verrons par nous-mêmes les snipers sur les toits de la ville, surveillance omniprésente, les longs convois militaires sur les routes de campagne, présence menaçante. Evidemment, il est interdit de photographier les petits soldats déambulant sur les pavés de la cité. Deux militaires pour un tibétain, ai-je entendu dire… A croire que la Chine a peur de ces pauvres populations arriérées qui selon leurs dires nagent dans le bonheur d’avoir été libérées!
Pékin continue à prétendre que tout va bien à Lhassa, que le peuple est heureux, que la ville est sûre, tandis que le Potala, poussé à devenir le fantôme de lui-même en servant de vitrine aux touristes, pose son regard sur le drapeau qui flotte avec une fierté mal placée à ses pieds.

Le quartier du Bokhor, cœur de la cité religieuse à présent puissamment encerclé par la nouvelle ville chinoise, essaie de poursuivre son existence au rythme des prières des pèlerins qui chantent en silence un espoir de liberté.
Un sentiment de malaise évident qui s’impose en moi face à cette mascarade d’une authenticité remodelée puis exhibée sous le regard sans respect des touristes chinois qui se placent à quelques centimètres des visages pour les immortaliser au téléobjectif.
Et pourtant, l’âme de Lhassa, bien surveillée, est encore là… Dans les yeux des petites marchandes étalées sur les trottoirs, dans la fumée sacrée qui s’échappe des monastères ou dans le bruit des moulins à prières, dans les murs des vieilles maisons qui n’ont pas encore subi de plan de rénovation, dans la lumière du soir qui s’étend sur la ville, dans le vent qui se faufile dans les allées, dans le mouvements des rideaux aux portes des temples.



Au matin de notre 4e jour sur sol tibétain, je fais une dernière fois le tour du Jokhang en guise d’adieu à Lhassa. Les échoppes sont encore endormies, seuls les pèlerins se dessinent dans l’aube. Un pas en avant, les deux mains jointes au ciel, puis ils s’agenouillent et s’allongent de tout leurs corps sur le pavé sacré. Ils se relèvent et répètent inlassablement leur pieuse révérence.
Trois jours pour vivre à Lhassa ce que l’on peut, et sept de plus pour parcourir quelques unes des merveilles du toit du monde.
Cette semaine restera l’une des plus intenses de ma vie, tant mes yeux auront plongé dans des espaces incroyables, tant mon corps aura appris l’altitude, tant mon cœur aura reçu le Tibet de plein fouet.
Sur notre route programmée, Nam-tso, le grand lac, bouleverse mon âme par sa beauté.

Comme une puissante aspiration de bleu qui fait rebondir les nuages dans l’immensité des eaux sacrées. J’ai mal à la tête sous ce soleil à 4300 mètres, mais j’ai la poitrine qui se gonfle de bonheur. L’horizon est si profond et le ciel si infini que je me sens comme en suspension, moi petit pion dans l’univers. Cet endroit possède une énergie si puissante qu’il résonnera pour toujours en moi avec la même force.

Sur le chemin, une rencontre éphémère, jeune Tibétaine sous le ciel qui se charge d’une pluie prochaine. Elle est là, le sourire espiègle accroché aux yeux, et me regarde en tirant la langue. Elle espère que je sortirai de ma poche une image interdite bien cachée dans mes affaires… Mais malheureusement je n’ai pas de photo du deuxième dalaï-lama. Dangereux pour moi bien moins que pour elle. Elle fait un petit geste déçu mais amical de la tête et me prend par la main, et nous repartons le cœur en fête sur le chemin de nos prières.
Au cours des kilomètres qui nous emmèneront vers l’ouest puis vers le sud en direction du Népal, un spectacle sans fin de couleurs et de formes, coup de maître de la Création qui s’amuse à peindre l’horizon avec des doigts de géants.

A l’arrière du mini-van, avec mes cinq compagnons de route, on pousse des grands «Oh…, ouah…» Ici un double arc-en-ciel décalqué sur fond de montagnes d’or, là des ruines mystérieuses en plein désert de caillasse, de ce côté des fleuves et des vallées qui se faufilent entre des monstres de roc qui se dominent les uns les autres dans des drapés d’ocre et de verts, de pourpres et de gris. Le soleil, lui, tel un chef d’orchestre, met sous ses projecteurs le profil d’une montagne ou le reflet d’une rivière.


Et on prend de l’altitude, on passe de nouveaux cols où les nuages restent accrochés aux langues des glaciers. Une pause improvisée et c’est la rencontre avec un berger au sourire édenté. On suit à présent la piste qui mène au camp de base de l’Everest. Cent kilomètres qui s’étireront dans le temps, plus de 10 heures à faire des bonds au milieu de ce décor presque lunaire. Et puis juste avant la tombée de la nuit, au détour d’une vallée, on l’aperçoit enfin. Il est là, timide sous une lune précoce et bordée d’un duvet de nuages: le plus haut sommet du monde.


On se faufile dans le petit crépuscule himalayen et on marche sur des galets d’or, avant de se glisser dans la chaleur d’une tente-hôtel aux plafonds brodés de patchworks.
Poumons fatigués et tête douloureuse, je m’endors, l’euphorie toujours au cœur, après avoir été bordé par la douce Dolma qui, en hôtesse attentionnée, dépose une caresse sur ma joue de ses doigts de fée.
A 5 heures, le réveil sonne. Encore assommés par l’altitude, on enfile machinalement bonnet et veste chaude. Dehors, c’est encore la nuit, mais l’aube n’est plus très loin. Le mal de tête n’est pas passé, mais il ne m’empêchera pas de marcher une bonne heure dans la brume du matin jusqu’au camp de base militaire. Ce qui est plus loin nous est interdit. On peut rester là 40 minutes montre en main, voir le soleil se lever sur la moraine qui s’élance devant nous, et espérer que l’Everest ne soit pas trop frileux.
Alors on s’installe et on attend. On espère. Faire abstraction de la présence de la milice n’est pas trop difficile. Quand au drapeau aux couleurs de la République Populaire de Chine, il me paraît vraiment ridicule. Là, devant nous, va peut-être se dévoiler la plus haute montagne au monde…
Les minutes passent mais le géant ne se montre pas.
Retour au campement en se rassurant: c’est très rare de le voir totalement dégagé…
Et moi je me disais: «De toute façon, je le reverrai, depuis l’autre côté…»!
Lumière saturée du matin, Dolma dépose son enfant dans l’embrasure de la porte. Il lève les yeux sur moi. Ce regard ultra profond et tant de questions.
Au moment du départ, Dolma me prend dans ses bras et me serre comme on serre un être à qui l’on tient. Emue, je lui prends les mains et me rappelle à quel point me manquent les miens.

Il ne reste plus que deux jours avant de rejoindre la frontière sud, celle qui me fera passer du côté népalais. Deux jours encore à travers des paysages grandioses, sortis de l’imaginaire d’un artiste fou. Et toujours le ciel, en imposant maître de l’espace.
Old Tingri, notre avant-dernière étape, nous accueille dans une lumière rasante. Il n’est pas loin de 17 heures et le vent souffle fort dans la poussière de la plaine.
Sur la belle route qui continue vers l’ouest, le bétail rentre dans un aveuglant contre-jour. De l’autre côté, un nuage de paillettes d’or étend sa toile au-dessus du bourg.

Panorama de sommets dans nos mirettes pointées vers le sud. Everest, Cho Oyu, Makalu et Shishapangma: pas un qui ne descende en dessous de 8000 m.
Old Tingri, sous ses faux airs de ville fantôme du Far West, se révèle en fait la Hollywood des plus hautes montagnes du monde.
On gonfle ses poumons à bloc, le vent continuant à n’en faire qu’à sa tête, et on attend que le soleil se retire, illuminant jusqu’au bout les grands pics enneigés de la chaîne himalayenne.
Notre dernier jour à traverser les contrées tibétaines nous fera monter encore une fois par un col à plus de 5000 mètres, le Lalung La. Petite marche, la respiration brûlante sous la lumière de midi. L’air balaie l’horizon sans retenue, et mes yeux se voilent… Tibet, je te quitte bientôt déjà, et je n’ai pas le choix. Rire et larmes tout à la fois, peut être le manque d’oxygène, mais même si mon cœur se serre, je ressens une force puissante qui cogne dans ma poitrine, celle de cette terre qui parle mille langages, celle qui ne ressemble à aucune autre, terre envahie, mais terre vivante, vibrante.

Pendant quelques heures encore mon âme restera accrochée aux milliers de banderoles de prières claquant dans le vent du Lalung La. Ensuite viendra la grande descente vers Zangmu, quelque 3000 mètres plus bas.
La traversée de la chaîne du Grand Himalaya s’amorce pour rejoindre dès demain le Népal dont je ne sais pas grand-chose, à vrai dire presque rien.
Je ne sais pas à quoi je m’attendais, peut-être que je n’avais pas réellement imaginé ma route après le Tibet. Je n’avais en tout cas pas imaginé ce qu’elle serait jusqu’à Zangmu.
Tout au long de ce trajet, mon ami Fred et moi, compagnons de route depuis deux semaines déjà, avons installé un petit satellite dans notre imagination pour comprendre mieux la disposition de cet espace dans les trois dimensions…
Imaginez que vous êtes sur l’un des plus hauts plateaux du monde, bordé à ses pieds par quelques sommets de 8000 m et beaucoup de 7000, sorte de barrière rassurante. De l’autre côté, un nouveau pays qui inverse la donne, gardant les hauteurs pour surveiller ses arrières, et s’épanouissant dans de belles contrées verdoyantes.
Et là, entre les deux, une faille énorme qui s’ouvre au milieu par la force des montagnes, une faille qui s’engouffre dans la mousson interdite de Tibet, arrêtée par les géants de l’Himalaya.
La faille nous aspire vers le bas, plongeant vers le sud, faille fumante et humide.
Je me retourne, et je ne vois déjà plus rien derrière moi.

Mes premiers instants au Népal sont frappés par l’évidence qu’ici je palpe à nouveau la liberté. Plus de contrôle, pas de route obligatoire, pas de sourire croché au visage pour montrer sa meilleur face.
Je pars sans trop me retourner, le Tibet est en moi, et il vivra malgré les drapeaux et la mauvaise fois du gouvernement pékinois.
Katmandou m’accueille sous la pluie et la Yellow House m’ouvre chaleureusement ses portes. Je m’y sens déjà comme à la maison. Deux semaines à retrouver ma solitude avant d’être rejointe par celle que je considère comme ma sœur.
Partage avec les miens, enfin.
Deux semaines à travailler sur mes images, tout en laissant bouillonner en moi une colère et une inquiétude qui n’ont cessé de grandir depuis deux mois.
Je suis libre à présent de décider de ne plus jamais remettre les pieds en Chine, de renoncer à revoir le Tibet, de ne jamais poser les yeux sur son Mont Kailash, d’accepter que son lac Manasovar ne sera qu’un rêve jamais réalisé.
Mais je ne pourrai oublier le Tibet, et mon âme ne pourra pas faire comme si elle ne savait pas.
Je suis libre. Mais pas le Tibet.
Depuis mon dernier séjour en Chine, j’ai peur. Peur d’un monde où la Chine pourrait décider d’étendre encore un peu plus à gauche, encore un peu plus bas, puisqu’elle l’a déjà fait deux fois…
Peur de réaliser que nos démocraties ne soient finalement pas décidées à prendre clairement position en respectant et en défendant leurs propres valeurs. La démocratie repose sur la capacité d’un certain nombre d’individus à dire non à un certain moment de l’Histoire. Et je n’ose croire que nous n’ayons pas le courage, après avoir trop longtemps sous-entendu un oui, d’articuler sans équivoque un NON.
Non, ceux-ci n’ont pas le droit d’en faire à leur guise, bafouant toutes les règles internationales, et non nous ne pouvons pas continuer à détourner le regard, parce qu’on ne peut pas se permettre d’être en froid avec la Chine en vue de protéger nos propres intérêts.
Plus que de s’inquiéter, il est grand temps de réfléchir. Que faisons-nous, que et qui cautionnons-nous?
La question tibétaine reflète les contradictions de notre monde et des intérêts des Etats qui le composent. Le Tibet meurt de nos silences.
Et j’espère qu’il ne sera pas trop tard quand nous nous rendrons à l’évidence qu’il est aussi la plus forte métaphore de nos libertés.
«Les enjeux sur les plateaux tibétains ne sont pas minces et concernent la planète dans son ensemble, du moins le continent asiatique, et plus largement sans doute toute l’Eurasie: plus de 40% des ressources recensées à l’intérieur des frontières actuelles de la Chine se trouvent au Tibet, de l’arsenic au zinc en passant par la bauxite, le charbon, le fer et l’uranium, sans négliger l’or, le jade ni le saphir, pas plus que le quartz ou le sel, ni même le pétrole. A moins que l’eau ne soit la plus précieuse de toutes ces richesses… Préoccupation majeure de la communauté humaine!
(…)
Les plus grands fleuves d’Asie et une quantité non négligeable de rivières qui les alimentent prennent leur source au cœur des glaciers qui jalonnent les étendues tibétaines.
(…)
Des dix rivières les plus menacées au monde, quatre prennent leurs sources au Tibet.»
(Extraits de Tibet, la question qui dérange, Claude B. Levenson)

Merci Mumu chérie pour ton récit imagé et surprenant, j’ai voyagé avec toi. Que d’émotions.
J’espère de tout coeur que tu pourras y retourner …
Belle suite de chemin en très bonne compagnie Gros bisous
Tantine gene
Merci Merci Muriel pour le partage de tout CELA
Bises chaleureuses
Irène
Chère Muriel,
Belle émotion à vous lire, très beau texte qui me prend aux tripes, moi qui avais fait le choix de ne pas aller au Tibet pour ne pas me sentir complice de l’invasion, après lecture je me dis que j’ai envie d’y aller, d’aller voir ces gens, ces montagnes, pour aussi leur dire qu’on ne les oublie pas, comme certains maîtres tibétains qui nous invitent à nous y rendre pour que le Tibet existe, pensant aussi que la rencontre avec l’ailleurs permettra peut-être d’ouvrir l’esprit des envahisseurs, mais ça je n’en suis pas sûr, car je connais aussi trop cette Chine implacable, sans sentiment, pragmatique et effrayante, qui tient son peuple en otage et dans l’ignorance, je connais ces minorités opprimées, les Han ne faisant au Tibet que ce qu’ils ont fait dans leur propre pays. Merci Muriel pour ces mots qui éveillent et sont inspirants. Merci. Jacques
je reste sans paroles… merci de faire partager cela..
bonne suite de voyage. cornelia
Impressionnant tant dans l’image que dans les paroles…….
Je suis heureuse pour toi que tu ais trouvé un sens à ta vie au cours de tes voyages!Bravo !
On ne se connait que très peu mais je garde de toi le souvenir d’une jeune fille pleine de ferveur de vivre!
C’est ta maman qui m’as donné la joie de te lire…..et c’est avec beaucoup d’émotions que je t’écris …
Je t’embrasse de tout coeur et bon voyage!!!
Marie
Bonjour, je viens de découvrir par hasard votre blog car hier il y a eu une soirhttp://mumiel.wordpress.com/2010/12/23/hommage-a-claude-levenson/ée hommage à Claude Levenson à Paris, avec entre autre son mari Jean-Claude Burher, et je cherchais un éventuel résumé…Je connaissais aussi Claude et je me retrouve dans vos mots, mais vous les dites si bien, vos expressions sont belles et vous avez su découvrir la vérité du Tibet d’aujourd’hui.
Je viens d’envoyer le lien de votre blog à Jean-Claude Burher et à une autre amie, Marcelle Roux de France-Tibet.
Merci pour ce que vous avez donné…! Avec mes amicales pensées de la Drôme.