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	<title>Mumiel&#039;s Blog</title>
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	<description>textes et images © muriel rochat</description>
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		<title>Exposition &#8220;Ce Monde ailleurs, réflexions au long de la route&#8221;</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Feb 2011 14:25:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mumiel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Vous m&#8217;y avez encouragée, vous l&#8217;avez attendue, la voilà enfin&#8230;. Le 12 mars 2011, deux ans jours pour jours après mon départ, aura lieu, à la Galerie du Sauvage à Porrentruy, le vernissage d&#8217;une exposition de photographies ainsi que d&#8217;un ouvrage regroupant reliques visuelles et textes de cette inoubliable aventure. J&#8217;espère avoir le grand plaisir [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=531&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vous m&#8217;y avez encouragée, vous l&#8217;avez attendue, la voilà enfin&#8230;.</p>
<p>Le 12 mars 2011, deux ans jours pour jours après mon départ, aura lieu, à la Galerie du Sauvage à Porrentruy, le vernissage d&#8217;une exposition de photographies ainsi que d&#8217;un ouvrage regroupant reliques visuelles et textes de cette inoubliable aventure. J&#8217;espère avoir le grand plaisir de vous y voir!</p>
<p><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2011/02/cma_affichea3.jpg"></a><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2011/02/cma_affichea31.jpg"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2011/02/cma_affichea32.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-535" title="CMA_afficheA3" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2011/02/cma_affichea32.jpg?w=500&#038;h=705" alt="" width="500" height="705" /></a><br />
</a></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/mumiel.wordpress.com/531/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/mumiel.wordpress.com/531/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/mumiel.wordpress.com/531/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/mumiel.wordpress.com/531/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/mumiel.wordpress.com/531/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/mumiel.wordpress.com/531/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/mumiel.wordpress.com/531/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/mumiel.wordpress.com/531/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/mumiel.wordpress.com/531/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/mumiel.wordpress.com/531/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/mumiel.wordpress.com/531/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/mumiel.wordpress.com/531/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/mumiel.wordpress.com/531/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/mumiel.wordpress.com/531/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=531&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Hommage à Claude Levenson</title>
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		<pubDate>Thu, 23 Dec 2010 15:28:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mumiel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Juin 2008, Madame Levenson sonne à ma porte. Une poignée de mains qui se prolonge dans la profondeur de son regard, dans la chaleur de son sourire. Madame Levenson, calme et discrète, pénètre dans la pièce de soins où j’aurai le plaisir de lui donner quelques séances de shiatsu durant les mois qui suivent. Elle [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=522&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Juin 2008, Madame Levenson sonne à ma porte. Une poignée de mains qui se prolonge dans la profondeur de son regard, dans la chaleur de son sourire.</p>
<p style="text-align:justify;">Madame Levenson, calme et discrète, pénètre dans la pièce de soins où j’aurai le plaisir de lui donner quelques séances de shiatsu durant les mois qui suivent.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle pointe une image accrochée au mur, et d’une voix toute douce elle me dit : «c’est un très beau bouddha birman que vous avez-là ».</p>
<p style="text-align:justify;">Mes yeux brillent face aux prémices d’une passion commune : «Vous avez l’air de bien connaître l’Asie, quels sont les contrées qui vous ont le plus marquée ?»</p>
<p style="text-align:justify;">Elle me répond simplement : «La Birmanie, et le Tibet…».</p>
<p style="text-align:justify;">Je ne sais pas encore à ce moment-là pourquoi, mais c’est pleine de respect que je lui glisse : «Le Tibet j’en rêve depuis longtemps; il m’a été interdit en 2003, mais j’espère pouvoir m’y rendre l’année prochaine. Peut-être qu’un jour vous m’en parlerez…?»</p>
<p style="text-align:justify;">La semaine suivante, à la fin de la séance, elle sort de son sac un petit livre qu’elle m’offre en me souriant presque timidement: «un présent, pour vous qui aimez le Tibet…».</p>
<p style="text-align:justify;"><em>« Le Tibet, </em>PUF, <em>Que sais-je ?,</em> 2008<em>, Claude B. Levenson</em> »… Je lève sur elle des yeux surpris et pleine de considération je lui dis : « Mais? C’est vous qui l’avez écrit ?!». Souriant humblement elle me répond que oui.</p>
<p style="text-align:justify;">*</p>
<p style="text-align:justify;">Deux années trop courtes où j’aurais eu la chance de côtoyer cette grande dame, à la découvrir peu à peu au fil de nos rencontres et de la lecture de ses écrits.</p>
<p style="text-align:justify;">Durant mon année de voyage sur les routes d’Orient, Claude me soutenait et m’écrivait, s’inquiétant comme une amie fidèle de me savoir sur territoire chinois quand que je criais ma révolte sur le net contre la politique de sinisation des régions que je traversais.</p>
<p style="text-align:justify;">C’était bon de la lire et de la savoir là, partageant avec humour mes coups de gueule, et la voyant profiter de mes lignes pour nourrir le souvenir de ses voyages passés.</p>
<p style="text-align:justify;">Je la revis dès mon retour en mars, et s’il était bon de la lire pendant mon absence, pouvoir à présent échanger avec elle mes impressions encore brutes de cette expérience de vie était comme un apaisement. Claude était comme une caresse sur l’effervescence de mes émotions, elle savait et comprenait, tout en me questionnant avec curiosité.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle qui savait tant de chose, elle me poussait au récit et emportait mes paroles avec un respect dont je me sentais honorée. Je voyais briller dans ses yeux l’amour pour ces pays que je venais de traverser tout en sentant avec douceur la foi qu’elle plaçait en moi.</p>
<p style="text-align:justify;">Outre la grande admiration que je portais à Madame Levenson pour ses connaissances et ses engagements, j’aimais sa présence, son calme et sa gentillesse, j’aimais sa plume et la beauté de son esprit. Elle savait oser et doser les mots pour en augmenter la portée et la force, elle savait rire de ses emportements en se référant avec philosophie à ceux qu’elle aimait tant : «Les tibétains savent mieux que nous que la patience est la plus forte des armes, et qu’il faut faire confiance à la vie pour qu’elle remette à leur place les choses et les gens qui vont à l’encontre du grand ordre universel… ».</p>
<p style="text-align:justify;">J’aimerais vous dire merci, Claude, merci pour l’amitié et la confiance dont vous m’avez honorée, merci pour la femme que vous avez été, fidèle à ces valeurs que nous devrions tous nous efforcer de défendre. Merci d’avoir été sur mon chemin le temps d’un battement de cils, car même si ce temps-là fut trop court, vous resterez à jamais présente en moi, comme une magnifique et lumineuse source d’inspiration.</p>
<p style="text-align:justify;">Mes mains se sont posées sur vous, mais vous, c’est de la beauté de votre âme que vous m’avez si profondément touchée.</p>
<p style="text-align:justify;">Alors je vais mettre le souvenir de votre sourire sur chacune de mes larmes, en vous souhaitant de tout mon cœur de reposer à présent dans un royaume de paix, loin de l’oppression et de l’injustice contre lesquelles vous vous êtes levée avec tant de courage et de conviction.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/12/claude-levenson.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-523" title="claude-levenson" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/12/claude-levenson.jpg?w=500&#038;h=430" alt="" width="500" height="430" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:center;">Claude Levenson s&#8217;en est allée vers la Lumière le 13 décembre 2010, en tenant dans ses mains une petite statuette du Bouddha, bénie par le Dalaï-Lama&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">photo © Chris Blaser</p>
<p style="text-align:justify;">www.<strong>claudelevenson</strong>.net</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/mumiel.wordpress.com/522/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/mumiel.wordpress.com/522/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/mumiel.wordpress.com/522/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/mumiel.wordpress.com/522/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/mumiel.wordpress.com/522/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/mumiel.wordpress.com/522/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/mumiel.wordpress.com/522/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/mumiel.wordpress.com/522/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/mumiel.wordpress.com/522/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/mumiel.wordpress.com/522/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/mumiel.wordpress.com/522/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/mumiel.wordpress.com/522/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/mumiel.wordpress.com/522/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/mumiel.wordpress.com/522/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=522&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Le septième soleil</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Aug 2010 12:11:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mumiel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Village frontière alors que s’échappe la nuit. Encore une petite heure à attendre dans la fatigue que l’Inde nous ouvre ses portes. Un de ces moments où l’on se bat contre les moustiques insomniaques autant que contre le sommeil et où le chai réchauffe le corps et détend les membres endoloris. Derrière nous, huit heures [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=463&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Village frontière alors que s’échappe la nuit. Encore une petite heure à attendre dans la fatigue que l’Inde nous ouvre ses portes. Un de ces moments où l’on se bat contre les moustiques insomniaques autant que contre le sommeil et où le chai réchauffe le corps et détend les membres endoloris. Derrière nous, huit heures de bus, à quitter le Népal par l’Est.</p>
<p style="text-align:justify;">Marcher dans la poussière en longeant des caravanes de camions, le sac trop lourd et les jambes trop faibles.</p>
<p style="text-align:justify;">Passeport tamponné. Et marcher encore, jusqu’à la deuxième frontière, accompagnés par le jour qui se lève.</p>
<p style="text-align:justify;">Un globe rougeoyant qui glisse vers le haut au fil de nos pas et la sensation de cette atmosphère unique qui ne se décrit pas, <em>incredible India!</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align:justify;">Et les larmes qui roulent sur mes joues, chargées de l’émotion de ces jours de voyage et de fatigue, intense mélange de moments partagés et de profondes réflexions.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-987.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-464" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-987.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-463"></span>Devant nous encore trois jours de route jusqu’à Hampi et la promesse de semaines tranquilles. Mais avant ça, il faudra traverser le Bihar pour rejoindre la capitale de la province, Patna, une cité poubelle rongée par la pauvreté et la corruption, reflet véritable de la plaie infectée de l’Inde. On marche dans une atmosphère puante sur des trottoirs d’ordures compressées, agressés par le bruit et l’attitude malveillante des gens. Devant la gare, toute une foule en attente, assise pour quelques heures sur l’esplanade devenue un immonde pissoir géant.</p>
<p style="text-align:justify;">On trouve refuge dans la salle de repos à l’étage supérieur et on s’allonge sur le sol pour quelques courtes heures de sommeil avant d’embarquer à destination de Bombay. Le reste de la nuit sera paisible, ballottés sur notre couche par les mouvements saccadés du train.</p>
<p style="text-align:justify;">Au matin, nous arrivons lentement aux portes de Mumbai, et pénétrant peu à peu ses banlieues de bidonvilles qui s’étendent sous nos yeux pendant une heure, nous atteignons finalement le cœur de la ville et ses superbes bâtiments, reliques de la grande période de colonisation. Une belle représentation de la richesse et de la misère qui vit côte à côte dans cette société indienne en pleine transformation. Les grandes enseignes trônant dans les arcades de cette vieille architecture anglaise narguent le petit peuple qui continue, le sourire aux lèvres, à vivre dans la crasse de ses petites échoppes.</p>
<p style="text-align:justify;">Le soleil brille sur Mumbai et la bonne humeur réjouit nos cœurs car ont lieu ici de nouvelles retrouvailles avec notre ami Fred, qui poursuivra avec nous pendant quelques semaines route et aventure vers l’est.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques heures avant le train pour Goa, juste le temps de réaliser une mission poste pour envoyer au pays nos affaires d’hiver. Les pigeons volent au-dessus du petit office en plein air et les taxis tournent en répandant de joyeux coup de klaxons.</p>
<p style="text-align:justify;">Notre première rencontre avec Bombay est courte mais elle est de bon effet.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques heures d’attente avant le train qui nous emmènera tous les trois vers Goa, dans une ambiance si différente de Patna.</p>
<p style="text-align:justify;">Et c’est une bien mauvaise surprise qui nous attend pour notre troisième nuit de voyage, car ressentant déjà suffisamment de lassitude après les 1600 kilomètres parcourus depuis Katmandou, nous apprenons que nous n’aurons que deux couchettes pour trois, et qu’il nous faudra nous contraindre à en partager une à la méthode indienne…</p>
<p style="text-align:justify;">On a beau s’aimer très fort, on passera les heures suivantes à jouer au Tetris avec nos corps, en cherchant la combinaison la plus confortable pour les deux pièces uniques de notre puzzle humain. La nuit est mouvementée et on se fait rabrouer par des didis citadines offusquées par le ramdam provoqué par ces étrangers. Vif contraste avec nos heures ferroviaires précédentes où le petit peuple mange et dort à même le sol, pendant que les vendeurs de chai arpentent les compartiments et que les mendiants chantent ou implorent d’une main marquée par la vie quelques roupies pour leur prochain repas.</p>
<p style="text-align:justify;">Une nuit pénible mais au matin la perspective de nous savoir bientôt arrivés, enfin. Il nous reste une journée de bus à bifurquer vers l’est pour rejoindre le centre de l’Inde et du Karnataka. On traverse des campagnes plates, où alternent au fil des kilomètres des cultures de piment et de coton, ponctuant de rouge et de blanc la terre brune qui s’assèche sous le lourd soleil de novembre. La piste est mauvaise, et notre bus bien vieux. Les heures sont longues, à supporter l’excès de notre fatigue, bousculés par les irrégularités de la route. Parfois on se fait projeter en l’air si violemment que rien n’amortit la secousse, et le dos et les fesses encaissent douloureusement le choc. Fred, le pauvre, s’y brisera même une côte.</p>
<p style="text-align:justify;">La journée passe lentement au fil des bosses, jusqu’à ce que l’on puisse se dire que l’arrivée est proche; plus qu’une dizaine de kilomètres avant Hospet, ville voisine de notre si désirée Hampi. Seulement les imprévus du voyage en rajoutent une couche, et nous devrons attendre encore quatre heures à progresser péniblement dans les bouchons provoqués à la périphérie de la cité par l’industrie des carrières et leurs milliers de camions.</p>
<p style="text-align:justify;">Il est presque minuit quand nous atteignons la ville, et pas loin de deux heures du matin quand, après un succulent plat de pâtes, nous nous étendons pour une bonne nuit de sommeil dans un vrai lit, enfin.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-577.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-468" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-577.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-584.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-469" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-584.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">La Cité des ruines<em>,</em> bordée d’un côté par la rivière Tungabhadra et protégée par d’imposantes collines, s’offre à nous le matin suivant. Au-delà et à perte de vue, des champs de rochers sublimes, boules géantes de granit modelées au fil des temps.</p>
<p style="text-align:justify;">On parcourt quelques ruelles, on bifurque au carrefour d’une échoppe et devant nous, au milieu d’un éclatement de couleurs, de fruits et de fleurs, se dresse une architecture unique, mélange brillant de style hindou et islamique.</p>
<p style="text-align:justify;">Une fumée de bouquets d’encens s’échappe d’une porte, des dessins sacrés colorés se dessinent au pied d’une entrée.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a des marchandes de bananes et d’offrandes, des tailleurs, des vendeurs, et des mendiants qui s’agitent, hélant sans fin les nombreux pèlerins, venant les pieds nus, s’emplir et se recueillir dans ce lieu saint.</p>
<p style="text-align:justify;">La cité vibre de foi au milieu des cris des singes qui sautent de toit en toit et des vaches qui broutent n’importe quoi.</p>
<p style="text-align:justify;">Au centre de la ville, le temple principal, le somptueux Virupakasha et sa tour magistrale. Des milliers de sculptures finement réalisées ornent les murs et les piliers, emplissant l’atmosphère mystérieuse d’un silence magique. Tant de regards immobiles, de formes subtiles, singes, éléphants et nagas, figés dans la pierre, racontant l’histoire du grand empire Vijayanagara.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1069.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-470" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1069.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1089.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-471" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1089.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">La vie pulse autour des temples centenaires, ici on prie, on travaille, on s’endort, on sourit, on vit, on grandit. C’est une cité à ciel ouvert où défilent chaque jours des centaines d’âmes fidèles, venues jusque-là pour honorer leurs dieux, alors que d’autres ont investi les ruines de ces bâtisses mythiques. A l’ombre des grandes colonnades, des familles ont construit leur petit univers, ponctuant de couleurs la vieille ville de pierre.</p>
<p style="text-align:justify;">De cette alchimie fantastique, des gestes sacrés mélangés à ceux du quotidien, filtre une poésie de contes anciens. On traverse la ville, comme transportés à l’intérieur d’un spectacle sans fin, happés de-ci de-là par la beauté et la magie de cet univers indien.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1027.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-472" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1027.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1022.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-473" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1022.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1038.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-474" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1038.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-764.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-475" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-764.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">On se laisse aller au hasard des ruelles, on boit un chai, notre petit rituel.</p>
<p style="text-align:justify;">On prend le pas des passants pour sortir du cœur de la ville, et on les suit, le nôtre bienheureux et confiant.</p>
<p style="text-align:justify;">Peu à peu un somptueux décor lunaire se dévoile, au devant duquel s’écoulent tranquillement les eaux de la Tungabhadra.</p>
<p style="text-align:justify;">Ici aussi, le peuple s’imprègne et se recueille, se lavant religieusement et s’aspergeant gaiement dans les eaux de la grande rivière brune. C’est un festival de couleurs qui se découpent en bandes géantes à travers les rayons du soleil. Saris séchant au vent dans une lumière de miel.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-722.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-477" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-722.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-731.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-478" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-731.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">L’envoûtement est total, l’endroit est sublime. On traverse jusqu’à l’autre rive à l’aide d’un petit bateau à moteur, où s’entassent maladroitement autant de touristes que d’indigènes. La course est un peu chère, mais le capitaine détient le monopole.</p>
<p style="text-align:justify;">De l’autre côté, une rue à peine passée, et c’est la campagne superbe du Karnataka.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a des champs de rizières gorgés de soleil qui se dessinent devant des étendues rondes et ocre d’une infinité de puissants rochers.</p>
<p style="text-align:justify;">Et dans la lumière de fin de jour, il y a les buffles qui se laissent picorer les fesses par de grands échassiers blancs, pendant que les femmes pliées en deux par leur travail tracent sans fin des diagonales de touffes vertes.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-856.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-479" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-856.jpg?w=500&#038;h=746" alt="" width="500" height="746" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-943.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-480" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-943.jpg?w=500&#038;h=746" alt="" width="500" height="746" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Deux semaines à parcourir cet univers de roche, et à découvrir la passion de mes deux compagnons, écorchant avec joie plus que leurs doigts, et évoluant dans une transe verticale sur les boules géantes de cette forêt de granit.</p>
<p style="text-align:justify;">Car si Hampi est sacrée pour ses temples, elle l’est aussi pour les amoureux de l’escalade.</p>
<p style="text-align:justify;">A l’aube déjà, ils s’en vont, petits cubes de mousse sur pattes, à la recherche d’un nouveau caillou à apprivoiser ou de la prochaine arête à laquelle s’accrocher. C’est tout un nouveau vocabulaire, fait de «réta» ou de «réglette», d’«inversée» ou bien d’«arquée».</p>
<p style="text-align:justify;">Je les regarde évoluer pendant des heures, cherchant à libérer l’esprit pour rendre la confiance au corps, se focalisant sur la prise et répétant mille fois le geste, jusqu’à ce que la persévérance de l’amusement opère.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-100.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-481" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-100.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-516.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-482" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-516.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Il y aura des hommes rencontrés au cours de nos balades serpentines à travers ce désert de rocaille. Des hommes de la terre, cherchant à rendre moins lourde leur misère, et développant d’amusants commerces pour répondre à la demande des touristes, cake aux carottes, ou cigarettes magiques.</p>
<p style="text-align:justify;">Parmi eux, Simu, le berger aux pieds nus. Chaque jour, il nous retrouve pour un brin de causette. Il est vif, notre ami Simu, il s’inquiète. Il craint qu’un jour un tsunami géant engloutisse ses terres et emporte ses enfants. Il nous regarde, les yeux brillants, en nous interrogeant: est-ce donc vrai ce qui se dit sur les écrans de cinéma ? On le rassure sur ce point-là, mais comment lui expliquer le dérèglement du monde, le fonctionnement de son pays, le manque de geste simples, la réalité apprise grâce à l’éducation qu’on a eu la chance d’avoir reçue. On ne peut que lui dire que le tsunami n’emportera pas sa famille, mais que la vie est compromise si chacun n’y met pas du sien. Il joint les mains et nous remercie, comme lorsqu’on rend grâce à un maître des sagesses qu’il nous a transmises.</p>
<p style="text-align:justify;">Comment dire à Simu ce qu’il nous a appris lui? Comment lui dire le respect que l’on ressent pour lui lorsqu’on le voit plonger les mains dans les entrailles d’une de ses bêtes pour la délivrer lors d&#8217;une naissance par le siège, comment lui dire qu’on est désolé que son petit à peine venu à la vie s’éteigne déjà, comment lui dire que l’on est mal à l’aise avec toutes nos richesses alors que lui a perdu l’espoir, après des semaines d’attente, de voir son troupeau s’agrandir d’une tête?</p>
<p style="text-align:justify;">Simu allume une pipe et chuchote quelques prières. Son sourire étincelant à disparu pour laisser place à une concentration qui impose le silence. Il faut implorer les dieux de ne pas reprendre la mère aussi, ou ce serait bien pire, encore.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-404.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-483" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-404.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Le 16 décembre je laisse mes deux compagnons à leurs galipettes et je reprends pour quelques jours la route seule.</p>
<p style="text-align:justify;">Une journée de bus et une nuit de train en direction de Chennai. Bientôt c’est Noël, et, les pieds dans l’eau, nous boirons le champagne en famille!</p>
<p style="text-align:justify;">Quarante-huit heures où je retrouve mon rythme de voyageuse solitaire. J’erre dans les rues de la grande ville, transportée par les bruits et les odeurs. L’architecture coloniale explose de couleurs sur les crépis écaillés, tandis que la culture musulmane fait vibrer le vieux quartier.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est un retour en force au cœur de tout ce qui fait l’Inde, le tumulte de la circulation au milieu des fumées d’encens, les stands de fleurs et de fruits que broutent sans gêne les vaches sacrées aux cornes décorées, la misère des plus pauvres étalée sur les trottoirs que les riches enjambent sans même regarder.</p>
<p style="text-align:justify;">Vingt-quatre heures à peine à Chennai pour un condensé d’impressions.</p>
<p style="text-align:justify;">Mes parents et leurs valises réceptionnés, nous embarquons ensemble dans une petite camionnette, qui nous emportera à 60 kilomètres au sud, sur les belles routes goudronnées du Tamil Nadu.</p>
<p style="text-align:justify;">Moments heureux où je déguste avec plaisir l’effet immédiat de l’Inde qui se révèle de plein fouet sur ces nouveaux arrivants. Les yeux écarquillés et la main fermement accrochée à la poignée, les voilà projetés dans la réalité de ce pays, loin des règles de conduite et de l’ordre helvétique.</p>
<p style="text-align:justify;">Une petite heure de route en bordure d’océan, et nous rejoignons Mamallapuram, ancienne ville portuaire, qui nous accueillera pour ces quelques jours de fête.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-11.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-484" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-11.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-31.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-485" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-31.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Monuments littoraux aux délicates scènes quotidiennes, rathas sculptés d’une pièce et caves modelées comme des châteaux de sable géants, Mamallapuram nous entraîne à la découverte de ses temples monolithiques.</p>
<p style="text-align:justify;">Ici on taille la pierre depuis des siècles. C’est un concert aux milliers de marteaux qui percutent et martèlent sans perdre le rythme, se répondant d’échoppe en échoppe et résonnant de ruelle en ruelle. Ganesh, Shiva et Parvati se déclinent et s’exhibent en toutes tailles, tandis que les scènes d’un célèbre art érotique se dessinent sur des sphères que l’on montre discrètement au creux de la main. Artisans ou artistes, certains laissent libre cours à leurs rêves et sculptent des lunes souriantes, des hommes-soleils, des femmes-arbres ou des lézards dormant sur des tapis d’étoiles.</p>
<p style="text-align:justify;">Mamallapuram et la pierre, Mamallapuram et la mer. Ici pas de plage de catalogue d’agence de voyage.</p>
<p style="text-align:justify;">La mer est forte, la mer porte. Le vent du large souffle sur le sable, gonfle les vagues.</p>
<p style="text-align:justify;">De notre chambre donnant sur l’immensité de la baie du Bengale, on se laisse bercer par le grondement profond de l’océan, et le regard fixé sur cette ligne horizontale, on hume l’odeur du large à pleins poumons.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-115.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-486" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-115.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Ici, pas de touristes occupés à faire la crêpe, c’est sont de véritables bovins qui s’imposent pour faire bronzette.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a aussi des bandes de chiens sauvages, malins et câlins, rongés par les puces ou la gale et qui forniquent sans relâche sous l’œil passif des vaches.</p>
<p style="text-align:justify;">Deux semaines à se remplir des trésors de la mer à la table de notre nouvel ami Naga. Poissons, crabes, crevettes et langoustes dont la seule évocation me replonge dans un bonheur gustatif sans pareil. Il y aura des rires, du champagne et  nouvelle fondue à la lampe frontale pour le soir de Noël.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais le temps passe et les vacances familiales changent de décor à la veille de la nouvelle année. Retour à Chennai pour une courte halte avant de prendre l’avion et de s’envoler vers les îles de l’Est.</p>
<p style="text-align:justify;">La mer Andaman nous reçoit au petit matin au cœur de son archipel, et malgré la fatigue de cette nuit passée en stand-by, il faudra résister encore quelques heures au sommeil. Il faudra jouer des coudes dans une chaleur intenable, faire la queue en se battant avec de vieilles Indiennes et monter sur un bateau qui nous emmènera au large de la capitale, jusqu’à Havelock, à quelques miles de là.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/havelock-68.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-487" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/havelock-68.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/havelock-7.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-488" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/havelock-7.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Contraste puissant avec nos jours sur la côte du Tamil Nadu. La mer transparente et calme s’offre au ciel comme un miroir géant.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle se retire puis se réinstalle, et se retire à nouveau pour revenir encore, s’aspirant elle-même dans son mouvement éternel. Jamais une marée ne m’aura parue si totale, si profonde, si belle.</p>
<p style="text-align:justify;">Plusieurs fois par jour, elle s’en va, dévoilant des milliards de petits crabes infatigables, creusant des cachettes et créant avec leurs innombrables pattes de mystérieux cercles de boulettes de sable.</p>
<p style="text-align:justify;">Loin du souffle puissant de la baie du Bengale, emmêlant les cheveux et déposant sur la peau ses baisers de sel, on se laisse aller à cette nouvelle atmosphère, où la brise légère de l’océan fait bouger délicatement les branches des palmiers, et nous invite au ralentissement de nos journées.</p>
<p style="text-align:justify;">Le rythme des marteaux de Mamallapuram a laissé place à celui des noix de coco, qui tombent au hasard autour des petites huttes de paille.</p>
<p style="text-align:justify;">Cinq jours seulement pour découvrir au guidon de notre petite Vespa les secrets de cette île, ses plages idylliques où l’on barbote comme des enfants, ou celles plus sauvages, cimetières de coquillages au grand âge et d’arbres géants.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/neil-270.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-489" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/neil-270.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Nous laissons Havelock derrière nous au lendemain de la nouvelle année. Deux jours en transit dans la capitale pour faire le plein de devises avant de reprendre le large pour rejoindre Neil, notre prochaine escale sur l’archipel.</p>
<p style="text-align:justify;">Plus petite et plus sauvage, Neil se révèle brute et naturelle. Pas de baignoire turquoise où faire trempette, ni d’étendue tranquille où s’allonger pour faire bronzette. Ici on se bat contre les mouches de sable qui piquent encore plus méchamment que les moustiques.</p>
<p style="text-align:justify;">Et pourtant les plages n’en sont que plus belles, offrant mille trésors ramenés par le mouvement incessant de la mer.</p>
<p style="text-align:justify;">Coraux déposés sur le sable par milliards, branches mortes arrondies par les caresses des vagues, coquillages vivants se déplaçant lentement, j’aime ces heures à récolter quelques reliques de ce paradis vibrant et authentique.</p>
<p style="text-align:justify;">Neil, c’est le reflet de cet autre univers, celui qui se trouve à l’intérieur de la mer.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques heures à flotter au dessus de ce monde coloré; bouches de bénitiers s’ouvrant et se refermant sur le silence de l’eau, fougères animales bercées par le mouvement de l’océan, mousse de corail de toutes tailles et nuages de petits poissons brillants.</p>
<p style="text-align:justify;">Absorbé par la beauté de cette existence sans air, on reste à la surface, le regard fixé vers le bas et le cul de travers, luttant contre le petit courant, pour ne pas perdre une miette de ce qui se passe là-dedans. Rendu euphorique par tant de splendeurs aquatiques, on transforme ses repères de l’espace, seul ce qui est dessous devient important.</p>
<p style="text-align:justify;">Une tortue, dans son large mouvement de patte, me dépasse, voilà que s’arrête le temps…</p>
<p style="text-align:justify;">On ressort de l’eau le cœur enivré, alors que la lumière de fin de jour touche la forêt tropicale de ses derniers rayons dorés.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/neil-11.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-490" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/neil-11.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/neil-212.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-491" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/neil-212.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Quelques jours de pluie diluvienne, à regarder pleurer le ciel, et bercé par le souvenir du ressac des vagues, on se laisse hypnotiser par le raga constant de la mousson indienne.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques coups de sonnette pour faire bouger les chèvres qui dorment sur la petite route droite menant au centre de l’unique village, et réunis à la table de Chand, on mange à pleine main jusqu’à se tendre la panse, un <em>coconut fish</em> comme celui là, on ne l’oubliera pas&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques coups de pédales encore et nous voilà de l’autre côté de l’île, pour une découverte sans pareille. Une plage aux arches naturelles et aux bassins de coraux sublimes.</p>
<p style="text-align:justify;">La marée basse révèle une vie miniature qui s’agite sous le soleil brûlant de l’après-midi. Des bernard-l&#8217;hermite qui s’échangent leurs coquilles tandis que la pierre volcanique garde au creux de ses poches encore mouillées des étoiles de mer transparentes que de minuscules poissons viennent bécoter.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques heures où l’océan se retire et où la géologie affiche le résultat de la rencontre des continents qui se retrouvent et se repoussent dans des mouvements puissants…</p>
<p style="text-align:justify;">Images magiques où quelques pêcheurs avancent pieds nus sur les roches coupantes et viennent se poser sur la ligne de l’horizon, comme suspendus entre le ciel et la mer.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/neil-88.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-492" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/neil-88.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/neil-167.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-493" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/neil-167.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">On voudrait rester encore longtemps sur Neil, mais la roue du temps tourne, et il ne reste que deux poignées de jours avant que notre permis andaman n’expire.</p>
<p style="text-align:justify;">Le reste des parents renvoyés à la maison, on reste quelques jours à Port-Blair, où l’on retrouve l’espace de notre voyage à deux.</p>
<p style="text-align:justify;">Peu de temps à vivre nos derniers moments insulaires, et une fois de plus l’organisation indienne nous met des bâtons dans les roues. Mais on ne se laisse pas faire par les affaires qui traînent, les banques fermées et les réservations de billets de train ou d’avion. On profite de se remplir de curry de crevettes et de boire de la bière en refaisant le monde, d’aller humer l’odeur des bazars et de faire quelques emplettes. Deux jours de moins au nord de l’île mais qu’importe, ce sera deux jours quand même.</p>
<p style="text-align:justify;">De la terrasse de notre hôtel, je regarde le soleil qui se couche. Quelques bruits de klaxons en arrière-fond, le cri d’un marchand de chai, l’ombre d’une roulotte de samossa. L’ambiance est douce sur la petite ville tropicale, et la lune se fait belle quand elle flotte sur les formes rondes de la grande mosquée.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/portblair-3.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-494" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/portblair-3.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/portblair-13.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-495" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/portblair-13.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Dernière ligne droite jusqu’à Kalipur, à l’extrême nord de l’île et une journée de bus mémorable.</p>
<p style="text-align:justify;">Zigzaguant en convoi à travers la jungle, on traverse le territoire d’un peuple d’indigènes, les Jarawas. Postés au bord de la route, à moitié nus, ils sont là à regarder passer ces monstres de tôle dont les occupants lancent parfois par la fenêtre quelques objets cassés, devenus inutiles, et qui, comme on se l’imagine, deviendront pour eux, la source de longs questionnements sur notre fonctionnement.</p>
<p style="text-align:justify;">Une courte halte pour un thali indigeste. Notre chauffeur s’emballe et s’excite, il faut repartir au plus vite. Il roule comme un fou, ne supportant pas l’idée de ne pas être à la tête de la longue caravane. Quelques virages brusques et il s’arrête net; à peine le temps d’ouvrir la porte et c’est dans un gargouillement dont nous nous souviendrons longtemps qu’il pose une énorme galette!</p>
<p style="text-align:justify;"><em>Incredible India!</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/kalimpur-4.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-497" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/kalimpur-4.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></em></p>
<p style="text-align:justify;">Deux ferries pour traverser un bras de mer qui s’infiltre dans la mangrove, et un aigle blanc qui tournoie lentement au-dessus de nos têtes. Quelques kilomètres encore jusqu’à Diglipur, où nous changerons de bus pour rejoindre le seul hôtel de la région; un grand bâtiment gouvernemental posé sur une petite colline, et constitué de vastes salles silencieuses où des ventilateurs brassent inlassablement un air conditionné.</p>
<p style="text-align:justify;">Les employés soucieux de faire au mieux, nous questionnent sans relâche sur le programme de nos journées, sur nos menus. Une telle prise en charge dans un cadre si spécial nous donnera au final l’impression d’avoir atterri dans un établissement  sanatorial.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais l’accueil est amical et l’organisation maladroite de nos hôtes nous donnera l’occasion de nombreux fous rires et de tendres moqueries.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/kalimpur-39.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-498" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/kalimpur-39.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/kalimpur-44.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-499" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/kalimpur-44.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Deux jours à passer au bout de ce monde andaman, et à se nourrir de la force sauvage de sa plage.</p>
<p style="text-align:justify;">Le sable noir, comme brossé au peigne géant, reflète le souvenir des vagues emportées pour quelques heures vers le large.</p>
<p style="text-align:justify;">Il n’y a plus que la mangrove qui s’accroche à la boue et les crabes qui galopent sur la roche volcanique.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques bassines d’eau salée permettent à la vie aquatique de ne pas s’arrêter, et penché sur ces animations microscopiques, on observe de petits poissons saturés de couleurs butinant des coussins de corail encore vivants.</p>
<p style="text-align:justify;">On marche sur ce parterre de pierre millénaire, suivant les courbes et les failles, touchant le grain et grimpant sur les lignes des rochers comme si l’on chevauchait l’échine d’un géant couché face au sol.</p>
<p style="text-align:justify;">Comme un pot de peinture beige jeté sur une toile noire, le sable de la mer coule sur celui de la terre.</p>
<p style="text-align:justify;">On se jette comme des gosses dans les vagues et on crie, amusés par le chatouillement des baisers collants de milliers de petits poissons curieux.</p>
<p style="text-align:justify;">Les nuages s’amusent à renvoyer leur reflet sur cette étendue de plage encore humide, tandis que le soleil se couche et que le ciel se mélange au bleu profond de l’océan.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/kalimpur-106.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-500" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/kalimpur-106.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Nous ne verrons pas les tortues qui pondent au clair de lune sur les plages de Kalipur, pas plus que le reste des îles Andaman. Rattrapés par la réalité du temps qui passe, nous reprenons la route de Port-Blair et nous envolons en direction de Chennai presque aussitôt.</p>
<p style="text-align:justify;">Retour sur nos traces. Après-demain nous prendrons trains et bus pour Hampi via Hospet, mais d’abord passons quelques heures encore à Mamallapuram, juste pour emplir nos cœurs des rires de notre ami Naga, et nos ventres des délices de sa mer.</p>
<p style="text-align:justify;">Retrouvé le chant des marteaux qui dansent sur la pierre, retrouvées les vagues puissantes qui nous aspirent et nous font tournoyer, retrouvées les vaches des sables et la gale canine, les vendeuses de saris et le sourire des malicieuses gamines gipsy.</p>
<p style="text-align:justify;">Retrouvée aussi la réalité de la pauvreté qui dort dans la poussière, et s’accroche aux manches des riches pour implorer quelques roupies en échange de colliers de perles précieuses en toc. Et pourtant, à la regarder en face, cette misère, à plonger au fond de ses yeux, j’y vois son âme, sa beauté malgré sa crasse, sa force malgré sa précarité, son intelligence malgré son inexistante éducation, et je lui rends humblement hommage.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-96.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-501" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-96.jpg?w=500&#038;h=746" alt="" width="500" height="746" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-213.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-502" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-213.jpg?w=500&#038;h=746" alt="" width="500" height="746" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Deux jours en retrait des rues principales, à immortaliser encore quelques moments simples, les pas de portes décorés de poudres aux couleurs vives, les femmes qui lavent leur linge accroupies au détour d’une ruelle, les marchands de canne à sucre broyant de longues tiges pour en extraire du jus dans un postillon de verdure.</p>
<p style="text-align:justify;">Et découvrir encore une plage superbe et authentique où l’Inde vient plonger ses pieds en poussant des petits cris de surprise et de joie, et s’asperger le visage dans un geste respectueux porté par la foi.</p>
<p style="text-align:justify;">Un moment de fête pour ce peuple pèlerin, qui vient jusqu’à ce bout de monde indien, mêler croyance et réjouissance dans un décor magique et brut de sable et de ruines.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-216.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-504" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/mamallapuram-216.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">On quitte Mamallapuram comme on quitte un endroit que l’on sait que l’on cherchera à revoir en regardant dans son cœur, et dont les habitants rencontrés continueront pour longtemps à rire dans nos pensées.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais malgré l’émotion du départ, on s’en va réjoui, car d’ici quelques heures encore de voyage, nous retrouverons notre bien aimée Hampi.</p>
<p style="text-align:justify;">On arrive dans le soir naissant avec un rickshaw centenaire, zigzaguant entre les gigantesques rizières qui scintillent sous la lumière de la lune, et les forêts de palmiers qui émergent comme des piliers irradiés par la clarté de la nuit.</p>
<p style="text-align:justify;">Au réveil c’est la joie de retrouver la folle équipe des amis grimpeurs et d&#8217;être accueilli par la basse-cour du Goan Corner, on réintègre notre foyer pour trois nouvelles semaines au cœur de cet océan de rochers.</p>
<p style="text-align:justify;">On reprend vite le rythme des caresses pour apprivoiser les formes et les failles de cette infinité de cailloux, laissant la morsure du granit brûler la peau encore fine et souple des doigts qui démangent car ils ne demandent que ça.</p>
<p style="text-align:justify;">Des heures à chercher l’ombre dans des caves formées par l’empilement créatif des roches, et à s’émerveiller de nouvelles possibilités.</p>
<p style="text-align:justify;">Une fois les membres suffisamment endoloris par quelques journées de contact direct avec la pierre, on enfourche de vieilles petites reines indiennes, et pestant contre les selles cuisantes et les chaînes défectueuses, on pédale accompagnés de nos cyclistes préférés, Morgane et Batista, à travers les campagnes verdoyantes du Karnataka.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-896.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-505" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-896.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1108.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-506" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1108.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-694.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-507" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-694.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Au fil de nos joyeuses balades à rouler sous le soleil cuisant, on découvre de nouveaux panoramas, de nouvelles combinaisons d’amoncellements de briques géantes, de nouveaux villages où s’écoule la vie rude et simple de leurs habitants,  et explorant un peu au-delà de ce que nous connaissions déjà, on découvre un lac aux eaux turquoise bordé par des caillasses brûlantes où quelques singes espiègles attendent leur heure pour fouiller dans nos sacs et chiper un repas.</p>
<p style="text-align:justify;">Couché sur la dalle chaude, on souffle de bonheur, et le corps rafraîchi par quelques mouvements de brasse, on s’assoupit un instant en séchant sous les rayons du soleil couchant.</p>
<p style="text-align:justify;">On reprend la route car le voilà qui aura bientôt totalement disparu. Du haut d’une petite colline sainte, on s’assied face à lui, et les yeux mi-clos pour ne pas s’y brûler, on contemple en silence sa lente trajectoire de descente sur l’horizon infini.</p>
<p style="text-align:justify;">L’espace s’ouvre alors que le temps s’arrête. L’esprit libéré et le regard fixé sur le grand astre qui continue sa course vers l’avant, on se sent aspiré dans l’autre sens par une force magique, et sans résister on se laisse emporter vers l’arrière par le puissant mouvement de la Terre.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-981.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-508" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-981.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Comment décrire l’alchimie sublime de cette nature si brute et des esprits divins qui s’y abritent? Comment transcrire au mieux l’atmosphère des temples en ruine perdus au milieu des étendues de pierre où pulsent encore la vie et la foi? Comment expliquer l’impact de tout cela sur l’âme et le cœur?</p>
<p style="text-align:justify;">Je ne peux que raconter la multitude de marches blanches qui se faufilent à travers un imposant mur de roche, comme une suite de dominos géants traçant une ascension presque verticale. Le temple d’Hanuman, surplombant une infinité de perles ocre et de touffes vertes. Les cris des primates qui règlent leurs comptes sous le regard immobile de la statue du dieu singe, pendant que d’autres plus solitaires contemplent l’immensité du ciel qui flotte au-dessus de cette mer de pierre.</p>
<p style="text-align:justify;">Petit grain de sable sur une île de granit, je m’emplis de cette atmosphère magique pour mon dernier soir à Hampi.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1132.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-509" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1132.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1139.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-510" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/hampi-1139.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Trois semaines. C’est ce qu’il reste avant d’entamer le dernier voyage, celui du retour.</p>
<p style="text-align:justify;">Trois semaines pour vivre encore cette Inde que l’on a déjà peur de quitter, pour emplir encore les yeux d’images et le cœur d’émotions, pour s’imprégner des goûts et des couleurs, des odeurs et du sourire des gens.</p>
<p style="text-align:justify;">J’empaquète une avant-dernière fois mes affaires. En route pour Agonda, sur les plages de Goa.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques jours seule, pour suspendre le temps et revenir sur ces onze mois de voyage, faire le bilan.</p>
<p style="text-align:justify;">Une maison de poupée sur pilotis qui se balance en grinçant doucement dans le souffle qui vient du large, et le bruit envoûtant des vagues qui s’échouent sur le sable.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques jours à regarder ce bout du monde scintiller sous la chaleur de l’hiver indien, tandis que les pensées se rassemblent pour intégrer les évènements de tous ces derniers mois.</p>
<p style="text-align:justify;">Des journées à écrire aussi et encore les souvenirs de l’Himalaya, et méditer sur la route faite jusque-là.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/agonda-158.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-511" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/agonda-158.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Un petit rituel qui s’installe dans ma solitude balnéaire, les exercices du matin quand le ciel s’éveille à peine, et les jeux dans la mer, des poèmes déclamés et des invitations aux dauphins. Le regard plissé et les mains en ligne de mire, je les attends patiemment, et lorsque soudain ils s’élancent hors de l’eau pour faire quelques cabrioles, je plonge moi aussi, roulant sur la vague dans un cri de joie.</p>
<p style="text-align:justify;">Etalée sur le sable, je laisse le soleil mordre doucement le sel déposé sur ma peau et les yeux tournés vers le bleu de l’horizon, je regarde les aigles qui tournoient au dessus des flots.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans ma routine solitaire, il y a les petites escapades, où je vais les pieds nus sur le sentier de cailloux, rendre visite à mon ami Gordon, le bâtisseur de maisons en forme de coquillages,  ou papoter un peu plus loin avec le petit marchand de cacahuètes.</p>
<p style="text-align:justify;">Les journées se terminent avec la mélodie puissante de la mer et la brise qu’elle ramène, accompagnant chaque soir mon au revoir au soleil, et assise dans ses derniers rayons de lumière, je laisse calmement mon esprit s’envoler jusqu’à lui.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/agonda-24.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-512" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/agonda-24.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/agonda-91.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-513" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/agonda-91.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Et voilà que mon amoureux s’en revient de Hampi suffisamment écorché et fatigué d’avoir dansé sur la roche, mais empli d’une profonde tristesse car une vieille dame chère à son cœur s’en est allée hier pour une balade dont on elle ne reviendra pas… On se recueille au coucher du soleil, et les mains dans le sable, on lui construit un temple rien qu’à elle, un navire bordé de fleurs et de perles de coquillages, que la mer emportera peu à peu, pendant que dans un murmure on lui soufflera: «Bon voyage, Jeanne.»</p>
<p style="text-align:justify;">*</p>
<p style="text-align:justify;">Il n’y a maintenant pas plus de jours indiens devant nous que de doigts sur nos mains. Une sensation étrange de compte à rebours qui commence, une perspective presque irréelle des kilomètres qui s’inverseront en quelques heures à peine, mettant ainsi fin à notre si merveilleuse aventure.</p>
<p style="text-align:justify;">Alors il faut respirer à pleins poumons, ouvrir le cœur et aspirer par les yeux tout ce que l’on peut prendre encore, rouler à pleine vitesse et les cheveux au vent sur les petites routes de la côte que l’on remonte, se plonger encore dans les vagues d’autres plages que l’on découvre, au détour d’une crique, au pied d’une falaise, porter le regard au ciel pour suivre la course de grands oiseaux de mer blancs, rouler encore et traverser des terres brûlées par la chaleur d’un volcan, et s’arrêter en silence pour observer le sommeil de millier de chauves-souris qui dorment au soleil dans les bras d’un grand arbre gris.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/agonda-19.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-514" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/agonda-19.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Quelques heures à peine pour vivre la fête des couleurs dans l’éclatement d’un arc-en-ciel de poudres colorées.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques heures à peine pour retrouver Mumbay et emporter les derniers souvenirs, faire les derniers achats.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques heures à peine et l’oiseau de tôle nous emporte déjà&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Ma poitrine se serre aussi fort que la poussée nous arrache du sol, car le lien d’une force invisible se tend déjà à l’intérieur de moi. Je quitte l’Inde mais elle ne me quittera pas.</p>
<p style="text-align:justify;">355 jours de route, de rencontres, d’observations, de réflexions, d’échanges, de rires et de pleurs, de joies et de colères, d’interrogations et de révélations.</p>
<p style="text-align:justify;">355 jours de regards, de visages, de sourires, d’éclats de rire, de routes et d’aventures, de vastes étendues et de citées bondées, de bruits, d’odeurs et de goûts.</p>
<p style="text-align:justify;">355 jours de vie en plus, de jours qui comptent et racontent, et qui resteront éternellement  à l’intérieur de moi.</p>
<p style="text-align:justify;">Alors je ferme les yeux tandis que l’espace se raccourcit jusqu’à chez nous, et je condense toutes les images, toutes les paroles, tous les parfums, je rassemble tout le bonheur et la joie, l’amour et la foi, jusqu’à en modeler une petite perle imaginaire pleine de lumière pulsant pour toujours au centre de mon cœur.</p>
<p style="text-align:justify;">Et j’inspire. Tout est là, intact.</p>
<p style="text-align:justify;">Et j’expire. Je suis là, sur la plage d’Agonda, au soir de mon septième soleil, et alors que mes yeux se noient dans sa lumière qui s’apprête à disparaître, je sens encore, encore une fois, le puissant mouvement de la Terre, l’âme du monde qui m’emporte au creux de ses bras.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/agonda-132.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-515" title="Travel 2009 across Asia" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/08/agonda-132.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">THE END</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/mumiel.wordpress.com/463/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/mumiel.wordpress.com/463/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/mumiel.wordpress.com/463/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/mumiel.wordpress.com/463/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/mumiel.wordpress.com/463/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/mumiel.wordpress.com/463/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/mumiel.wordpress.com/463/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/mumiel.wordpress.com/463/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/mumiel.wordpress.com/463/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/mumiel.wordpress.com/463/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/mumiel.wordpress.com/463/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/mumiel.wordpress.com/463/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/mumiel.wordpress.com/463/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/mumiel.wordpress.com/463/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=463&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Lobsang</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Mar 2010 12:57:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mumiel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Ma première rencontre avec Lobsang s&#8217;est faite au retour d&#8217;une ballade en pleine mousson népalaise. Mon pantalon était plein de ces petits épis piquants que l&#8217;on ramasse sans s&#8217;en rendre compte en traversant les champs de hautes herbes et j&#8217;étais d&#8217;une humeur massacrante après avoir passé trop d&#8217;heures sous une canicule assommante qui promettait une [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=447&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Ma première rencontre avec Lobsang s&#8217;est faite au retour d&#8217;une ballade en pleine mousson népalaise. Mon pantalon était plein de ces petits épis piquants que l&#8217;on ramasse sans s&#8217;en rendre compte en traversant les champs de hautes herbes et j&#8217;étais d&#8217;une humeur massacrante après avoir passé trop d&#8217;heures sous une canicule assommante qui promettait une pluie qui ne venait pas.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Lobsang m&#8217;interpella à un moment où mon habituelle jovialité se trouvait un peu limitée; moite de sueur et agressée par des nuées étouffantes de petits moustiques,  j&#8217;avais hâte de retrouver la terrasse de ma chambre pour m&#8217;avachir dans un fauteuil en rotin avec une bière fraîche à la main. </span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><em>« Hello young lady! maybe you have some time to see my handycrafts? »</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">J&#8217;avais sorti un « </span><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><em>no, sorry! »</em></span><span style="font-family:Arial, sans-serif;"> catégorique et un peu automatique avant de tourner la tête pour poser un sourire sur ce petit bout de femme d&#8217;un mètre cinquante à peine.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/lobsang-61.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-448" title="Lobsang-61" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/lobsang-61.jpg?w=500&#038;h=746" alt="" width="500" height="746" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Difficile de résister très longtemps à ce visage rond ni à ce regard plein de lumière.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Le fait qu&#8217;elle soit tibétaine m&#8217;avait fait ralentir un peu le pas. J&#8217;arrivais juste de plus de deux mois passés en Chine, irritée et révoltée à souhait par ce que j&#8217;y avais vu, n&#8217;ayant pu vivre le Tibet comme je l&#8217;aurais voulu. </span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Un échange complice de quelques bonnes insultes à l&#8217;intention de ce pays qui a envahit le sien s&#8217;installa. Ce fut comme un bon décompresseur à mon agacement du jour, un clin d&#8217;œil évident du destin qui avait mis cette femme sur mon chemin afin de me rappeler que le temps est quelque chose qui se prend.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/2-2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-449" title="_-2-2" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/2-2.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">A trois reprises elle éjecte une petite goutte de thé du bout de son index et chuchote quelque prière pleine de mystère. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Le temps d&#8217;un chai pour une vie en résumé. Ayant traversé l&#8217;Himalaya dans le ventre de sa mère en exil, elle ne sait pas vraiment quand elle est née, puisqu&#8217;elle n&#8217;a personne depuis presque toujours.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/lobsang-81.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-450" title="Lobsang-81" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/lobsang-81.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Orpheline déracinée, elle a construit sa vie comme elle a pu, comme on le lui a permis,  et elle a survécu. Avec les femmes de son village, elle rassemble de petits objets d&#8217;artisanat tibétain qu&#8217;elles iront vendre sur les berges du Phewa Tal.  Leurs sacs à dos pleins de trésors, chacune dans leur coin, elles alpaguent les touristes afin de nourrir leurs lendemains.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/7.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-451" title="_-7" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/7.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Lobsang vit dans une petite maison de 16 mètres carré dans un camp de réfugiés, une pièce à elle, enfin.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">A passé quarante ans, elle se demande bien qui restera près d&#8217;elle quand elle sera trop vieille, car elle n&#8217;a ni enfant, ni compagnon.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Lobsang raconte son pays et son peuple, sa foi et ses peurs.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/22.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-460" title="_-2" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/22.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a><br />
</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Construire une existence en urgence sur une terre d&#8217;accueil et ne voir son pays que de loin. Réaliser qu&#8217;il est occupé, ravagé mais qu&#8217;il n&#8217;a pas totalement disparu. S&#8217;efforcer de le faire vivre en soi, car la résistance tibétaine a toujours pris appui sur la foi</span><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:x-small;">. </span></span><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Manifester pour la liberté et contre le mensonge, recevoir les coups d&#8217;une milice népalaise qui cautionne l&#8217;atrocité. Un bras en écharpe et un sac maintenant impossible à porter. Pas de bracelets vendus, et plus de quoi se faire un repas. </span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Ses yeux en amandes, bordés de petites rides, se plongent dans les miens. Que répondre à ses questions? Je ne peux lui donner que mon affection, ma compassion. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><em>« Never give up, no matter what is going on around you &#8230;»</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><em><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/8.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-456" title="_-8" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/8.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a><br />
</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Des larmes de pureté s&#8217;échappent de son regard. Elle me dit </span><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><em>« Thank you, young lady»</em></span><span style="font-family:Arial, sans-serif;">.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Trois mois plus tard, j&#8217;aurai vu Dharamsala et le Dalaï-lama. Lobsang, elle, est toujours à Pokara.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Revenir jusqu&#8217;ici pour revoir les montagnes, mais aussi pour la retrouver. Passer quelques heures encore avec elle, lui raconter. Lobsang et sa carte de réfugié n&#8217;iront peut-être jamais jusqu&#8217;en Inde, et malheureusement certainement pas au Tibet.</span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;">Huit mois de voyage pour rencontrer une foi incarnée dans une existence qui n&#8217;a pas eu le choix. Pas d&#8217;éducation, mais une force et une intelligence transmises par une religion qui fait vivre l&#8217;espoir. Lobsang n&#8217;est peut-être pas la plus pauvre, peut-être pas la plus seule, mais Lobsang me touche et justifie rien qu&#8217;à elle tout le chemin que j&#8217;aurai parcouru jusque-là.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/lobsang-96.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-453" title="Lobsang-96" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/lobsang-96.jpg?w=500&#038;h=746" alt="" width="500" height="746" /></a></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/mumiel.wordpress.com/447/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/mumiel.wordpress.com/447/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/mumiel.wordpress.com/447/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/mumiel.wordpress.com/447/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/mumiel.wordpress.com/447/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/mumiel.wordpress.com/447/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/mumiel.wordpress.com/447/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/mumiel.wordpress.com/447/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/mumiel.wordpress.com/447/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/mumiel.wordpress.com/447/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/mumiel.wordpress.com/447/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/mumiel.wordpress.com/447/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/mumiel.wordpress.com/447/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/mumiel.wordpress.com/447/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=447&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Des sources du Gange aux pointes de l&#8217;Himalaya</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Mar 2010 08:33:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mumiel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Petit matin d&#8217;octobre sur Daramkot. Un peu comme un jour d&#8217;automne dans mes contrées jurassiennes lointaines. Un village de l&#8217;Himashal Pradesh, flanqué sur les versants des montagnes, où la brume matinale se faufile partout et parfois s&#8217;installe pour de trop longues journées grises. On découvre de petites habitations de pierre, au hasard des chemins que [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=413&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Petit matin d&#8217;octobre sur Daramkot. Un peu comme un jour d&#8217;automne dans mes contrées jurassiennes lointaines.</p>
<p style="text-align:justify;">Un village de l&#8217;Himashal Pradesh, flanqué sur les versants des montagnes, où la brume matinale se faufile partout et parfois s&#8217;installe pour de trop longues journées grises.</p>
<p style="text-align:justify;">On découvre de petites habitations de pierre, au hasard des chemins que nous empruntons dans cette atmosphère de cocon percé de-ci de-là d&#8217;un rayon de lumière.</p>
<p style="text-align:justify;">Qu&#8217;elles sont belles, ces maisons naines, construites sur deux étages minimalistes, où s&#8217;entassent des familles nombreuses. Dehors, c&#8217;est l&#8217;univers des biquettes, des buffles et des ânes gris.</p>
<p style="text-align:justify;">Nos jours à Daramkot s&#8217;écoulent dans cet espace presque sans repères, dans cet horizon d&#8217;ombres en demi-tons, au fil de journées consacrées à la lecture, à l&#8217;écriture.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/daramkot-21.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-414" title="Daramkot-21" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/daramkot-21.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Quelques kilomètres plus bas, c&#8217;est Dharamsala et le Dalaï-Lama.</p>
<p style="text-align:justify;">A présent loin du Ladakh, en terres indiennes et pourtant si près des Tibétains. Qu&#8217;est devenu ce peuple en exil? Qu&#8217;est donc ce nouveau Tibet?</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-413"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Du haut d&#8217;une terrasse surplombant la ville, nous regardons tournoyer les aigles dans le soleil aveuglant.</p>
<p style="text-align:justify;">On se demande quel est le prix que certains ont donné pour la liberté, et quelle est ici celle qu&#8217;ils ont pu trouver.</p>
<p style="text-align:justify;">Trois générations pour l&#8217;histoire d&#8217;une société qui a dû se réorganiser, s&#8217;adapter sur une terre qui n&#8217;était pas la sienne mais que l&#8217;Inde de Nehru lui a donnée, à défaut de pouvoir tenir tête au Grand Timonier.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a ces vieux qui se rappellent les rues de Lhassa sous les coups de feu, dévoilant des  mains ou des pieds perdus dans le froid glacial des dangereuses traversées himalayennes tentées pour échapper au massacre perpétré par les soldats chinois.</p>
<p style="text-align:justify;">Et puis il y a les suivants, ceux qui sont nés leurs parents alors à peine arrivés, encore en attente d&#8217;une justice à faire respecter. Ils savent et ils sentent eux aussi, choqués comme par  hérédité. Ils sont loin de la Chine, mais ferment soigneusement à clef les portes grillagées de leurs maisons. Ils sont chez eux et prospèrent pourtant sur une terre de remplacement.</p>
<p style="text-align:justify;">La dernière génération, elle, commence à s&#8217;affirmer dans une nouvelle identité. Elle  intègre son histoire passée, ni de trop loin ni de trop près, et se concentre sur ce qu&#8217;elle a dans les mains. Cette jeunesse-là, bien que fière de sa culture tibétaine, ne se sent à présent pas pour autant moins indienne.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans les rues de McLeod Ganj et de Dharamsala, une agitation identique à celle d&#8217;autres petites ville touristiques de l&#8217;Inde, des marchands, des passants, des touristes, et le bruit infernal des klaxons qui ne s&#8217;arrête pas.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a aussi les monastères et les statuettes de sel, les chemins de prière, les lamas, les mantras, les tankas peints avec des pigments de lumière.</p>
<p style="text-align:justify;">Toute cette atmosphère de bouddhisme tibétain qui se mélange aux cris des singes dans ce petit automne indien&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Alors un autre Tibet, oui, mais sans bergers et troupeaux qui cheminent sur les hauts plateaux, sans l&#8217;altitude et le soleil de cette terre-là. Où sont les yaks, où sont les maisons de pierre et de chaux, où sont les montagnes qui se découpent dans le ciel sans fin?</p>
<p style="text-align:justify;">Une foi et une religion sans frontières et sans barrières, oui, mais le Dalaï-lama  reste pourtant toujours privé de son droit de se rendre au Potala.</p>
<p style="text-align:justify;">On peut donner, accueillir et chercher à remplacer, mais il manque quelque chose d&#8217;essentiel à ce peuple, il lui manque sa terre.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/mcleodganj-10.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-417" title="McLeodGanj-10" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/mcleodganj-10.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Un voyage de nuit, transbahutée par les virages descendants jusque dans les plaines de l&#8217;Uttarakhand, l&#8217;estomac alourdi par l&#8217;huile de mauvais samosas. Un arrêt dans la nuit indienne, au milieu des déchets et des hommes qui dorment sous les étoiles. Au matin c&#8217;est le tumulte de l&#8217;Inde, les cris, les klaxons, la chaleur insoutenable, Rishikesh et le Gange.</p>
<p style="text-align:justify;">Un pont suspendu au-dessus du fleuve sacré, ou s&#8217;empressent dans un mouvement coloré, étrangers et Indiens. Collision d&#8217;un scooter et d&#8217;un buffle sous le regard indifférent d&#8217;un couple de singes qui copulent ouvertement.</p>
<p style="text-align:justify;"><em>Incredible India! </em></p>
<p style="text-align:justify;">La voilà cette Inde que j&#8217;aime et que j&#8217;attends.</p>
<p style="text-align:justify;">Désordonnée et bruyante, elle vibre et le charme agit, malgré le bruit et la saleté.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques jours pour faire la transition. Ici on honore Shiva, au milieu des épaisses fumées d&#8217;encens qui planent devant les temples. Sâdhus et mendiants attendent patiemment, leurs mains tendues, qu&#8217;on leur donne quelques pièces, un sourire, un salut.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a les prières chantées qui résonnent, à chaque rue, il y a les guirlandes de fleurs et les poudres de couleurs, les femmes aux chevilles décorées qui marchent pieds nus sur leur chemin de pèlerinage, les vaches sacrées, et les vendeurs de flûtes enchantées.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/rishikesh-22.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-418" title="Rishikesh-22" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/rishikesh-22.jpg?w=500" alt=""   /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Rishikesh et ses maisons aux murs décrépis par le temps et pourtant toujours autant de couleurs vibrantes. La trace du passé colonial au détour d&#8217;une église, inscrite par-ci par-là sur les façades, les colonnades.</p>
<p style="text-align:justify;">Rishikesh et le Gange qui s&#8217;écoule puissamment, dans un mouvement immortel si profond, si présent. Le fleuve chargé de tant de sens, si respecté, divinisé.</p>
<p style="text-align:justify;">Ils s&#8217;en inspirent, tous ces hommes qui viennent s&#8217;y laver, invoquant sa bénédiction en déposant sur ses eaux de lumineuses offrandes. Quelle magie s&#8217;opère ici entre ce peuple et cet esprit flottant qui tissent entre eux des liens si puissants?</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques grains de sucre soufflé, des pétales orange et une prière murmurée.  La petite flamme s&#8217;éloigne dans le courant silencieux, et va s&#8217;en remettre entre les mains des dieux.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/rishikesh-53.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-419" title="Rishikesh-53" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/rishikesh-53.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">De Rishikesh, Pierre et moi ne garderons que l&#8217;appel puissant du Gange qui éveille en nous plus qu&#8217;une envie, un besoin de le revoir un peu plus loin. On quitte Rishikesh, ses ashrams et ses tours saintes, ses singes à longue queue grise qui sautent lourdement sur le toit des habitations dans un tonnerre de tôles ou une poussière de paille.</p>
<p style="text-align:justify;">Et l&#8217;on remonte le fleuve un peu plus au nord, à quelques 60 kilomètres de là, pour découvrir Haridwar, ville sainte par excellence, qui rassemble en ce début 2010 des millions de fidèles pour la grande Khumba Mehla.</p>
<p style="text-align:justify;">Des centaines de mètres de ghats où, descendant religieusement les marches, les pèlerins viendront déposer humblement présents et prières, avant de plonger leurs corps dans cette eau brunâtre et pourtant, si purifiante pour leurs âmes.</p>
<p style="text-align:justify;">Haridwar nous accueille mais le Gange n&#8217;est pas là&#8230; La grande rivière est pour quelque temps détournée de son lit natal, des pelles mécaniques s&#8217;affairant à nettoyer celui-ci, car il faut bien qu&#8217;elle aussi se refasse une petite beauté!</p>
<p style="text-align:justify;"><em>Incredible India!</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align:justify;">Nous voici foulant dans la poussière lumineuse de fin de jour les berges d&#8217;un flot immobile de cailloux, habitées de quelques statuettes sacrées aux membres brisés.  Par-ci par-là de petites flaques épargnées, qui attendent patiemment le retour du courant, et dans lesquelles les femmes viennent battre leur linge pendant que les enfants s&#8217;éclaboussent joyeusement.</p>
<p style="text-align:justify;">Il n&#8217;y a plus que quelques gouttes le long des ghats d&#8217;Haridwar et pourtant rien ne change. Ils sont encore des centaines, des milliers, à venir chaque jour et à marcher dans la chaleur du soleil indien, sur les cailloux mousseux, pour trouver une petite marre du liquide divin.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/haridwar-20.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-420" title="Haridwar-20" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/haridwar-20.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Haridwar sans le Gange, Haridwar malgré son vacarme incessant et sa crasse puante. Haridwar spirituelle et authentique. Ici pas de cours de yoga ni de massages pour touristes, pas de comédie, rien que l&#8217;Inde toute brute.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette Inde-là nous charme, nous séduit d&#8217;un coup de cœur. Il y règne une chaleur humaine malgré les odeurs, la place pour un dialogue malgré l&#8217;envahissement du bruit, les gens nous parlent, nous regardent, nous sourient, nous honorent.</p>
<p style="text-align:justify;">Sur les façades, c&#8217;est le rose et le rouge qui se déclinent. En contrejour, quelques vaches mangeuses de cartons se découpent sur une ruelle où la vie s&#8217;agite bruyamment.</p>
<p style="text-align:justify;">Marchands d&#8217;images saintes, couturiers, barbiers, bijoutiers, roulottes de fruits et vendeurs de chaussettes ou de casquettes, buveurs de chai, mendiants plaintifs, et toujours la lumière qui rend la couleur des choses, et des visages, un peu plus vive.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/haridwar-25.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-421" title="Haridwar-25" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/haridwar-25.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Une longue journée de bus sur les routes sinueuses qui nous emportent vers le nord, et l&#8217;on remonte le silencieux glissement du Gange. En route, quelques villes accrochées sur les versants tortueux de montagnes de plus en plus présentes. Dominos de petites habitations colorées, escaliers de ghats sacrés.</p>
<p style="text-align:justify;">Et la route toujours plus haut, plus dangereuse aussi, longeant dans une fraîcheur grandissante de terribles précipices.</p>
<p style="text-align:justify;">Il n&#8217;est pas loin de 17h et la pluie tombe sur Joshimath. Haridwar et son étouffante chaleur ont laissé place à cette petite ville de montagne à l&#8217;étrange atmosphère frontalière. Nous sommes tellement au nord que nous sommes presque de retour au Tibet&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Abrités dans une petite dhaba pour un plat de nouilles, on oublie les cafards qui grouillent, et on se laisse agréablement surprendre par ce brusque changement de cadre. A peine plus tard, au détour d&#8217;une échoppe, mon regard est attiré brusquement par un dessin que je connais, quelque chose qui vient de chez moi. Ce n&#8217;est autre qu&#8217;un sac plastifié aux couleurs de la Migros, où le logo «maïzena» se duplique à gogo. Un excédent d&#8217;emballage fabriqué en Chine pour la Suisse, recyclé et écoulé discrètement chez son voisin indien?</p>
<p style="text-align:justify;"><em>Incredible Switzerland!</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align:justify;">Le jour suivant, on s&#8217;entasse à l&#8217;arrière d&#8217;une jeep qui, sous une pluie fine, remonte une piste au milieu des débordements de ruisseaux et des éboulements de roche. Une quarantaine de kilomètres pour arriver à Badrinath dans un brouillard cru, tellement prenant qu&#8217;il en devient presque envoûtant.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques ruelles dans cette atmosphère humide et on retrousse ses mitaines pour un thali mangé à pleine main. On rigole avec ces Indiens venus des villes du sud, tout trempés dans leur sari d&#8217;été, emmitouflés dans de belles couvertures de laine et coiffés de superbes bonnets colorés.</p>
<p style="text-align:justify;">Le voici encore ici, ce peuple, dans ses montagnes froides, répondant au merveilleux appel de la foi, en pèlerinage sur les terres mythologiques du Mahabarratha.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><span style="font-family:Georgia, 'Times New Roman', 'Bitstream Charter', Times, serif;font-size:13px;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/badrinath-5.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-422" title="Badrinath-5" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/badrinath-5.jpg?w=500&#038;h=746" alt="" width="500" height="746" /></a></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Il est 3h du matin quand la voix d&#8217;une femme retentit dans la nuit mouillée de Badrinath. Pelotonnés dans nos sacs de couchage, on ouvre un œil, une fenêtre, et on observe les paupières encore tout collées, la vibrante attraction de sa prière.</p>
<p style="text-align:justify;">De l&#8217;autre côté de la rivière, au pied d&#8217;une puissante pyramide de crêtes enneigées, le temple de Vishnu palpite de vert au milieu des volutes de fumées des sources chaudes.</p>
<p style="text-align:justify;">Les minutes s&#8217;écoulent et les fidèles se réveillent, enroulent leurs écharpes et mettent leurs pèlerines. Ils s&#8217;en vont dans la nuit humide, pour se recueillir, prier, se purifier dans les eaux sacrées.</p>
<p style="text-align:justify;">On se réveille un peu groggy, tout transpercés par cette moiteur froide, mais sous le charme religieux et mystérieux de ce nouveau cadre.</p>
<p style="text-align:justify;">Une courte promenade jusqu&#8217;au prochain village nous amène à rencontrer quelques paysans qui portent des gros ballots de bois, ou des corbeilles de patates que leurs collègues, les mains encore enfoncées dans la terre à moitié gelée, récoltent avant que les premières neiges ne se mettent à tomber.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/mana-6.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-424" title="Mana-6" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/mana-6.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Le soleil brille sur les toits d&#8217;ardoises de Mana, le dernier village avant le Tibet. On remonte le petit sentier, encore un peu plus loin, à peine plus haut.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques touristes euphoriques se tirent le portrait à tour de rôle devant une minuscule échoppe; on s&#8217;approche, on questionne: <em>«The last tea shop of India!»</em></p>
<p style="text-align:justify;">Et pourquoi pas aller voir un poil plus loin, clandestinement?</p>
<p style="text-align:justify;">Une route silencieuse dans le grondement puissant du vent, quelques kilomètres à marcher main dans la main alors que le soleil descend, et cet horizon mystérieux fixé par nos yeux. Encore quelques minutes jusqu&#8217;au prochain virage, et puis encore juste le suivant, et encore un seulement, histoire de voir si par hasard, on ne pourrait pas le voir quand même de loin, ce sacré Tibet.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais le jour se couche et on se résigne à rebrousser chemin.</p>
<p style="text-align:justify;">Cramponnés à l&#8217;arrière d&#8217;un camion chargé de sable, on la regarde s&#8217;éloigner à nouveau, cette frontière infranchissable.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/mana-49.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-425" title="Mana-49" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/mana-49.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Une nuit glaciale improvisée sous le toit d&#8217;une famille locale, on regarde les étoiles en écoutant, émerveillés, les histoires mystiques qu&#8217;on nous raconte.</p>
<p style="text-align:justify;">Car ici, quelque part plus loin vers l&#8217;ouest, c&#8217;est le domaine des dieux. Badrinath n&#8217;est autre que la dernière ville où se réfugièrent les Pandavas avant de reprendre leur voyage vers le ciel.</p>
<p style="text-align:justify;">Le vieil homme nous tente et nous charme: pourquoi ne pas aller avec lui visiter ces terres et remonter jusqu&#8217;à la véritable source du Gange en Inde, au pied du Gangotri?</p>
<p style="text-align:justify;">On s&#8217;endort réchauffés par les plumes en se laissant aller aux rêves, sept jours de marche, peut-être, alors qu&#8217;on ne s&#8217;y attendait pas&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Les aurores avec la lune en point de mire, on chemine une petite heure sur les traces de ces divines vallées, notre curiosité à présent émoustillée par les récits de la veille.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/mana-37.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-426" title="Mana-37" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/mana-37.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Une cascade sacrée se jette sur nos pas, et signale comme l&#8217;entrée d&#8217;un domaine qu&#8217;on ne franchit pas comme ça. Devant nous, un sommet marque l&#8217;horizon. On ne fait que guigner par le trou de la serrure. C&#8217;est indéniable, il y a quelque chose d&#8217;extraordinaire par là-bas.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais nous ne pourrons aller jusqu&#8217;à glacier de Gangotri cette fois-ci, car si l&#8217;on veut remonter jusqu&#8217;aux véritables sources du Gange, il faudra encore traverser une frontière, aller jusqu&#8217;au Kailash, retourner au Tibet.</p>
<p style="text-align:justify;">De retour au village, la femme de Heera prépare le chai, quelques heures à peine et nous sommes déjà liés. On quitte Mana, transformés par ce que l&#8217;on y a découvert, séduits par l&#8217;idée d&#8217;y revenir, un jour peut-être&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Un bref passage par Joshimath et ses terribles coups de klaxons, et on reprend la route pour une nouvelle destination.</p>
<p style="text-align:justify;">Les courbes des montagnes se calment, les campagnes se colorent peu à peu.</p>
<p style="text-align:justify;">Deux jours de trajet sur les routes chaudes de l&#8217;est de l&#8217;Uttarakhand, à la frontière du Népal, pour rejoindre Almora et ses somptueux panoramas.</p>
<p style="text-align:justify;">On arrive dans l&#8217;effervescence d&#8217;une fin de journée, accueillis par les coups de klaxons stridents, étourdis par les couleurs des étals d&#8217;un marché qui nous ballotte dans son infernal mouvement.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/almora-59.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-427" title="Almora-59" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/almora-59.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Le froid de Badrinath s&#8217;est emparé de moi, et les oreilles bourdonnantes j&#8217;appelle de mes vœux un endroit où me reposer. On cherche un moment, encombrés par nos sacs, mais la ville semble être dépourvue d&#8217;hôtel. On cherche encore, on finira bien par trouver.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques marches à franchir avec peine, une grille joliment décorée, un panneau, une enseigne, oui, c&#8217;est bien un hôtel. Kailash, qu&#8217;il s&#8217;appelle&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Qu&#8217;elle est belle, cette providence.</p>
<p style="text-align:justify;">Un vieillard se dessine en contrejour, et souligne son regard lumineux d&#8217;un large sourire. Il nous fait signe, nous invite. Une petite terrasse jonchée de tout un bric-à-brac, dévoilant par-ci par-là de petits objets mystérieux, de petits trésors. Une poupée délavée, un bouquet de fleurs, une bougie, un portrait de Gandhi.</p>
<p style="text-align:justify;">Clopin-clopant, le petit vieux nous entraîne joyeusement pour nous montrer sa plus belle chambre, une suite nuptiale, qu&#8217;il nous dit. «You have to dance to her tune», dit-il, le regard malicieux, à mon compagnon.</p>
<p style="text-align:justify;">La pièce se dévoile fièrement dans un grincement de porte: un cocon rose à la peinture parfois moisie, où trônent sobrement quelques babioles, dans une alcôve, sur une table, et qui animent l&#8217;espace d&#8217;un je ne sais quoi de chaleureux, <span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;">de lumineux.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/almora-6.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-428" title="Almora-6" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/almora-6.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Le petit homme demande peut-être un peu trop cher, mais une petite voix nous avertit que sa présence à lui n&#8217;a pas de prix.</p>
<p style="text-align:justify;">Jawaharlal Sha est presque centenaire; assis dans un rayon de lumière, il raconte son pays, il raconte l&#8217;Inde de Gandhi et de Nehru. Il chuchote des histoires chargées de secrets, de l&#8217;importance de la vie, de messages qu&#8217;il lance sous forme de questions en points de suspension&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;un œil encore fiévreux, j&#8217;observe de loin le grand-père qui murmure à Pierre, du bout des lèvres, des phrases que je ne déchiffre pas. Le dialogue de deux êtres qui se donnent dans une philosophie commune, l&#8217;écoute et le temps d&#8217;un échange important.</p>
<p style="text-align:justify;">La parole d&#8217;un vieux sage entendue par un jeune poète&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Le regard encore empli d&#8217;émotion, il se retire silencieusement, et retourne à ses pensées solitaires.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/almora-64.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-429" title="Almora-64" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/almora-64.jpg?w=500" alt=""   /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Nous ne resterons que quelques jours à Almora, dans le petit palais vieillot de Jawaharlal Sha, râlant trop souvent contre la tuyauterie millénaire, les coupures de courant, et cette  humidité perfide qui m&#8217;empêche de guérir.</p>
<p style="text-align:justify;">Il me faut de l&#8217;air, un cadre de repos où je peux reprendre des forces.</p>
<p style="text-align:justify;">Une poignée de kilomètres plus loin, sur la crête d&#8217;une haute colline, Kasar Devi et ses forêts de pins.</p>
<p style="text-align:justify;">La bourgade dessine sur ses versants des terrasses verdoyantes, où quelques paysannes agitent une faux ou jettent un caillou pour faire fuir des singes voyous.</p>
<p style="text-align:justify;">Un espace géant étalant dans un mouvement puissant une multitude de petites montagnes aux arêtes délicates.</p>
<p style="text-align:justify;">Au loin, là-bas vers le nord, une barrière de neiges himalayennes. Le Trisul et le Nanda Devi, tous deux à plus de 7000 m d&#8217;altitude.</p>
<p style="text-align:justify;">Les paillettes de mica volètent par milliers, étincelantes de lumière sur la terre ocre foulée par nos pas. Par ici une forêt de grands pins couronnés d&#8217;épines, et là des milliers de cloches sacrées, carillonnant dans la lumière du soir.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-139.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-430" title="KasarDevi-139" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-139.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-139.jpg"></a><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-13.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-431" title="KasarDevi-13" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-13.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">On s&#8217;installe quelques jours sous le toit d&#8217;une chaleureuse famille et on se laisse vivre en se gorgeant de ce panorama divin. On respire à nouveau, enfin.</p>
<p style="text-align:justify;">Un petit homme apparaît au coin de notre porte, discrètement appuyé sur sa canne, il s&#8217;approche et se présente: un paysan du hameau voisin. Un chais, une cigarette, et une visite qui se décide pour le lendemain.</p>
<p style="text-align:justify;">Au matin, le vieux se presse de nous ouvrir le chemin. Il galope le long des cultures et sautille d&#8217;une terrasse à l&#8217;autre, donnant par endroits un coup de canne pour écarter les broussailles.</p>
<p style="text-align:justify;">On traverse quelques cours où les récoltes, étalées aux pieds de petites maisons blanches, sèchent dans la chaleur du soleil qui cogne.</p>
<p style="text-align:justify;">Arrivés à son humble demeure, notre hôte nous paraît soudain mal à l&#8217;aise, gêné à la vue de sa propre misère. Sa femme en guenilles nous accueille d&#8217;un sourire édenté, et portant contre son flanc le plus jeune enfant du clan, elle nous offre le thé.</p>
<p style="text-align:justify;">A l&#8217;étage de la maisonnette, quelques paires d&#8217;yeux malicieux nous épient en riant; le reste de la famille, frères et enfants.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a aussi l&#8217;énorme buffle, fier de ses manières, qui renifle de sa truffe baveuse les nouveaux arrivants. Il y a les poules, les biquettes, des écolières qui passent, ou des femmes rentrant des champs, chargées de lourds ballots de paille.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques heures de cette journée passées à l&#8217;ombre de la petite ferme indienne, regardant notre ami paysan travailler silencieusement, s&#8217;arrêtant parfois pour voler une cigarette, et tenter un mot dans une langue qu&#8217;il ne connaît qu&#8217;à peine.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a style="text-decoration:none;" href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-50.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-432" title="KasarDevi-50" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-50.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Ses yeux empreints d&#8217;amour et de tristesse se posent parfois sur sa cadette, Anji, qui dans une agitation de fillette, fait comme les grands. Sans faire semblant, elle nettoie, elle secoue, elle range et s&#8217;occupe des bêtes.</p>
<p style="text-align:justify;">Il pense à l&#8217;avenir de sa petite Cendrillon indienne, sans riche prince, ni somptueux palais.</p>
<p style="text-align:justify;">Au moment de partir, il y a comme quelque chose d&#8217;étrange qui flotte sur le visage du petit homme, un regard qui ravale sa honte, et qui attend ouvertement un geste d&#8217;aide. Il ne demande pas, il insiste, il implore.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques centaines de roupies pour aider cet homme, et pour le remercier de son accueil. Un geste facile qui ne change pourtant pas la donne. L&#8217;Uttarakhand, fondé en 2001 après avoir été séparé de la province voisine, l&#8217;Uttar Pradesh, reste l&#8217;Etat le plus pauvre d&#8217;Inde.</p>
<p style="text-align:justify;">Ramesh aux oreilles poilues ne dit rien, mais joignant les mains devant son regard chargé de larmes, il sourit en tremblant.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-150.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-433" title="KasarDevi-150" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-150.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-150.jpg"></a><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-72.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-434" title="KasarDevi-72" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/kasardevi-72.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Encore quelques jours entre la campagne de Kasar Devi et le tumulte des ruelles d&#8217;Almora. Quelques dernières images de ses maisonnettes colorées, encore le portrait du vieux sâdhu chez qui nous avons coutume de prendre le thé, un clin d&#8217;œil à notre ami Andy le routard, un adieu au Kailash et un poème à Jawaharlal Sha.</p>
<p style="text-align:justify;">La route nous reprend comme moi j&#8217;ai repris des forces et c&#8217;est vers l&#8217;est que nous nous rendons.</p>
<p style="text-align:justify;">Une traversée de frontière à la lampe frontale, on chante comme des fous le plaisir d&#8217;être de retour au Népal.</p>
<p style="text-align:justify;">Il fait peut-être déjà nuit, les ombres ne sont peut-être pas détaillées, les visages qu&#8217;à moitié éclairés, mais il y a un petit quelque chose, une pointe de malice, une attitude espiègle, une atmosphère taquine qui émane à l&#8217;évidence de la différence avec les deux grandes sœurs voisines, l&#8217;Inde et la Chine.</p>
<p style="text-align:justify;">Une courte nuit à se battre avec les moustiques et nous traversons à vive allure le si joli Terai. On trace une ligne à travers cette vaste jungle, enjambant des rivières bordées de crocodiles, et stoppés parfois par des barrages d&#8217;enfants, chantant, dansant, riant, jusqu&#8217;à ce que le conducteur lance suffisamment de billets, ou de sourires.</p>
<p style="text-align:justify;">Une longue journée à la conduite sportive et puis Katmandu, enfin.</p>
<p style="text-align:justify;">Si calme et agréable pendant la mousson de juillet, Katmandu me semble à présent  bruyante et sale dans sa poussière de capitale. Un nouveau séjour sous le toit de la Yellow House, à lutter contre la mauvaise grippe de Pierre, et à taper des milliers de signes pour décrire la trajectoire de nos derniers mois de voyage.</p>
<p style="text-align:justify;">Trop de jours à suer la fièvre ou les chapitres, alors sitôt les forces reprises et les écritures bouclées, on allège les sacs et on repart en direction de Pokhara!</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/pokara-150.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-435" title="Pokara-150" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/pokara-150.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/pokara-150.jpg"></a><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/pokara-160.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-436" title="Pokara-160" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/pokara-160.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Lakeside nous reçoit dans un scintillement de vaguelettes. Loin des pluies torrentielles de juillet, l&#8217;atmosphère se fait  maintenant coquette. La grande chaîne des Annapurnas se déploie dans le décor à présent dégagé des lourds nuages de la mousson népalaise et le ciel se reflète sur  les eaux tranquilles du lac Phewa.</p>
<p style="text-align:justify;">On retrouve avec plaisir les balades sur ses berges, à regarder les barques glisser sur des lignes mouvantes, ou les aigles tracer des cercles dans la profondeur des airs.</p>
<p style="text-align:justify;">Une touche exotique sur cet air de Suisse: les vendeurs de bijoux, les roulottes de fruits, les marchandes tibétaines, les temples de Shiva. Il y a les moustiques et les cafards, les buffles qui font trempette, les interminables discussions de marchandage et les vélos qui perdent les pédales.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a aussi les retrouvailles avec des amitiés esquissées lors de mon premier passage, Sumitra et sa famille, Lobsang et son histoire.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques jours à ramer pour finir les préparatifs de notre prochaine grande randonnée, obtention de permis et autre prolongation de visa.</p>
<p style="text-align:justify;">Les chaussures de marche frétillantes d&#8217;impatience, nous nous lançons le 6 novembre sur la route des Annapurnas.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-29.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-438" title="Annapurna-29" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-29.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Dix-huit jours de marche à esquisser une ronde en suivant la trace qui mène jusqu&#8217;au ThorungLa, puis redescendre le Mustang, et suivre le cours de la Khali Gandaki.</p>
<p style="text-align:justify;">Une première série de jours à forcer les kilomètres, à traverser des cultures en terrasses verdoyantes, à remonter le dénivelé de la rivière, à emprunter des ponts suspendus, passant d&#8217;une rive à l&#8217;autre, en suivant des chemins de terre qui deviennent peu à peu sentiers de pierre.</p>
<p style="text-align:justify;">On traverse des villages aux noms marqués de cette belle essence montagnarde, Timang, Bhratang, Manang, Ghusang, ou d&#8217;autres qui nous accueillent dans la douceur de leurs auberges, Kagbeni, Kalopani, Tatopani.</p>
<p style="text-align:justify;">De champs de bambou en forêt de pins, de journées chaudes en nuits glaciales, de vert en brun, de gris en blanc, la nature d&#8217;altitude s&#8217;impose.</p>
<p style="text-align:justify;">Une semaine pour pénétrer le cœur de cette chaîne de montagnes, rencontrer au fil de la marche ces majestueux sommets et tourner autour de leurs faces. Des jours et des arrêts pour déplier la carte en jubilant, pointer du doigt, citer les noms, calculer les altitudes, comprendre les courbes de niveaux et donner les directions.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelques jours à peine pour retrouver cette atmosphère himalayenne, revoir les visages marqués par la force du vent, du froid, du soleil, et sentir la foi qui vibre dans les yeux, qui se pose sur les sourires, qui sort des cœurs. Au fil des villages, on tourne les moulins de prière, on regarde le vent claquer dans les guirlandes de drapeaux, pendant que le ciel surveille dans un brassage de nuages galopant l&#8217;avancée de notre pèlerinage.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-42.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-437" title="Annapurna-42" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-42.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Chaque jour le même petit rituel et le sac chargé de l&#8217;essentiel, on avance, laissant le rythme nous inspirer. On se laisse le temps des feux de bois, papotant au fil de rencontres, une vieille ici, un groupe de porteurs là.</p>
<p style="text-align:justify;">Le soir venu, au bord d&#8217;une soupe, ou d&#8217;un plat de patates et de fromage, on ouvre encore la carte et on retrace l&#8217;effort, le corps fatigué mais la tête chargée de force et de belles images.</p>
<p style="text-align:justify;">Sans même une douche froide, on s&#8217;endort bercés par le chant du vent dans nos grosses chenilles de plumes.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y a les matins où les paroles se gèlent dans l&#8217;air, les bonnets qui ne se détachent plus de nos têtes, il y a le brouillard et les nuages qui planent, il y a la neige aussi, qui dans un geste généreux tombe sous nos yeux.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;altitude se fait élevée, transformant cet espace géant en contraste de noir et de blanc. Le ciel s&#8217;ouvre, mer lumineuse sur cet univers de roc, et joue à lancer des rubans de mousse qui ondulent sur la pointe des divines montagnes.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-117.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-439" title="Annapurna-117" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-117.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Absorbée par tant de grandeur, tant d&#8217;espace, tant de blancheur, j&#8217;ai le cœur qui frappe et l&#8217;âme qui vacille, comme soufflée par une énergie invisible qui joue sur la sensibilité et force le respect jusqu&#8217;à l&#8217;angoisse.</p>
<p style="text-align:justify;">Une nuit plus dure que les autres à presque 5000 mètres d&#8217;altitude avec la nausée accrochée au ventre, la tête trop lourde et la peur de ne pas y arriver.</p>
<p style="text-align:justify;">La lampe frontale pour guider une marche escarpée, on entame l&#8217;ascension vers le col avant que les étoiles ne s&#8217;en aillent voir ailleurs. Les doigts font mal, les pieds glissent, mais même péniblement, les mètres s&#8217;enchaînent. Le rythme dicté par un souffle qui tend à se faire court, on cherche à installer la force du calme en alignant les pas vers le haut.</p>
<p style="text-align:justify;">De glace, les pas se font de neige profonde. Le jour s&#8217;est levé et avec lui le vent qui gifle nos visages, empaillette nos yeux, et bloque par rafales l&#8217;avancée de notre trace.</p>
<p style="text-align:justify;">Il se lâche et compose les dunes de cet espace de neige en une infinité de crêtes scintillantes, déplaçant dans un geste vif des nuages de poudre blanche.</p>
<p style="text-align:justify;">Il n&#8217;est pas tard mais pourtant les heures sont assez longues. Encore quelques centaines de mètres à garder l&#8217;équilibre, concentrée sur les pas de Pierre qui forment devant moi les marches de cette ascension si forte.</p>
<p style="text-align:justify;">La nausée n&#8217;existe plus, la tête peut frapper, les doigts faire mal, le souffle se couper, le vent souffler trop fort et le soleil brûler encore. Plus rien ne compte hormis les larmes qui coulent hors de mon cœur; je suis touchée par la grâce des éléments qui font lâcher prise, et oublier tout le reste&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Une main guide la mienne et m&#8217;aide à porter mon corps jusqu&#8217;au sommet du col pendant que le vent orchestre un tonnerre d&#8217;applaudissements joué par les drapeaux de prière.</p>
<p style="text-align:justify;">Les jambes tremblantes et les yeux brûlants, nous franchissons ensemble le ThorungLa.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-149.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-440" title="Annapurna-149" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-149.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Il y aura encore les jours pour redescendre vers les plaines, tournant toujours autour des grands sommets aux formes rondes et coupantes. Encore des matins froids et des journées à marcher contre le vent qui s&#8217;engouffre dans la vallée de la Khali Gandaki, bouffant la poussière brassée par les bourrasques de ce vent qui ne semble jamais vouloir se reposer.</p>
<p style="text-align:justify;">Des villages encore, tantôt groupements de maisons blanches aux toits couvert de bois, tantôt enfilades de bâtisses éparpillées au long de la trace qui quitte le sud du Mustang et nous ramène en direction de Pokhara.</p>
<p style="text-align:justify;">Dix-huit jours de marche pour apprendre à faire avec les limites du corps, les genoux rouillés, le dos tendu, le ventre noué. Des jours où l&#8217;on avance quand même car l&#8217;appel nous prend et que l&#8217;envie est plus forte, mais où les pas sont guidés par l&#8217;humilité. On apprend à relâcher, à écouter, soutenu par la beauté du cadre qui nous berce et nous porte.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-183.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-441" title="Annapurna-183" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-183.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">Dix-huit jours à marcher dans nos jolies chaussures à côté des porteurs, vêtus de moins que de l&#8217;essentiel, pliant sous la charge des autres. Des êtres issus de cette nature qui tracent la voie comme des bêtes de somme, rendant possible les rêves des hommes.</p>
<p style="text-align:justify;">Dix-huit jours de marche également pour se rendre compte de la marque profonde d&#8217;une culture sur l&#8217;autre, et sentir malheureusement trop souvent au long du chemin de ces jours que l&#8217;échange avec les populations locales est comme perverti des suites d&#8217;un tourisme qui ne donne pas toujours le bon exemple ou la meilleure image.</p>
<p style="text-align:justify;">Notre grande randonnée nous aura porté jusqu&#8217;à 5450 mètres, libérant les espaces pour remplir nos têtes d&#8217;images, mais elle nous aura aussi ouvert les yeux sur les tendances de deux cultures qui se rencontrent, mais ne prennent que trop rarement le temps de se comprendre.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-225.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-442" title="Annapurna-225" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/annapurna-225.jpg?w=500&#038;h=335" alt="" width="500" height="335" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">De retour à Pokhara on ne se concentrera plus que sur ce que le Népal nous offre vraiment, l&#8217;amitié.</p>
<p style="text-align:justify;">Des repas et des rires chez Sumitra, qui se serre contre nous avec la pureté d&#8217;un amour angélique.  Elle est triste, mon amie népalaise, de devoir me laisser partir à peine après m&#8217;avoir rencontrée, elle ne sait presque rien de moi ou de la vie qui m&#8217;attend, et pourtant elle me défie avec ses yeux chargés de larmes qui imposent la promesse: «Never forget me&#8230;!»</p>
<p style="text-align:justify;">Non Sumitra, je n&#8217;oublierai ni toi ni tes sourires, ni tes cadeaux ni ta chaleur, car tu resteras pour moi ce que j&#8217;aime le plus du Népal: une essence pure et vivante.</p>
<p style="text-align:justify;">De même nous ne pourrons oublier Lobsang et l&#8217;histoire qu&#8217;elle représente, sa bouche en cul de poule qui nous bénit de ses «Nunché», sa maison et ses petits déjeuners de roi, ses chemins de prière, sa malice, son amour, la protection qu&#8217;elle déposera de multiples fois autour de nos cou et de nos bras.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><a href="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/tashipalkhel-71.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-443" title="TashiPalkhel-71" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2010/03/tashipalkhel-71.jpg?w=500&#038;h=334" alt="" width="500" height="334" /></a></span></p>
<p style="text-align:justify;">De retour à Katmandou, la nostalgie d&#8217;avoir quitté Pokhara nous prend plus profondément que celle de quitter très prochainement le Népal.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce petit pays, coincé entre deux géants grandissants, nous laissera un goût d&#8217;inquiétude, marquée par l&#8217;énergie dissipée d&#8217;un gouvernement instable qui bataille comme il le peut contre des mouvements de beaux parleurs revendicateurs.</p>
<p style="text-align:justify;">Frappée par une nouvelle fièvre, je ne trouverai même pas la force de dire adieu à la capitale. Quelques jours à peine pour trouver le courage de reprendre la route. Six jours de voyage non stop, pour rejoindre Hampi et le sud de l&#8217;Inde, une folle traversée en multiples diagonales au cœur de cette <em>incredible India!&#8230;</em></p>
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		<title>Au pays des dzos</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Nov 2009 15:00:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mumiel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Népal sous la pluie en plein mois de juillet. Une belle mousson asiatique comme celle que j&#8217;avais connue au Laos en 2003. Ce plaisir de pouvoir se détendre en se disant qu&#8217;il pleut et que c&#8217;est comme ça. Ralentir un peu. Après avoir parcouru les routes et suivi le rail depuis l&#8217;ouest, après avoir [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=374&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Le Népal sous la pluie en plein mois de juillet. Une belle mousson asiatique comme celle que j&#8217;avais connue au Laos en 2003. Ce plaisir de pouvoir se détendre en se disant qu&#8217;il pleut et que c&#8217;est comme ça. Ralentir un peu.</p>
<p style="text-align:justify;">Après avoir parcouru les routes et suivi le rail depuis l&#8217;ouest, après avoir dû tourner autour du Tibet pour pouvoir le pénétrer, et après avoir franchi cette fabuleuse barrière himalayenne, je me sens comme arrivée à la fin de la première partie d&#8217;une histoire.</p>
<p style="text-align:justify;">Mes jours au Népal, petit prologue à sa suite, s&#8217;écoulent un peu paresseusement,  au bras de mon amie, car Catia m&#8217;a rejointe et nous sommes deux filles sur la route à présent.</p>
<p style="text-align:justify;">En moi résonne comme un besoin où le calme pourrait s&#8217;imposer pour intégrer, pour s&#8217;adapter.</p>
<p style="text-align:justify;">Trois petites semaines entre Katmandu et Pokhara, charmées par la liberté, l&#8217;accueil et l&#8217;intelligence des gens. A vivre et à se raconter, à partager.</p>
<p style="text-align:justify;">Errer dans les ruelles de la capitale, un peu bousculées par les bruits des klaxons et les invitations trop pressantes des marchands.</p>
<p style="text-align:justify;">Eviter le regard des singes par endroits maîtres de la ville, et voir le clapotement du ciel s&#8217;amuser sur les eaux du Phewa Tal alors que le crépuscule s&#8217;installe.</p>
<p style="text-align:justify;">Monter jusqu&#8217;à la Shanti Stupa, collantes de sueur et les sangsues accrochées aux chevilles pour voir Pokhara sous le soleil écrasant du mois de juillet.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette première rencontre avec le Népal ne laissera aucune image, je les perdrai toutes. Et pourtant déjà tant à raconter. Le Népal mérite plus que d&#8217;être une introduction à quelque chapitre, c&#8217;est une séduction quasi instantanée, et une histoire que je continuerai.</p>
<p style="text-align:justify;">Bientôt le Ladakh, et puis je reviendrai.</p>
<p style="text-align:justify;">Plus que quelques jours pour nous emmener vers cette Inde que je souhaite depuis mes tout premiers rêves de voyage, et vers ses montagnes que j&#8217;espère voir plus libres que celles que je viens de quitter.</p>
<p style="text-align:justify;">Entre temps, Vârânasî et New Delhi, sous la chaleur insoutenable du véritable été indien et dans l&#8217;odeur prenante de leurs ordures. A peine quelques heures pour voir le Gange et ses ghats, une nuit à voyager en train et un millier d&#8217;images en tête.</p>
<p style="text-align:justify;">La pauvreté jetée au visage, et la beauté au fond des yeux. Une première impression de cette Inde-là.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;Inde est un géant, la plus grande démocratie du monde, et il me faudra des mois pour peu à peu la découvrir et apprendre à la comprendre.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour l&#8217;instant je veux revoir les montagnes, sentir l&#8217;altitude. Et vivre quelques temps au pays des dzos.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-375" title="Leh-317" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/leh-317.jpg?w=500" alt="Leh-317"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-374"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Départ de Manali au milieu de la nuit. Je retiens mon souffle dans le brouillard nocturne et je plonge mes yeux dans l&#8217;uniformité angoissante du blanc pour y anticiper la route dangereuse qui m&#8217;emporte en se faufilant au cœur de la chaîne du grand Himalaya.</p>
<p style="text-align:justify;">Passer le Taglang La, dernier col à plus de 5330 m, alors que la nuit vient de s&#8217;installer, et surveiller le visage de notre chauffeur à travers son rétroviseur. Il conduira près de 22 heures quasiment d&#8217;affilée.</p>
<p style="text-align:justify;">Bouffer des kilos de poussière, fumer d&#8217;innombrables beedies, avoir les yeux qui brûlent par le soleil qui se reflète sur la piste, et continuer à conduire.</p>
<p style="text-align:justify;">Bono, mon fidèle ami qui nous a rejoins depuis peu, me glisse un sourire: &#8221;T&#8217;inquiète pas Mu, c&#8217;est leur métier, ils ont fait ça toute leur vie.»</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-377" title="LehManali-18" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/lehmanali-18.jpg?w=500" alt="LehManali-18"   /><img class="aligncenter size-full wp-image-378" title="ManaliLeh-10" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/manalileh-10.jpg?w=500" alt="ManaliLeh-10"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Leh, vers minuit. On se dérouille gentiment les jambes au milieu de la gare routière endormie, pas vraiment pressés de trouver un abri, puisque tout va bien, nous sommes enfin arrivés. Un Ladakhi tout excité nous pousse à prendre un taxi pour venir  nous installer chez lui. Il s&#8217;appelle Dawa. La chambre est un peu chère mais fera l&#8217;affaire pour la nuit.</p>
<p style="text-align:justify;">Sans le savoir, c&#8217;est un ami extraordinaire que le Ladakh est en train de nous offrir.</p>
<p style="text-align:justify;">Réveil à 3500 mètres d&#8217;altitude. Un soleil intense dans un ciel immense, des dentelles de roches qui entourent la ville, la poussière, les moulins à prière.</p>
<p style="text-align:justify;">Là-haut, le fort surplombant le quartier musulman; de l&#8217;autre côté, la majestueuse Shanti Stupa, et en face le Stok Kangri.</p>
<p style="text-align:justify;">Au centre de la ville, une ferveur religieuse qui se mêle à l&#8217;agitation des passants ponctuée par les coups de klaxons. Ici un marché tibétain, là de petites paysannes ladakhies et à peine plus loin, la mosquée, qui chante son appel.</p>
<p style="text-align:justify;">Un mélange culturel superbe au milieu des touristes parfois trop envahissants.</p>
<p style="text-align:justify;">Une première semaine dans cette ville qui me semble être la petite sœur de la Lhassa d&#8217;autrefois. Une cité au cœur des montagnes, encore peu développée mais vibrante de foi.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-380" title="Leh-187" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/leh-187.jpg?w=500" alt="Leh-187"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Quelques jours à peine pour organiser une longue marche au cœur des montagnes, fêter un anniversaire, dire au revoir à mon amie et accueillir celui qui partage ma vie.</p>
<p style="text-align:justify;">Heures heureuses et apaisantes passées avec les miens sous les étoiles filantes du ciel ladakhi.</p>
<p style="text-align:justify;">Plus que quelques heures dans l&#8217;euphorie du départ prochain, avant de nous élancer, mes deux compagnons de route et moi, en direction de la vallée de la Markha. Devant nous, dix jours de randonnée, quatre poneys, plus de 25 kilos de vivres, et le rythme de la marche pour se laisser enivrer.</p>
<p style="text-align:justify;">Nos premiers pas à travers un désert de rocailles écrasés sous la force du soleil de midi. On bifurque plus loin, longeant un fleuve dans un paysage gorgé de lumière et d&#8217;un brun omniprésent. On remonte une piste qui ne sera bientôt plus qu&#8217;un chemin. Après-demain, une première ascension vers un premier col.</p>
<p style="text-align:justify;">En attendant, le plaisir de monter pour la première fois le camp. Mettre en place les gestes qui se répèteront au fil des jours, dépaqueter, pomper, gérer les provisions, éplucher, faire du thé.</p>
<p style="text-align:justify;">Et s&#8217;allonger sous les étoiles. Chercher à ouvrir plus grands les yeux encore, pour embrasser tout le ciel. Se laisser aspirer par l&#8217;espace, qui à force de le regarder, devient un horizon toujours plus profond, hypnotisant. Et boire la nuit étincelante jusqu&#8217;à l&#8217;ivresse du sommeil.</p>
<p style="text-align:justify;">Des paillettes dans la tête, le corps engourdi, et des plumes sur notre première nuit.</p>
<p style="text-align:justify;">Au réveil, les gestes qui s&#8217;inversent, repaqueter, ranger, rechausser, repartir. Un peu mal organisés, on traîne, et c&#8217;est tant mieux, nous seront les derniers à quitter le camp.</p>
<p style="text-align:justify;">Marcher en passant par le gris et par le vert, argile bouillonnant dans la rivière et arbustes chatoyants nous accompagnant. Et puis soudainement, au sortir de cette première gorge, un espace qui s&#8217;ouvre, des hauteurs plus grandes encore, un éclatement de couleurs en relief dans la force du vent.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-382" title="MarkhaTrek-58" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-58.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-58"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-383" title="MarkhaTrek-71" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-71.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-71"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Le souffle un peu court et émerveillés par l&#8217;alchimie de cette géologie, on s&#8217;installe pour la deuxième fois. Une sensation plus intense de la hauteur, la fatigue, les jambes un peu lourdes. Et cette force qui se dégage de tout, et se reflète sur tout. Cette puissance silencieuse qui résonne en tout.</p>
<p style="text-align:justify;">Et tandis que la lumière en oblique sature les roches qui nous entourent, on reprend le petit rituel instauré le jour précédent sans un bruit, presque religieusement. Déballer, nettoyer, découper, mettre l&#8217;eau à bouillir pour le thé.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-385" title="MarkhaTrek-69" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-69.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-69"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Une longue matinée à marcher au milieu de petits buissons où des milliers de sentiers sont éparpillés. Monter pas à pas, pour atteindre, quelque 900 mètres plus haut, le Ganda La.</p>
<p style="text-align:justify;">Respirer profondément, s&#8217;arrêter et regarder tout autour de soi, redéfinir l&#8217;infiniment petit et l&#8217;infiniment grand. Perdre la notion du temps en regardant la course des nuages, et repartir, monter encore, inlassablement.</p>
<p style="text-align:justify;">Un caillou noir dans la main gauche, un blanc dans la droite, pour montrer un peu plus le respect que l&#8217;on porte aux esprits de la montagne. Les emmener avec soi depuis le bas, les transporter aux creux de nos mains gonflées d&#8217;efforts.</p>
<p style="text-align:justify;">Dernières centaines de mètres. Les tempes palpitantes, les poumons brûlants, les muscles tendus sous le soleil qui cogne. L&#8217;odeur des chevaux dans la poussière de leurs sabots. Le bruit de leurs clochettes qui peu à peu forment une mélodie pour guider mes pas.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelque chose qui se libère à l&#8217;intérieur comme si tout cet espace s&#8217;engouffrait en moi pour faire perler sur mes joues des larmes de joie. L&#8217;horizon qui se découvre peu à peu dans une lumière en contre-jour, et les drapeaux de prière qui claquent au sommet du Ganda La.</p>
<p style="text-align:justify;">Monter encore à peine plus haut, avoir la sensation de s&#8217;envoler dans les airs, ne pas s&#8217;attarder trop, juste toucher du bout des doigts cette enivrante atmosphère. Et jeter avec force et avec foi les deux petites pierres emmenées jusqu&#8217;ici, la première vers l&#8217;arrière, la deuxième vers le devant, comme un passage sacré entre le passé et le présent.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-387" title="MarkhaTrek-86" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-86.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-86"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-388" title="MarkhaTrek-83" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-83.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-83"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Une courte pause au soleil à presque 5000 mètres d&#8217;altitude. Euphoriques et encore un peu chancelants, on boit une goutte d&#8217;alcool fort pour célébrer l&#8217;amitié. Le sourire béat et la tête qui bouillonne, on se prend dans les bras.</p>
<p style="text-align:justify;">Et l&#8217;on repart, déjà.</p>
<p style="text-align:justify;">1400 mètres à dévaler le sentier caillouteux. On court après les ombres que la force du ciel s&#8217;amuse à jeter sur cette étendue de rocaille. Se laisser aspirer en posant le regard sur un horizon où les étendues se superposent et s&#8217;additionnent.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-389" title="MarkhaTrek-124" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-124.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-124"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Descendre plus vite encore avant que la nuit ne s&#8217;installe. S&#8217;enfiler dans une gorge à la beauté presque irréelle, et voir les derniers rayons du soleil glisser sur les roches brillantes. Faire confiance à ses pieds fatigués pendant que les yeux profitent de cette nature fantastique, aller un peu plus vite et ne pas trébucher.</p>
<p style="text-align:justify;">Monter le camp à l&#8217;aveugle et un peu ivres, on se glisse dans un sommeil profond où les images du jour défilent paisiblement.</p>
<p style="text-align:justify;">Réveil dans le tumulte du camp qui se démonte. On se retourne le sourire cranant aux lèvres et on se cale un peu mieux dans sa couche. Juste prendre le temps d&#8217;un jour de repos.</p>
<p style="text-align:justify;">Première baignade dans les eaux argileuses de la Markha. Le souffle coupé par le choc de l&#8217;eau froide, on se trempe sans perdre de temps. Le corps neuf de cette baignade, on se couche dans l&#8217;herbe et on observe le mouvement du ciel qui passe par-dessus la crête de ces géants de rocailles.</p>
<p style="text-align:justify;">Une femme nettoie le camp. Elle récolte de ses petites mains vieillies par le temps les excréments séchés des chevaux de passage et les déchets des touristes au comportement parfois révoltant.</p>
<p style="text-align:justify;">Un visage de malice tourne autour d&#8217;elle. Petite princesse des montagnes, PadmaMu me dévisage en silence. Un clin d&#8217;œil et les doigts dans la terre, on cherche en riant les capsules de bière enfoncées par centaines sur l&#8217;étendue du campement.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-390" title="MarkhaTrek-141" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-141.jpg?w=500&#038;h=746" alt="MarkhaTrek-141" width="500" height="746" /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Se réfugier sous la tente d&#8217;une auberge et boire en chantant pendant qu&#8217;une  brume de fine pluie traverse la toile. Regarder les enfants pouffer de rire et hurler de joie en jouant avec les gouttes qui tombent en rythme. Essayer de les attraper bouche grande ouverte, les rater très souvent et les sentir ruisseler en frissonnant, le long du cou ou sur le front.</p>
<p style="text-align:justify;">Apprendre des chants dans une langue qui n&#8217;est pas la nôtre, alors que la bière nous réchauffe et nous fait apprécier le mauvais temps. Mémoriser les sons, les mettre les uns après les autres, et se payer joyeusement la honte à essayer d&#8217;improviser puisqu&#8217;on les a déjà tous oubliés.</p>
<p style="text-align:justify;">De nouvelles amitiés qui se tissent, des êtres que l&#8217;on découvre, au fil des repas, au rythme des pas. Découvrir et rencontrer ceux que l&#8217;on a engagés pour nous accompagner et partager sans que l&#8217;un soit au service de l&#8217;autre, rigoler et apprendre à faire du pain.</p>
<p style="text-align:justify;">Raj, notre guide, petit homme tout en force, vient du nord-est de l&#8217;Inde. C&#8217;est un voyageur lui aussi. Il travaille ici et là pour pouvoir s&#8217;offrir la découverte de son propre pays. Six ans sur la route déjà. Un rire sur des yeux pleins d&#8217;étoiles et le silence quand il part devant nous pour ouvrir le chemin.</p>
<p style="text-align:justify;">Shandiu et ses quatre chevaux, eux, sont venus depuis Manali en début de saison. Durant tout l&#8217;été, il parcours le Ladakh et le Zanskar, ses pieds nus dans des chaussures en plastique, et guide sa caravane en claquant de la langue et en poussant des cris qui se répandent dans le lointain. Un être parfois têtu, qui connait le coin comme sa poche, une force issue de cette nature, qui engloutit les kilomètres si vite qu&#8217;il ne semble ressentir ni la fatigue, ni l&#8217;altitude, ni le froid.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-392" title="MarkhaTrek-206" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-206.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-206"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-393" title="MarkhaTrek-190" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-190.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-190"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Deux jours de marche sous le soleil aveuglant de la vallée de la Markha, oasis luxuriante au cœur de cet univers si aride de montagne.</p>
<p style="text-align:justify;">Remonter le cours du fleuve qui se faufile à ciel ouvert dans cet espace bouleversant, traverser des villages de pierre et des champs verdoyants, frôler du bout des doigts des dalles de prière centenaires déposées au pied des stupas, s&#8217;abriter sous un arbre et goûter en somnolant au silence que dégage l&#8217;endroit.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-394" title="MarkhaTrek-235" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-235.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-235"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Le ciel se couvre, il nous faut presser le pas.</p>
<p style="text-align:justify;">On décide de traverser la rivière pour emprunter un chemin qui nous fera gagner du temps. Les pieds sur les cailloux glissants et froids, on rejoint maladroitement l&#8217;autre côté de la berge. Les souliers à nouveau aux pieds et quelques mètres encore avant de comprendre qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;issue de ce côté-là. Impossible de rejoindre notre route, il nous faut faire demi-tour, enlever à nouveau nos chaussures, retraverser la Markha.</p>
<p style="text-align:justify;">Cinq minutes à peine et le fleuve n&#8217;est plus le même. L&#8217;esprit de la rivière hurle à présent, il bouillonne avec force et gonfle ses flots en un torrent violent. Bloqués ainsi sur la rive, on réalise que chaque minute compte. Il faut faire vite car l&#8217;eau va monter, et monter plus haut encore. Raj court devant nous pour trouver un passage. Par deux fois il tente une traversée, jette son sac de l&#8217;autre côté, essaie encore, nous appelle en hurlant à travers le bruit du fleuve qui se déchaîne.</p>
<p style="text-align:justify;">Le courant est trop fort par ici, emportant tout dans sa terrible course.</p>
<p style="text-align:justify;">De l&#8217;eau jusqu&#8217;à la poitrine, Raj lutte courageusement pour trouver un dialogue avec le fleuve. Il vient de passer de l&#8217;autre côté. Il nous fait signe, il vient nous chercher. Je regarde Bono, l&#8217;inquiétude au fond des yeux. Pas le temps d&#8217;hésiter.</p>
<p style="text-align:justify;">Raj le prend par la main. Ensemble je les vois s&#8217;éloigner, luttant contre la terrible puissance de ces flots qui ne cessent de s&#8217;agiter. Un instant pour se dire que tout peut arriver.</p>
<p style="text-align:justify;">Raj traverse à présent pour la quatrième fois le tourbillon de la Markha. Les chaussures fermement lassées aux pieds, je me plonge à mon tour dans le courant froid et sombre qui claque contre mes jambes. Raj, m&#8217;attrapant par le bras, se met devant moi; il ouvre une ligne au milieu des eaux tumultueuses et tel une île protectrice mouvante, il dévie la force du fleuve pour m&#8217;aider à assurer mes pas.</p>
<p style="text-align:justify;">Le corps piqué par la morsure de l&#8217;eau, les bras cherchant l&#8217;équilibre, je déplace à l&#8217;aveugle mon poids dans cet univers hostile. Ne pas butter sur un rocher, ne pas douter, penchée en avant, garder le rythme et traverser.</p>
<p style="text-align:justify;">Hurler de joie et se serrer dans les bras. Raj est complètement trempé dans le vent de la Markha. Il nous a sauvés, sans penser à lui ni à ses affaires qu&#8217;il ne retrouvera pas.</p>
<p style="text-align:justify;">Grelottants dans la fin du jour, on rejoint enfin le campement. Un thé plus important que les autres pour exprimer toute sa reconnaissance.</p>
<p style="text-align:justify;">Raj nous explique qu&#8217;il est responsable de la colère de la rivière. Hier soir, entourés d&#8217;autres guides, il a goûté à trois petits poissons péchés dans ses eaux.</p>
<p style="text-align:justify;">Raj pense avoir blessé l&#8217;esprit de la Markha, qui a cherché à le punir en nous emprisonnant dans ses bras dangereux.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce soir il priera pour implorer son pardon. Pour l&#8217;apaiser. Montrer qu&#8217;il a compris sa leçon.</p>
<p style="text-align:justify;">Traverser cet univers de montagne et réaliser peu à peu que l&#8217;on foule la terre des dieux. Tant d&#8217;esprits qui chuchotent ou sifflent dans la force du vent, qui galopent à dos de nuages et qui soufflent sur les visages marqués par le temps.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout ici est signe de respect pour l&#8217;esprit de cette nature si puissante. On la craint, on la vénère, on l&#8217;honore.</p>
<p style="text-align:justify;">Le corps engourdi, on s&#8217;endort profondément alors qu&#8217;au-dehors grondent les eaux de la Markha.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-395" title="MarkhaTrek-249" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-249.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-249"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">On quitte Tachuntse en fin de matinée. Une courte journée de marche pour rejoindre Nimaling,  un campement d&#8217;altitude au pied du Kang Yatse.</p>
<p style="text-align:justify;">Commencer aujourd&#8217;hui l&#8217;ascension qui nous emmènera demain 1000 mètres plus haut, jusqu&#8217;au sommet du Konmaru La.</p>
<p style="text-align:justify;">Quitter la vallée et se champs colorés, pendant qu&#8217;un ciel gris balaie d&#8217;un mouvement rapide un paysage devenant dramatique. Le vent fait rouler les nuages par-dessus des sommets tranchants, parfois teintés de blanc. Au milieu des rochers immobiles, habitants de cet espace, on chemine lentement, le froid collé au visage.</p>
<p style="text-align:justify;">Devant moi, une large plaine. Quelques tentes se dessinent en relief dans le lointain. Le vent souffle plus fort encore, jouant avec cette étendue sans retenue.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette nuit, la tempête s&#8217;installera, il faudra dormir dans le chant puissant de la neige. Sentir le baiser glacé de l&#8217;esprit de la montagne, pendant que roulé en boule et le sommeil délicat, on surveille les heures qui s&#8217;écoulent jusqu&#8217;à l&#8217;aube.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-397" title="MarkhaTrek-252" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-252.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-252"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Deux heures pour franchir le col. Les poumons brûlants et la tête qui cogne. Les pas difficiles dans ce parterre de blanc glissant, réfléchissant le soleil qui nous avait boudés hier.</p>
<p style="text-align:justify;">Tant de sentiments, tant d&#8217;émotions. La sensation puissante du présent. Sentir les pensées se dissoudre dans l&#8217;atmosphère, n&#8217;être plus que dans ce rythme vertical qui nous bouge mètre après mètre jusqu&#8217;à la crête, jusqu&#8217;au sommet.</p>
<p style="text-align:justify;">Toucher ces 5150 mètres d&#8217;altitude à force de patience et d&#8217;effort, les recevoir avec respect. Tracer du regard le parcours du chemin qui s&#8217;évanouit dans la neige et ne plus distinguer qu&#8217;à peine les petites tentes blanches qui se devinent au loin.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-398" title="MarkhaTrek-289" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/markhatrek-289.jpg?w=500" alt="MarkhaTrek-289"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Se retourner et découvrir un nouvel horizon. Descendre en zigzaguant de l&#8217;autre côté sur un sentier pentu pendant que la lumière expose à l&#8217;infini des dégradés de rouge et de vert, d&#8217;ocre et de gris. S&#8217;enfoncer dans une nouvelle gorge au milieu des versants qui se découpent les uns devant les autres, dévoilant des strates minérales aux couleurs magiques. Un dialogue incessant entre ces écailles de roches qui se plissent suivant les mouvements de la terre pendant que s&#8217;écoule silencieusement le cours d&#8217;une nouvelle rivière.</p>
<p style="text-align:justify;">Encore quelques heures et quelques villages, la vie fertile à nouveau par ici, avant de retrouver l&#8217;asphalte dure de la route, étrange sensation maintenant oubliée depuis dix jours déjà.</p>
<p style="text-align:justify;">Leh n&#8217;est plus très loin. Un taxi dans la poussière de Hemis. Un retour étourdissant dans une réalité bruyante, et derrière nous, la Markha et sa vallée, abritée par des géants de roches. Un millier d&#8217;images qui résonnent dans nos corps fatigués, et dans nos cœurs gonflés de liberté. La sérénité malgré le tumulte de la ville, et le repos  mérité au calme de notre retraite himalayenne.</p>
<p style="text-align:justify;">Encore un mois à vivre le Ladakh, à se charger de sa force, de ses paysages et de ses gens.</p>
<p style="text-align:justify;">Quatre jours sous le soleil brûlant du Ladakh pour écouter les enseignements du Dalaï-Lama.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-399" title="Leh-61" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/leh-61.jpg?w=500" alt="Leh-61"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-400" title="Leh-63" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/leh-63.jpg?w=500" alt="Leh-63"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Plus de 25&#8217;000 personnes qui chaque jour viendront s&#8217;assoir aux pieds de ce petit homme si important, délaissant leurs activités ou leur besogne pour s&#8217;imprégner de ses paroles. Ecouter le message simple d&#8217;une religion qui vit en chacun, à travers les générations. Des vieux cheminent chaque jours depuis des villages éloignés pour recevoir la bénédiction de celui qui incarne la foi, qui fait vivre l&#8217;espoir et la compassion.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;événement en lui-même est une fête, tous s&#8217;en réjouissent, s&#8217;en sentent honorés. Les familles se réunissent et s&#8217;étalent sous des parapluies colorés. Des enfants courent entre les gens en riant pendant que les vieilles, les yeux mi-clos par la chaleur et la fatigue, égrainent à l&#8217;infini leurs colliers de prière.</p>
<p style="text-align:justify;">Des trompettes résonnent pendant que la foule, les mains jointes devant les yeux, se lève. Un silence d&#8217;une puissance énorme s&#8217;installe. Un instant où le temps s&#8217;arrête, comme forcé au respect par une énergie divine.</p>
<p style="text-align:justify;">Le sourire aux yeux, Tenzin Gyatso, XIVe Dalaï-Lama, s&#8217;avance vers son peuple les mains jointes. Un être à l&#8217;aura si belle et à l&#8217;esprit si clair. La foule s&#8217;incline devant  cette personnification de l&#8217;espoir et de cette sagesse qui ne doit sous aucun prétexte disparaître.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-402" title="Leh-73" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/leh-73.jpg?w=500&#038;h=746" alt="Leh-73" width="500" height="746" /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Des heures bercées par les prières des moines et des nonnes, à se laisser absorber par les mots pendant que le soleil nous assomme.</p>
<p style="text-align:justify;">Le rituel spirituel se déroule pas à pas, quatre matinées pour recevoir le message et méditer.</p>
<p style="text-align:justify;">Une fois l&#8217;enseignement du jour transmis, les familles restent ensemble et partagent le repas. Un moment  vivant, encore vibrant de ferveur et de respect.</p>
<p style="text-align:justify;">Accueillis sous le parasol de nos hôtes, on goûte avec bonheur à ce festin amical.</p>
<p style="text-align:justify;">Le ventre bien rempli, sac de vivres et parasol sur les jambes, on nous coince tous les trois à l&#8217;arrière de la petite voiture familiale, et on prend la route de notre maison d&#8217;accueil.</p>
<p style="text-align:justify;">Des champs de blé encerclés par de jolis murets de pierre et des petits canaux qui se dispersent à travers de lumineuses forêts de bouleaux. Sanctuaire de stupas et drapeaux de prière. Maisons de terre recouvertes de chaux. Chiens errants et pourtant heureux sous un ciel drapé d&#8217;étoiles.</p>
<p style="text-align:justify;">Le soleil se couche sur le fort de Leh, pendant que les lucioles battent timidement des ailes. Le souffle frais du vent prend maintenant toute la place dans cette fin de jour. Devant moi, le poil brillant, passe lentement un dzo. Imposante créature aux cornes menaçantes et au regard si profond.  Le dzo parade en silence, amplifiant quelques instants la magie de l&#8217;endroit.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-403" title="Leh-250" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/leh-250.jpg?w=500" alt="Leh-250"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Une dernière soirée à trois sous la voûte tachetée du ciel pour se rappeler les moments partagés et pour se dire au revoir. Le trio se détache pour ne devenir plus qu&#8217;un duo et mon ami Bono rentre au pays.</p>
<p style="text-align:justify;">Encore deux semaines dans le calme du jardin de notre famille d&#8217;accueil à prendre le temps,  et à vivre au milieu des fleurs, sur fond de décors de montagne.</p>
<p style="text-align:justify;">Deux semaines pour errer un peu dans les ruelles de la ville, parler aux marchands, jouer avec les enfants. Vivre Leh pendant ses festivités culturelles et assister dans la lumière de fin de jour à ses formidables match de polo.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-404" title="Leh-185" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/leh-185.jpg?w=500" alt="Leh-185"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-406" title="Leh-263" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/leh-263.jpg?w=500" alt="Leh-263"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Prendre le temps de s&#8217;échapper encore quelques heures de la ville et repartir à la découverte du Ladakh. Voir ses temples, découvrir quelques unes de ses terres, emplir ses yeux et son âme encore une fois. Boire le thé avec un moine dans sa pièce minuscule, et échanger, communiquer. Pénétrer dans des salles aux peintures ancestrales et s&#8217;agenouiller au pied de la statue de Padmasambhava.</p>
<p style="text-align:justify;">Regarder des enfants qui jouent accrochés aux moulins à prière et rencontrer des vieux au regard rêveur qui laissent passer le temps.</p>
<p style="text-align:justify;">Marcher sur le sable doré d&#8217;un champ de stupas alors que le soleil décline et gravir le fort de Shey qui se découpe dans le ciel bientôt crépusculaire. Jouer dans le claquement des drapeaux de prière encore une fois.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-407" title="Lykkir-17" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/lykkir-17.jpg?w=500" alt="Lykkir-17"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-408" title="Shey-71" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/shey-71.jpg?w=500" alt="Shey-71"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;hiver approche vite, quelques jours à peine et nous quitterons Leh. En nous s&#8217;installe comme le pressentiment du manque de ce Ladakh qui nous emplit depuis sept semaines déjà. Quitter ce Ladakh magique et les esprits qui l&#8217;habitent, ce Ladakh qui nous aura accueilli et nourris d&#8217;une force unique.</p>
<p style="text-align:justify;">Il faut nous presser et reprendre la route en direction du sud avant que la neige ne tombe, suivre pendant deux jours à nouveau cette piste au cœur du grand Himalaya.</p>
<p style="text-align:justify;">Secoués pendant des heures à l&#8217;arrière d&#8217;un bus public, on franchit le premier col et les plaines poussiéreuses qui s&#8217;ensuivent. L&#8217;hiver presque installé a déposé un fin manteau de neige sur ce paysage grandiose et transformé. Je reconnais peu à peu  la route et pense avec un peu d&#8217;angoisse à ses passages dangereux à venir.</p>
<p style="text-align:justify;">Encore un jour de route sous une pluie glacée, à avoir le vertige derrière la buée de nos vitres. Le Rotang La, dernier col à franchir, est sur le point d&#8217;être bloqué par la neige. C&#8217;est de justesse que nous passerons ce jour-là.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-409" title="LehManali-28" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/lehmanali-28.jpg?w=500" alt="LehManali-28"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="aligncenter size-full wp-image-410" title="LehManali-50" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/11/lehmanali-50.jpg?w=500" alt="LehManali-50"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Arriver à Manali sous la pluie, le corps meurtri par toutes ces heures de mauvaise route, et sentir pourtant encore la force de ces semaines au Ladakh.</p>
<p style="text-align:justify;">Penser à ceux qu&#8217;on y a rencontrés, à ce que l&#8217;on y a vécu, à ce que l&#8217;on y a compris.</p>
<p style="text-align:justify;">Installés sur notre petit balcon à l&#8217;abri de la pluie, on réalise peu à peu que le Ladakh et ses <em>Juley!</em>, salutations joyeuses, sont derrière nous, et que l&#8217;encens s&#8217;échappant des temples de Shiva ont maintenant remplacé les mantras.</p>
<p style="text-align:justify;">Devant nous, deux mois de voyage dans le nord de l&#8217;Inde, jusqu&#8217;aux sources du Gange puis vers les montagnes du Népal.</p>
<p style="text-align:justify;">Le cœur chargé du Ladakh libre, je retrace ma route depuis mon arrivée à Lhassa.</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;un côté, le Tibet et la justice violée d&#8217;un peuple oppressé qui vit entre l&#8217;exil et l&#8217;occupation de ses terres. Un peuple dont les pratiques spirituelles sont soit interdites, soit contrôlées. Un peuple qui s&#8217;efforce de survivre, malgré l&#8217;agression, la répression.</p>
<p style="text-align:justify;">De l&#8217;autre, le Ladakh, vivant et vibrant de foi, dépendant d&#8217;un géant mais libre pourtant. L&#8217;image même de ce que pourrait être le Tibet si il n&#8217;avait pas été envahi par la force, mais intégré à la Chine avec respect.</p>
<p style="text-align:justify;">Et je repense au petit homme, sur son fauteuil sacré, ce petit homme si vénéré, qui fait peur au Chinois.</p>
<p style="text-align:justify;">Et je prie dans mon cœur pour que sa vie soit longue et que la liberté soit éternelle sur les montagnes du Ladakh.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;"><em>&#8220;Un leader est l&#8217;un des éléments qui manque le plus dans la politique de transformation de la Chine. La source des leaders Hans eux-mêmes est presque complètement tarie. Des années durant, je les ai observés l&#8217;un après l&#8217;autre, à mesure de leur apparition sur la scène politique, dans l&#8217;espoir d&#8217;en voir un qui puisse éventuellement sortir la Chine de la crise. J&#8217;y ai finalement renoncé. Mes compatriotes Hans ne sont pas dépourvus d&#8217;excellents talents dans de nombreux domaines, mais la personne possédant toutes les qualifications n&#8217;est jamais apparue. Ce genre de personne n&#8217;est pas un seigneur de guerre dirigeant en despote un territoire, ni un fonctionnaire à l&#8217;aise dans les schémas et les astuces, pas plus qu&#8217;un rebelle qui se lance dans la révolte. Ce doit être un leader qui équilibre tout les facteurs, unit tous les temps, doté de charisme personnel et d&#8217;autorité spirituelle, accepté et admiré dans le monde entier, capable de mener la Chine vers l&#8217;achèvement de la mutation vers la liberté et la démocratie afin de créer une société nouvelle, et qui en même temps, n&#8217;utilise pas le pouvoir comme sa propriété personnelle. Bref, ce doit être un leader comme le Dalaï-lama.&#8221;</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align:justify;"><em> Wang Lixiong </em></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><br />
</span></span></p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/mumiel.wordpress.com/374/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/mumiel.wordpress.com/374/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/mumiel.wordpress.com/374/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/mumiel.wordpress.com/374/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/mumiel.wordpress.com/374/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/mumiel.wordpress.com/374/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/mumiel.wordpress.com/374/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/mumiel.wordpress.com/374/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/mumiel.wordpress.com/374/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/mumiel.wordpress.com/374/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/mumiel.wordpress.com/374/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/mumiel.wordpress.com/374/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/mumiel.wordpress.com/374/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/mumiel.wordpress.com/374/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=374&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>TIBET</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Sep 2009 11:28:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mumiel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[18 juin 2009. Je suis à Chengdu, plus de 4 millions d&#8217;habitants, étouffée dans une chaleur lourde et dans une brume de pollution, pour un nouvel objectif: obtenir le droit de partir au Tibet&#8230; J&#8217;avais vu Chengdu il y a six ans, j&#8217;avais gravi l&#8217;Emei Shan et avais admiré avec tendresse les jolis bébés pandas. [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=324&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">18 juin 2009. Je suis à Chengdu, plus de 4 millions d&#8217;habitants, étouffée dans une chaleur lourde et dans une brume de pollution, pour un nouvel objectif: obtenir le droit de partir au Tibet&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;avais vu Chengdu il y a six ans, j&#8217;avais gravi l&#8217;Emei Shan et avais admiré avec tendresse les jolis bébés pandas. Mais cette fois-ci, et après le Xinjiang, ma motivation à redécouvrir cette Chine de l&#8217;est est bien faible. Suffisamment agacée par le tumulte des villes et par ce que j&#8217;ai vu, je n&#8217;ai qu&#8217;une envie, partir pour Lhassa.</p>
<p style="text-align:justify;">Alors je patiente et laisse couler le temps entre l&#8217;air humide brassé par les ventilateurs de ma chambre et la moiteur de l&#8217;atmosphère des jardins de ma guest-house. Quelques escapades, à peine plus loin que le bout de la rue, où je ne m&#8217;arrête que sur la Chine que j&#8217;aime, sur ses vieux, sur ses masseurs aveugles, sur le petit peuple qui vit juste là, si souriant mais si inconscient.</p>
<p style="text-align:justify;">Dix jours à organiser un voyage pour le toit du monde selon les règles millimétrées de la République Populaire de Chine. Car même si elle se targue d&#8217;ouvrir l&#8217;accès au Tibet grâce à son nouveau train Pékin-Lhassa, elle ferme ses routes aux étrangers pour mieux contrôler, pour mieux encaisser.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle ressert peu à peu les possibilités et étend de plus en plus son implacable autorité&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;entrée par l&#8217;ouest est si compliquée par le nombre de permis et d&#8217;autorisations qu&#8217;elle demande, si coûteuse par l&#8217;organisation qu&#8217;elle suscite et si éprouvante par les chemins qu&#8217;elle emprunte, que la plupart des voyageurs ne s&#8217;aventurent pas sur les hautes routes de l&#8217;ouest du Tibet.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;accès par l&#8217;est est quant à lui interdit; il est devenu impossible aujourd&#8217;hui d&#8217;acheter un billet pour le bus qui emprunte les cols grandioses de la Quichua-Tibet Highway. Quand on est à l&#8217;est, on prend le train sagement, comme tout le monde, avec son permis et son tour organisé, et on remonte jusqu&#8217;à Xinning pour entrer par le Nord.</p>
<p style="text-align:justify;">Le Grand Timonier Mao avait déjà rêvé de ce train mais n&#8217;en avait pas eu les moyens. Deng Xiaoping, le Petit Timonier, jette les bases du projet, et Hu Jintao, l&#8217;ingénieur, en achève la réalisation entamée par son prédécesseur, Jiang Zemin.</p>
<p style="text-align:justify;">Avec l&#8217;ouverture de cette ligne en 2006, Lhassa devient la station terminus provisoire d&#8217;un train colonisateur qui déverse chaque jour sur place touristes et fonctionnaires chinois afin de rendre irréversible la conquête de l&#8217;ouest façon Han.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-325" title="trainChengduLhasa-23" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/trainchengdulhasa-23.jpg?w=500" alt="trainChengduLhasa-23"   /><img class="alignnone size-full wp-image-327" title="trainChengduLhasa-42" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/trainchengdulhasa-42.jpg?w=500" alt="trainChengduLhasa-42"   /></span></span></p>
<p style="margin-bottom:0;text-align:justify;"><span id="more-324"></span>Le 1er juillet de cette année-là, alors que les médias chinois louaient avec une fierté trop arrogante la réussite du Parti communiste avec ce train le plus haut du monde construit dans le plus grand respect de l&#8217;environnement et des intérêts locaux, les Tibétains exilés dans le reste du monde portaient un brassard noir pour rappeler le drame de leur peuple colonisé.</p>
<p style="text-align:justify;">Espace vital, domination stratégique sur l&#8217;ensemble du continent asiatique, ressources naturelles, de l&#8217;eau à l&#8217;uranium en passant par l&#8217;or et le pétrole, attraits touristiques, tant d&#8217;atouts majeurs pour le Tibet face à une Chine en phase aiguë de croissance démographique et économique qui ne se gêne pas pour s&#8217;approprier ce qui lui plaît, ce dont elle a besoin&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Et désormais, avec ce train-là, la Chine continentale est fermement amarrée aux hauteurs tibétaines pour mieux continuer de les coloniser.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est donc le 27 juin que j&#8217;embarque à bord du Chengdu-Lhassa groupée à cinq autres voyageurs pour douze jours chronométrés au pays des Monts Neigeux. A deux jours de rail, Lhassa, capitale du Tibet envahie en 1949 par les troupes chinoises sous couvert de «libération pacifique»&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">En compartiment «couché dur», les passagers s&#8217;installent pour 48 heures de voyage extraordinaire. A la tête de chaque couchette, un petit masque à oxygène en plastique pour les voyageurs en proie au mal des hauteurs.</p>
<p style="text-align:justify;">Ici un couple de retraités fait la route jusqu&#8217;à Lhassa avec son petit-fils pour rendre visite aux parents de celui-ci qui se sont installés dans la cité il y a quelques années. Là, une belle femme d&#8217;une quarantaine d&#8217;années s&#8217;y rend pour la première fois, quelques jours de tourisme dans un emploi du temps de fonctionnaire. Tous sont Han. Tous sont fiers de leur train, heureux de rejoindre la capitale de la région autonome du Tibet.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="size-medium wp-image-330 alignnone" title="trainChengduLhasa-37" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/trainchengdulhasa-371.jpg?w=201&#038;h=300" alt="trainChengduLhasa-37" width="201" height="300" /><img class="alignright size-medium wp-image-331" title="trainChengduLhasa-156" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/trainchengdulhasa-156.jpg?w=201&#038;h=300" alt="trainChengduLhasa-156" width="201" height="300" /></span></p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;">Les Tibétains, eux, voyagent en «assis dur» sans masque à oxygène, dormant les uns sur les autres, au milieu des résidus de graines de tournesol et autres sachets de nouilles instantanées. La vie s&#8217;étale ainsi sans plainte pendant deux jours sous les commentaires propagandistes des haut-parleurs qui réinventent l&#8217;Histoire selon la vision de la République Populaire de Chine. Le progrès et l&#8217;aide apportés par le parti du pays «libérateur» avec ce fabuleux projet du train des montagnes permettra à ces «pauvres populations reculées et sous-développées» de s&#8217;ouvrir au reste du monde malgré les désavantages de sa situation géographique tout en ayant la chance de pouvoir être enfin éduquées.</p>
<p style="text-align:justify;">A entendre la voix naïve du speaker qui récite sur fond de musique suave, on pourrait s&#8217;étonner que les passagers tibétains ne sortent pas leurs mouchoirs et ne s&#8217;agenouillent pour remercier haut et fort ces envahisseurs qui, en clamant leur générosité, se construisent une ligne ferroviaire directe pour pouvoir pomper plus librement et facilement dans le grand trésor tibétain&#8230;</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-334" title="trainChengduLhasa-7" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/trainchengdulhasa-71.jpg?w=500" alt="trainChengduLhasa-7"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Xinning, dernière station avant d&#8217;amorcer la traversée des hauts plateaux de la région de l&#8217;Amdo, anciennement partie intégrante du Tibet. La ville est cependant comme toute autre ville chinoise et ses origines tibétaines se sont diluées depuis longtemps. Sur le quai, 10 minutes d&#8217;arrêt pour vivre l&#8217;effervescence des shops ambulants qui vendent à tour de bras pattes de poulet fluorescentes et bières peu rafraîchissantes.</p>
<p style="text-align:justify;">Coup de sifflet et départ théâtral du convoi pour Lhassa. La main vissée à la tempe, le corps droit et le regard planté au loin, le chef de compartiment adresse un signe de salut respectueux à un supérieur imaginaire.</p>
<p style="text-align:justify;">Devant moi, encore 20 heures de train pour découvrir peu à peu, l&#8217;esprit rendu euphorique par le manque d&#8217;oxygène et l&#8217;émerveillement, les prémices des étendues himalayennes.</p>
<p style="text-align:justify;">Jeu de lumières sur cascades de roches et miroirs de ruisseaux sacrés. Puissance du ciel qui semble s&#8217;amuser à raser les montagnes, qui lâche ses nuages comme des taches magiques aux formes ingénieuses sur des pâturages immenses.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-336" title="trainChengduLhasa-127" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/trainchengdulhasa-127.jpg?w=500" alt="trainChengduLhasa-127"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Les passagers s&#8217;agglutinent derrière les vitres et dégustent avec plaisir le nectar promis du spectacle inoubliable d&#8217;un voyage pas comme les autres.</p>
<p style="text-align:justify;">En moi, ce sont des années de désirs de ces contrées qui sont en train d&#8217;être exaucés et mes yeux s&#8217;ouvrent pleins d&#8217;émotion sur les kilomètres qui nous rapprochent de Lhassa.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;avais prié avec force pour que le destin nous offre un accompagnateur tibétain. J&#8217;aurais difficilement supporté la compagnie d&#8217;un guide chinois à la vision trop modelée par la propagande.</p>
<p style="text-align:justify;">Et le Tibet nous offrit Yendren. Il déposa les traditionnels kata de bienvenue autour de nos cous, et nous annonça avec son petit rire espiègle qu&#8217;il était notre guide.</p>
<p style="text-align:justify;">Il n&#8217;avait pas le droit de parler de politique avec nous, mais était là pour nous encadrer tout en nous racontant son pays et sa culture.</p>
<p style="text-align:justify;">Une fois quitté Lhassa et dans l&#8217;intimité de notre mini-van, il transgressera des interdits et nous racontera sa vie, comment il traversa les hautes montagnes himalayennes à l&#8217;âge de 17 ans avec d&#8217;autres clandestins, afin de pouvoir rejoindre l&#8217;Inde et y étudier à Dharamsala auprès de la communauté tibétaine en exil, comment il était revenu après toutes ces années pour tenter de survivre dans son pays à la sinisation forcée. Il nous racontera son père défendant avec ferveur la capitale lors du soulèvement populaire de Lhassa en 1959, il nous parlera des villages prisons où les habitants ne peuvent plus sortir par mesure de répression.</p>
<p style="text-align:justify;">Nous verrons par nous-mêmes les snipers sur les toits de la ville, surveillance omniprésente, les longs convois militaires sur les routes de campagne, présence menaçante. Evidemment, il est interdit de photographier les petits soldats déambulant sur les pavés de la cité. Deux militaires pour un tibétain, ai-je entendu dire&#8230; A croire que la Chine a peur de ces pauvres populations arriérées qui selon leurs dires nagent dans le bonheur d&#8217;avoir été libérées!</p>
<p style="text-align:justify;">Pékin continue à prétendre que tout va bien à Lhassa, que le peuple est heureux, que la ville est sûre, tandis que le Potala, poussé à devenir le fantôme de lui-même en servant de vitrine aux touristes, pose son regard sur le drapeau qui flotte avec une fierté mal placée à ses pieds.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-337" title="Lhasa-88" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/lhasa-88.jpg?w=500" alt="Lhasa-88"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Le quartier du Bokhor, cœur de la cité religieuse à présent puissamment encerclé par la nouvelle ville chinoise, essaie de poursuivre son existence au rythme des prières des pèlerins qui chantent en silence un espoir de liberté.</p>
<p style="text-align:justify;">Un sentiment de malaise évident qui s&#8217;impose en moi face à cette mascarade d&#8217;une authenticité remodelée puis exhibée sous le regard sans respect des touristes chinois qui se placent à quelques centimètres des visages pour les immortaliser au téléobjectif.</p>
<p style="text-align:justify;">Et pourtant, l&#8217;âme de Lhassa, bien surveillée, est encore là&#8230; Dans les yeux des petites marchandes étalées sur les trottoirs, dans la fumée sacrée qui s&#8217;échappe des monastères ou dans le bruit des moulins à prières, dans les murs des vieilles  maisons qui n&#8217;ont pas encore subi de plan de rénovation, dans la lumière du soir qui s&#8217;étend sur la ville, dans le vent qui se faufile dans les allées, dans le mouvements des rideaux aux portes des temples.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-338" title="Lhasa-56" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/lhasa-56.jpg?w=500" alt="Lhasa-56"   /><img class="alignnone size-full wp-image-340" title="Lhasa-55" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/lhasa-55.jpg?w=500" alt="Lhasa-55"   /><img class="alignnone size-full wp-image-341" title="Lhasa-13" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/lhasa-13.jpg?w=500" alt="Lhasa-13"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Au matin de notre 4e jour sur sol tibétain, je fais une dernière fois le tour du Jokhang en guise d&#8217;adieu à Lhassa. Les échoppes sont encore endormies, seuls les pèlerins se dessinent dans l&#8217;aube. Un pas en avant, les deux mains jointes au ciel, puis ils s&#8217;agenouillent et s&#8217;allongent de tout leurs corps sur le pavé sacré. Ils se relèvent et répètent inlassablement leur pieuse révérence.</p>
<p style="text-align:justify;">Trois jours pour vivre à Lhassa ce que l&#8217;on peut, et sept de plus pour parcourir quelques unes des merveilles du toit du monde.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette semaine restera l&#8217;une des plus intenses de ma vie, tant mes yeux auront plongé dans des espaces incroyables, tant mon corps aura appris l&#8217;altitude, tant mon cœur aura reçu le Tibet de plein fouet.</p>
<p style="text-align:justify;">Sur notre route programmée, Nam-tso, le grand lac, bouleverse mon âme par sa beauté.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-343" title="Namtso-88" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/namtso-881.jpg?w=500" alt="Namtso-88"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Comme une puissante aspiration de bleu qui fait rebondir les nuages dans l&#8217;immensité des eaux sacrées. J&#8217;ai mal à la tête sous ce soleil à 4300 mètres, mais j&#8217;ai la poitrine qui se gonfle de bonheur. L&#8217;horizon est si profond et le ciel si infini que je me sens comme en suspension, moi petit pion dans l&#8217;univers. Cet endroit possède une énergie si puissante qu&#8217;il résonnera pour toujours en moi avec la même force.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-344" title="Namtso-154" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/namtso-154.jpg?w=500" alt="Namtso-154"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Sur le chemin, une rencontre éphémère, jeune Tibétaine sous le ciel qui se charge d&#8217;une pluie prochaine. Elle est là, le sourire espiègle accroché aux yeux, et me regarde en tirant la langue. Elle espère que je sortirai de ma poche une image interdite bien cachée dans mes affaires&#8230; Mais malheureusement je n&#8217;ai pas de photo du deuxième dalaï-lama. Dangereux pour moi bien moins que pour elle. Elle fait un petit geste déçu mais amical de la tête et me prend par la main, et nous repartons le cœur en fête sur le chemin de nos prières.</p>
<p style="text-align:justify;">Au cours des kilomètres qui nous emmèneront vers l&#8217;ouest puis vers le sud en direction du Népal, un spectacle sans fin de couleurs et de formes, coup de maître de la Création qui s&#8217;amuse à peindre l&#8217;horizon avec des doigts de géants.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-345" title="Namtso-203" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/namtso-203.jpg?w=500" alt="Namtso-203"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">A l&#8217;arrière du mini-van, avec mes cinq compagnons de route, on pousse des grands «Oh…, ouah&#8230;» Ici un double arc-en-ciel décalqué sur fond de montagnes d&#8217;or, là des ruines mystérieuses en plein désert de caillasse, de ce côté des fleuves et des vallées qui se faufilent entre des monstres de roc qui se dominent les uns les autres dans des drapés d&#8217;ocre et de verts, de pourpres et de gris. Le soleil, lui, tel un chef d&#8217;orchestre, met sous ses projecteurs le profil d&#8217;une montagne ou le reflet d&#8217;une rivière.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-346" title="OldTingri-3" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/oldtingri-3.jpg?w=500" alt="OldTingri-3"   /><img class="alignnone size-full wp-image-347" title="OldTingri-9" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/oldtingri-9.jpg?w=500" alt="OldTingri-9"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Et on prend de l&#8217;altitude, on passe de nouveaux cols où les nuages restent accrochés aux langues des glaciers. Une pause improvisée et c&#8217;est la rencontre avec un berger au sourire édenté. On suit à présent la piste qui mène au  camp de base de l&#8217;Everest. Cent kilomètres qui s&#8217;étireront dans le temps, plus de 10 heures à faire des bonds au milieu de ce décor presque lunaire. Et puis juste avant la tombée de la nuit, au détour d&#8217;une vallée, on l&#8217;aperçoit enfin. Il est là, timide sous une lune précoce et bordée d&#8217;un duvet de nuages: le plus haut sommet du monde.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-348" title="EBC-1" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/ebc-1.jpg?w=500" alt="EBC-1"   /><img class="alignnone size-full wp-image-349" title="EBC-19" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/ebc-19.jpg?w=500" alt="EBC-19"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">On se faufile dans le petit crépuscule himalayen et on marche sur des galets d&#8217;or, avant de se glisser dans la chaleur d&#8217;une tente-hôtel aux plafonds brodés de patchworks.</p>
<p style="text-align:justify;">Poumons fatigués et tête douloureuse, je m&#8217;endors, l&#8217;euphorie toujours au cœur, après avoir été bordé par la douce Dolma qui, en hôtesse attentionnée, dépose  une caresse sur ma joue de ses doigts de fée.</p>
<p style="text-align:justify;">A 5 heures, le réveil sonne. Encore assommés par l&#8217;altitude, on enfile machinalement bonnet et veste chaude. Dehors, c&#8217;est encore la nuit, mais l&#8217;aube n&#8217;est plus très loin. Le mal de tête n&#8217;est pas passé, mais il ne m&#8217;empêchera pas de marcher une bonne heure dans la brume du matin jusqu&#8217;au camp de base militaire. Ce qui est plus loin nous est interdit. On peut rester là 40 minutes montre en main, voir le soleil se lever sur la moraine qui s&#8217;élance devant nous, et espérer que l&#8217;Everest ne soit pas trop frileux.</p>
<p style="text-align:justify;">Alors on s&#8217;installe et on attend. On espère. Faire abstraction de la présence de la milice n&#8217;est pas trop difficile. Quand au drapeau aux couleurs de la République Populaire de Chine, il me paraît vraiment ridicule. Là, devant nous, va peut-être se dévoiler la plus haute montagne au monde&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Les minutes passent mais le géant ne se montre pas.</p>
<p style="text-align:justify;">Retour au campement en se rassurant: c&#8217;est très rare de le voir totalement dégagé&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Et moi je me disais: «De toute façon, je le reverrai, depuis l&#8217;autre côté&#8230;»!</p>
<p style="text-align:justify;">Lumière saturée du matin, Dolma dépose son enfant dans l&#8217;embrasure de la porte. Il lève les yeux sur moi. Ce regard ultra profond et tant de questions.</p>
<p style="text-align:justify;">Au moment du départ, Dolma me prend dans ses bras et me serre comme on serre un être à qui l&#8217;on tient. Emue, je lui prends les mains et me rappelle à quel point me manquent les miens.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-350" title="EBC-99" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/ebc-99.jpg?w=500" alt="EBC-99"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Il ne reste plus que deux jours avant de rejoindre la frontière sud, celle qui me fera passer du côté népalais. Deux jours encore à travers des paysages grandioses, sortis de l&#8217;imaginaire d&#8217;un artiste fou. Et toujours le ciel, en imposant maître de l&#8217;espace.</p>
<p style="text-align:justify;">Old Tingri, notre avant-dernière étape, nous accueille dans une lumière rasante. Il n&#8217;est pas loin de 17 heures et le vent souffle fort dans la poussière de la plaine.</p>
<p style="text-align:justify;">Sur la belle route qui continue vers l&#8217;ouest, le bétail rentre dans un aveuglant contre-jour. De l&#8217;autre côté, un nuage de paillettes d&#8217;or étend sa toile au-dessus du bourg.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-351" title="OldTingri-111" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/oldtingri-111.jpg?w=500" alt="OldTingri-111"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Panorama de sommets dans nos mirettes pointées vers le sud. Everest, Cho Oyu, Makalu et Shishapangma: pas un qui ne descende en dessous de 8000 m.</p>
<p style="text-align:justify;">Old Tingri, sous ses faux airs de ville fantôme du Far West, se révèle en fait la Hollywood des plus hautes montagnes du monde.</p>
<p style="text-align:justify;">On gonfle ses poumons à bloc, le vent continuant à n&#8217;en faire qu&#8217;à sa tête, et on attend que le soleil se retire, illuminant jusqu&#8217;au bout les grands pics enneigés de la chaîne himalayenne.</p>
<p style="text-align:justify;">Notre dernier jour à traverser les contrées tibétaines nous fera monter encore une fois par un col à plus de 5000 mètres, le Lalung La. Petite marche, la respiration brûlante sous la lumière de midi. L&#8217;air balaie l&#8217;horizon sans retenue, et mes yeux se voilent&#8230; Tibet, je te quitte bientôt déjà, et je n&#8217;ai pas le choix. Rire et larmes tout à la fois, peut être le manque d&#8217;oxygène, mais même si mon cœur se serre, je ressens une force puissante qui cogne dans ma poitrine, celle de cette terre qui parle mille langages, celle qui ne ressemble à aucune autre, terre envahie, mais terre vivante, vibrante.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-353" title="OldTingriZangmu-67" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/oldtingrizangmu-67.jpg?w=500" alt="OldTingriZangmu-67"   /></span></p>
<p style="text-align:justify;">Pendant quelques heures encore mon âme restera accrochée aux milliers de banderoles de prières claquant dans le vent du Lalung La. Ensuite viendra la grande descente vers Zangmu, quelque 3000 mètres plus bas.</p>
<p style="text-align:justify;">La traversée de la chaîne du Grand Himalaya s&#8217;amorce pour rejoindre dès demain le Népal dont je ne sais pas grand-chose, à vrai dire presque rien.</p>
<p style="text-align:justify;">Je ne sais pas à quoi je m&#8217;attendais, peut-être que je n&#8217;avais pas réellement imaginé ma route après le Tibet. Je n&#8217;avais en tout cas pas imaginé ce qu&#8217;elle serait jusqu&#8217;à Zangmu.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout au long de ce trajet, mon ami Fred et moi, compagnons de route depuis deux semaines déjà, avons installé un petit satellite dans notre imagination pour comprendre mieux la disposition de cet espace dans les trois dimensions&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Imaginez que vous êtes sur l&#8217;un des plus hauts plateaux du monde, bordé à ses pieds par quelques sommets de 8000 m et beaucoup de 7000, sorte de barrière rassurante. De l&#8217;autre côté, un nouveau pays qui inverse la donne, gardant les hauteurs pour surveiller ses arrières, et s&#8217;épanouissant dans de belles contrées verdoyantes.</p>
<p style="text-align:justify;">Et là, entre les deux, une faille énorme qui s&#8217;ouvre au milieu par la force des montagnes, une faille qui s&#8217;engouffre dans la mousson interdite de Tibet, arrêtée par les géants de l&#8217;Himalaya.</p>
<p style="text-align:justify;">La faille nous aspire vers le bas, plongeant vers le sud, faille fumante et humide.</p>
<p style="text-align:justify;">Je me retourne, et je ne vois déjà plus rien derrière moi.</p>
<p style="margin-bottom:0;text-decoration:none;text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-size:small;"><img class="alignnone size-full wp-image-354" title="OldTingriZangmu-231" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/oldtingrizangmu-231.jpg?w=500" alt="OldTingriZangmu-231"   /></span></span></span></p>
<p style="text-align:justify;">Mes premiers instants au Népal sont frappés par l&#8217;évidence qu&#8217;ici je palpe à nouveau la liberté. Plus de contrôle, pas de route obligatoire, pas de sourire croché au visage pour montrer sa meilleur face.</p>
<p style="text-align:justify;">Je pars sans trop me retourner, le Tibet est en moi, et il vivra malgré les drapeaux et la mauvaise fois du gouvernement pékinois.</p>
<p style="text-align:justify;">Katmandou m&#8217;accueille sous la pluie et la Yellow House m&#8217;ouvre chaleureusement ses portes. Je m&#8217;y sens déjà comme à la maison. Deux semaines à retrouver ma solitude avant d&#8217;être rejointe par celle que je considère comme ma sœur.</p>
<p style="text-align:justify;">Partage avec les miens, enfin.</p>
<p style="text-align:justify;">Deux semaines à travailler sur mes images, tout en laissant bouillonner en moi une colère et une inquiétude qui n&#8217;ont cessé de grandir depuis deux mois.</p>
<p style="text-align:justify;">Je suis libre à présent de décider de ne plus jamais remettre les pieds en Chine, de renoncer à revoir le Tibet, de ne jamais poser les yeux sur son Mont Kailash, d&#8217;accepter que son lac Manasovar ne sera qu&#8217;un rêve jamais réalisé.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais je ne pourrai oublier le Tibet, et mon âme ne pourra pas faire comme si elle ne savait pas.</p>
<p style="text-align:justify;">Je suis libre. Mais pas le Tibet.</p>
<p style="text-align:justify;">Depuis mon dernier séjour en Chine, j&#8217;ai peur. Peur d&#8217;un monde où la Chine pourrait décider d&#8217;étendre encore un peu plus à gauche, encore un peu plus bas, puisqu&#8217;elle l&#8217;a déjà fait deux fois&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Peur de réaliser que nos démocraties ne soient finalement pas décidées à prendre clairement position en respectant et en défendant leurs propres valeurs. La démocratie repose sur la capacité d&#8217;un certain nombre d&#8217;individus à dire non à un certain moment de l&#8217;Histoire. Et je n&#8217;ose croire que nous n&#8217;ayons pas le courage, après avoir trop longtemps sous-entendu un oui, d&#8217;articuler sans équivoque un NON.</p>
<p style="text-align:justify;">Non, ceux-ci n&#8217;ont pas le droit d&#8217;en faire à leur guise, bafouant toutes les règles internationales, et non nous ne pouvons pas continuer à détourner le regard, parce qu&#8217;on ne peut pas se permettre d&#8217;être en froid avec la Chine en vue de protéger nos propres intérêts.</p>
<p style="text-align:justify;">Plus que de s&#8217;inquiéter, il est grand temps de réfléchir. Que faisons-nous, que et qui cautionnons-nous?</p>
<p style="text-align:justify;">La question tibétaine reflète les contradictions de notre monde et des intérêts des Etats qui le composent. Le Tibet meurt de nos silences.</p>
<p style="text-align:justify;">Et j&#8217;espère qu&#8217;il ne sera pas trop tard quand nous nous rendrons à l&#8217;évidence qu&#8217;il est aussi la plus forte métaphore de nos libertés.</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;"><em>«Les enjeux sur les plateaux tibétains ne sont pas minces et concernent la planète dans son ensemble, du moins le continent asiatique, et plus largement sans doute toute l&#8217;Eurasie: plus de 40% des ressources recensées à l&#8217;intérieur des frontières actuelles de la Chine se trouvent au Tibet, de l&#8217;arsenic au zinc en passant par la bauxite, le charbon, le fer et l&#8217;uranium, sans négliger l&#8217;or, le jade ni le saphir, pas plus que le quartz ou le sel, ni même le pétrole. A moins que l&#8217;eau ne soit la plus précieuse de toutes ces richesses&#8230; Préoccupation majeure de la communauté humaine!</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>(…)</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>Les plus grands fleuves d&#8217;Asie et une quantité non négligeable de rivières qui les alimentent prennent leur source au cœur des glaciers qui jalonnent les étendues tibétaines.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>(…)</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>Des dix rivières les plus menacées au monde, quatre prennent leurs sources au Tibet.»</em></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-style:normal;">(Extraits de </span></span></span><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><em>Tibet, la question qui dérange</em></span></span><span style="font-family:Arial, sans-serif;"><span style="font-size:small;"><span style="font-style:normal;">, Claude B. Levenson)</span></span></span></p>
<p style="margin-bottom:0;text-align:justify;"><em><span style="font-style:normal;"><img class="alignnone size-full wp-image-355" title="Gangden-19" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/09/gangden-19.jpg?w=500" alt="Gangden-19"   /></span></em></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/mumiel.wordpress.com/324/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/mumiel.wordpress.com/324/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/mumiel.wordpress.com/324/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/mumiel.wordpress.com/324/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/mumiel.wordpress.com/324/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/mumiel.wordpress.com/324/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/mumiel.wordpress.com/324/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/mumiel.wordpress.com/324/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/mumiel.wordpress.com/324/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/mumiel.wordpress.com/324/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/mumiel.wordpress.com/324/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/mumiel.wordpress.com/324/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/mumiel.wordpress.com/324/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/mumiel.wordpress.com/324/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=324&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Kashgarie jolie et les envahissantes chinoiseries</title>
		<link>http://mumiel.wordpress.com/2009/07/17/kashgarie-jolie-et-les-envahissantes-chinoiseries/</link>
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		<pubDate>Fri, 17 Jul 2009 13:46:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mumiel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Encore deux semaines à boucler le dernier chapitre de mon histoire kirghize, et à organiser le rapatriement de nos affaires depuis Bichkek, dans le calme de l&#8217;enceinte de la belle Kashgar, pour pouvoir enfin, après 38 jours de séparation, retrouver mon appareil photo. Un grand merci à Daniel, Tolkun, Nurbeck, Ruslan qui nous ont aidés [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=274&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Encore deux semaines à boucler le dernier chapitre de mon histoire kirghize, et à organiser le rapatriement de nos affaires depuis Bichkek, dans le calme de l&#8217;enceinte de la belle Kashgar, pour pouvoir enfin, après 38 jours de séparation, retrouver mon appareil photo.</p>
<p style="text-align:justify;">Un grand merci à Daniel, Tolkun, Nurbeck, Ruslan qui nous ont aidés à trouver une solution alternative à DHL (qui nous demandait près de 500 dollars pour acheminer nos biens vers Urumqi&#8230;!) en recherchant des voyageurs qui, partant pour la Chine, pourraient emmener notre équipement, et merci à Suzi et Stephan qui, sans nous connaître, ont accepté de les transporter et de nous les remettre à la frontière sino-kirghize.</p>
<p style="text-align:justify;">Sentiments de soulagement et de réparation. Justice. Et un grand vide, un calme.</p>
<p style="text-align:justify;">Je peux enfin poser les yeux sur la ville, m&#8217;ouvrir à elle et rien qu&#8217;à elle. Regarder, observer, remarquer&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-321" title="Kashagar-145" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashagar-1456.jpg?w=500" alt="Kashagar-145"   /></p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-322" title="Kashagar-140" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashagar-14012.jpg?w=500" alt="Kashagar-140"   /></p>
<p style="text-align:justify;">Imaginez une ville-oasis à l&#8217;extrême sud-ouest du territoire chinois, aux pieds des montagnes du Pamir et bordée par le désert du Takla-Makan&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Des ruelles mystérieuses qui se faufilent derrière des murs de briques en terre, des maisons aux portes toujours ouvertes, mais dont l&#8217;intimité reste gardée par un simple tissu qui joue avec le soleil et les courants d&#8217;air, et où l&#8217;imagination dessine les reliefs d&#8217;une architecture subtile vieille de plusieurs centaines d&#8217;années&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Se promener dans la vieille Kashgar, c&#8217;est prendre une énorme claque temporelle, c&#8217;est  s&#8217;injecter une maxi-dose de dépaysement instantané.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-274"></span>Mille échoppes de petits artisans, couteliers, menuisiers, luthiers, forgerons, vendeur d&#8217;épices, de foulards, de chapeaux, de fourrures ou de soies, poudres magiques de médecins de rue, viande fraîche et moins fraîche qui s&#8217;expose au soleil, moutons à deux culs et ânes en pagaille, brochettes d&#8217;agneau jusqu&#8217;à n&#8217;en plus pouvoir de l&#8217;odeur de sa graisse, boulangers aux mille galettes dorées, couturières, barbiers, cordonniers&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-medium wp-image-277" title="Kashgar-211" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashgar-211.jpg?w=200&#038;h=300" alt="Kashgar-211" width="200" height="300" /><img class="alignright size-medium wp-image-278" title="Kashgar-246" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashgar-246.jpg?w=199&#038;h=300" alt="Kashgar-246" width="199" height="300" /></p>
<p style="text-align:justify;">Quelques scooters électriques, seul anachronisme au tableau, essaient de s&#8217;imposer sans bruit au milieu de la masse des vélos, des marchands, des passants.</p>
<p style="text-align:justify;">Il m&#8217;est arrivé plus d&#8217;une fois de m&#8217;arrêter, le sourire accroché au cœur, et de me dire: «C&#8217;est bien le plus beau cadre de jeu de rôle que tu aies jamais eu jusque là!», et j&#8217;en connais plus d&#8217;un qui pourrait rester croché par là-bas&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-279" title="Kashgar-259" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashgar-259.jpg?w=500&#038;h=332" alt="Kashgar-259" width="500" height="332" /></p>
<p style="text-align:justify;">Ma belle Kashgar, quelle douceur de me perdre au gré des tes formes, de tes allées, de tes impasses. Quel plaisir de jouer avec tes enfants, filles comme garçons aux cheveux courts, de boire le thé avec tes vieux si chaleureux. Quel régal de me gaver de tes mangues, de tes raisins et de tes noix, de tes lagmans, de ton mouton auquel on revient toujours même après en avoir trop eu. Quelle magie quand le soleil se lève sur toi dans une lumière d&#8217;argent, où quand il se retire doucement enveloppant chacune de tes façades d&#8217;un voile d&#8217;or, alors que je lève mes yeux plein de respect vers tes minarets où l&#8217;appel à la prière n&#8217;a plus le droit de se faire entendre&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-280" title="Kashagar-160" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashagar-160.jpg?w=500&#038;h=333" alt="Kashagar-160" width="500" height="333" /></p>
<p style="text-align:justify;">&#8230;Kashgar, toi qui es si belle, on t&#8217;assassine, et je dois te regarder mourir.</p>
<p style="text-align:justify;">Il suffit d&#8217;avoir passé deux semaines, 14 jours seulement dans ton antre,  pour sentir tes derniers souffles, voir les dernières lueurs de ton âme.</p>
<p style="text-align:justify;">Au dehors de tes murs, un autre univers, pervers, puissant, malfaisant. La Chine.</p>
<p style="text-align:justify;">Une rue de trop à découvrir et la claque temporelle s&#8217;inverse. Cris, crachats, bruit et pollution, démesure architecturale, sans âme, sans respect, sans retenue.</p>
<p style="text-align:justify;">La Chine envahit tout, à commencer par la Chine.</p>
<p style="text-align:justify;">Kashgar, capitale du Turkestan Oriental, disputée depuis toujours pour ses richesses et sa situation stratégique sur le grand axe est-ouest, dominant les grands cols glaciaires du sud, finira définitivement dans la poche du locataire de la Cité interdite dans les années 1930.</p>
<p style="text-align:justify;">Depuis c&#8217;est la mort à petit feu pour le Turkestan Oriental et son peuple, de la même façon qu&#8217;un autre est sur le point de se faire envahir, à peine plus loin, un peu plus haut.</p>
<p style="text-align:justify;">La nouvelle Kashgar, celle qui ressemble à n&#8217;importe quelle autre grande ville chinoise, impose ses bâtiments communistes sans goût, faits de petits carreaux de salle de bains, et exhibe une grande place, où trône fièrement une statue démesurée de Mao.</p>
<p style="text-align:justify;">Une fois de plus, la propagande au pied de son créateur: sur des écrans géants, des films «informent» le peuple des changements à venir, pour le bien du peuple, par amour du peuple&#8230; Bien sûr on va détruire les neuf dixièmes de la vieille Kashgar, mais qu&#8217;on se rassure, on va la reconstruire entièrement, en essayant de refaire du faux vieux avec du neuf très moche, qui restera, de l&#8217;avis des touristes chinois venus de l&#8217;autre bout du pays, un bien joli arrière-fond pour leurs photos souvenirs.</p>
<p style="text-align:justify;">Que les Ouïghours, qui constituent 70% de la population, ne viennent pas se plaindre, on va détruire leurs maisons, celles qu&#8217;ils ont connues et préservées de génération en génération, mais on va leur construire de jolis appartements carrés, avec de belles cuisines modernes, et ils seront heureux et épanouis, comme dans le film qui tourne en boucle aux côtés du Grand Timonier.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-281" title="Kashagar-57" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashagar-57.jpg?w=500&#038;h=333" alt="Kashagar-57" width="500" height="333" /></p>
<p style="text-align:justify;">Comme il est douloureux de voir Kashgar se faire mutiler si rapidement. Un jour la rue est là, le suivant, elle n&#8217;est plus qu&#8217;un amas de briques dans la poussière fumante.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;en ai rencontrés des hommes qui devaient détruire leur maison de leurs propres mains. Pas de langage possible entre nous excepté celui des signes et celui des yeux; il n&#8217;y avait qu&#8217;une seule question que je mimais, et en réponse on me montrait le cœur, ou la trace d&#8217;une larme invisible, qui attestaient qu&#8217;on ne leur avait laissé ni le temps ni le choix.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-medium wp-image-299" title="Kashgar-267" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashgar-2671.jpg?w=210&#038;h=139" alt="Kashgar-267" width="210" height="139" /><img class="size-medium wp-image-300 alignright" title="Kashagar-75" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashagar-751.jpg?w=210&#038;h=140" alt="Kashagar-75" width="210" height="140" /></p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;en ai vues des petites couturières, chassées de leurs ateliers en plein travail, le baluchon jeté en vitesse sur l&#8217;épaule, tentant de rassembler et de sauver leurs maigres affaires. Les machines à coudre sont vaguement transportées de l&#8217;autre côté de la rue, à ciel découvert, et le travail reprend, sans que personne n&#8217;ait prévu pour elles un plan de relogement. Quelques minutes plus tard les murs sont abattus, et je n&#8217;ose même pas imaginer ce qui s&#8217;y trouve à présent.</p>
<p style="text-align:justify;">Le Parti communiste peut faire croire à son peuple lobotomisé qu&#8217;il est bon et généreux, qu&#8217;il aide les pauvres minorités ethniques à se développer, à se moderniser, mais ici la notion de choix ou de liberté n&#8217;existe pas, et ce pays que j&#8217;ai tant aimé à l&#8217;est il y à six ans me révolte à présent.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette Chine-là m&#8217;avait déjà irritée par ses insupportables facettes, par sa censure, par sa fierté mal placée, par son hypocrisie nourrie par une trop grande peur de perdre la face, ou de perdre le contrôle de ce qui n&#8217;a pas à être contrôlé.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais paradoxalement, j&#8217;avais pu faire la plupart du temps abstraction de tout ça, au contact de son peuple qui était là où il avait plus ou moins toujours été, et qui restait d&#8217;une gentillesse et d&#8217;une hospitalité rassurantes, malgré une certaine folie et des attitudes souvent agaçantes. J&#8217;aimais sa culture, ses racines, ses beautés, ce qui reste de la Chine avant qu&#8217;elle ne soit devenue une machine à détruire et à reconstruire, un moteur à consommation et à expansion sans réflexion.</p>
<p style="text-align:justify;">Peut-être étais-je encore trop jeune et moi-même naïve, mais j&#8217;étais aussi tellement à l&#8217;est que je ne voyais que ce peuple Han, qui s&#8217;oppressait lui-même dans ses grandes villes, et bien que j&#8217;aie entendu parler de ces villages miniatures où les touristes chinois pouvaient, tranquillement, sagement et sans aucun risque, passer une journée dans un univers de minorités ethniques, tout aussi faux que reconstitué, je ne pouvais que constater la tendance d&#8217;un peuple à suivre bêtement les vérités inculquées par son gouvernement.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;étais très loin de Kashgar, et pourtant pas si loin du Tibet.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est un nouveau regard que je porte sur cette Chine, et ce que je vois c&#8217;est que Kashgar meurt, jour après jour.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-284" title="Kashagar-53" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashagar-53.jpg?w=500&#038;h=333" alt="Kashagar-53" width="500" height="333" /></p>
<p style="text-align:justify;">Je la quitte en posant une dernière fois mes yeux sur elle, tout en sachant qu&#8217;elle ne sera plus jamais la même.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais Kashgar n&#8217;est qu&#8217;une partie de ce Turkestan Oriental, renommé Xinjiang par se envahisseurs: Xinjiang ou «la dernière frontière» en chinois.</p>
<p style="text-align:justify;">Accompagnée d&#8217;Erwan, de Guillaume, ainsi que de Marc et de Ruma, nous longeons le désert du Takla-Makan par le sud, jusqu&#8217;à Yarkand, puis Hotan, avant de le traverser du sud au nord.</p>
<p style="text-align:justify;">Dernières journées à m&#8217;imprégner de l&#8217;âme marchande des quartiers ouïghours qui se font de plus en plus rares, à laisser mes yeux s&#8217;émerveiller de la grâce et de la coquetterie des femmes qui ne sont pas voilées, mais couvertes de foulards aux merveilleuses couleurs, à vagabonder dans les derniers marchés aux tissus féeriques et aux bestiaux multiples.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-medium wp-image-285" title="Kashagar-8" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashagar-8.jpg?w=200&#038;h=300" alt="Kashagar-8" width="200" height="300" /><img class="alignright size-medium wp-image-286" title="Kashagar-24" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kashagar-24.jpg?w=199&#038;h=300" alt="Kashagar-24" width="199" height="300" /></p>
<p style="text-align:justify;">La route jusqu&#8217;à Kuche se fait par une chaleur lourde, puissante, omniprésente. Mon premier désert dévoile un paysage uniforme, 14 heures de dunes qui n&#8217;offrent pas d&#8217;horizon.</p>
<p style="text-align:justify;">Au terme de cette traversée, une ville chinoise, comme toute les autres, sans intérêt. Et pourtant, à quelques dizaines de kilomètres de là, une  merveille de la nature, The Mystic Canyon&#8230; On pourrait se croire en Arizona, mais à peine fait quelques pas, on est vite ramené à la réalité: c&#8217;est bien la Chine qui s&#8217;est installée là, avec son petit guichet et son tourisme contrôlé.</p>
<p style="text-align:justify;">La balade n&#8217;en est pas moins merveilleuse, et nous nous amusons à nous perdre dans ces sillons et à nous rendre claustrophobes dans ces entrailles, attaqués par de multiples moustiques aux piqûres détestables.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-287" title="MysticCanyon-19" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/mysticcanyon-19.jpg?w=500&#038;h=334" alt="MysticCanyon-19" width="500" height="334" /></p>
<p style="text-align:justify;">On quitte Kuche pour un train de nuit qui mettra plus de 24 heures à lutter contre  tempêtes de sable et de vent afin de nous emmener jusqu&#8217;à Urumqi, la capitale du Xinjiang.</p>
<p style="text-align:justify;">Nouvelle baffe de démesure chinoise: 12 millions d&#8217;habitants qui se pressent et se bousculent, dans une cité si neuve et si moderne que j&#8217;en ai le souffle coupé. Là-bas,  une copie de l&#8217;Empire State Building, ici, un Carrefour, et partout, la trace de l&#8217;architecture uniforme chinoise. J&#8217;ai vraiment peur que Kashgar ressemble un jour à cela.</p>
<p style="text-align:justify;">Parfois on voit passer un marchand ouïghour sur sa charrette luttant contre les klaxons de la circulation affolante.</p>
<p style="text-align:justify;">Bien avant les émeutes qui se sont déclarées là-bas, j&#8217;ai eu peur dans cette ville qui va trop vite et trop fort. Les gens sont abrutis par le rythme de la cité qui les propulse à une rapidité qu&#8217;ils ne semblent même pas vouloir contrôler. Devant mon hôtel, deux personnes écrasées par un bus; tout le monde regarde, mais personne ne semble comprendre pourquoi cela est arrivé.</p>
<p style="text-align:justify;">On prend quelques jours pour se mettre au vert, et rejoindre Kanas Lake à l&#8217;extrême nord de la province. Là-bas, dans les montagnes du Tian Shan, qui tracent les frontières avec la Mongolie et le Kazakhstan, et où se mêlent étonnamment si naturellement chevaux et chameaux, je passe quelques jours paisibles avec Marc et Ruma, à respirer le grand air de cette nature si verdoyante et inspirante.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-288" title="KanasLake-66" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kanaslake-66.jpg?w=500&#038;h=333" alt="KanasLake-66" width="500" height="333" /></p>
<p style="text-align:justify;">Avant cela il faudra s&#8217;énerver une fois de plus en étant forcé de rentrer dans le cadre d&#8217;un tourisme imposé à la façon chinoise: à 32 kilomètres du lac, l&#8217;entrée payante, qui nous obligera à prendre un bus climatisé avec des passagers aussi pathétiques qu&#8217;excessivement sensibles aux quelques virages (et donc rapidement malades&#8230;).</p>
<p style="text-align:justify;">Mais pour eux, c&#8217;est l&#8217;effervescence: la plupart ont traversé tout le pays pour ce voyage organisé qui ne durera peut-être qu&#8217;une journée, et l&#8217;objectif est d&#8217;immortaliser leur petite personne devant ces beautés tant réputées, sans même vraiment les regarder&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Des dizaines de groupes, suivant fidèlement et aveuglément un guide qui hurle dans un mégaphone, défilent rapidement devant les endroits stratégiques, puis rejoignent de trop nombreux complexes hôteliers qui pourrissent le paysage.</p>
<p style="text-align:justify;">Nous ne serions pas restés si longtemps si nous n&#8217;avions pas trouvé, au détour d&#8217;une colline, un petit campement de yourtes, étalées au milieu d&#8217;un champ de pissenlits&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-289" title="KanasLake-227" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kanaslake-227.jpg?w=500&#038;h=333" alt="KanasLake-227" width="500" height="333" /></p>
<p style="text-align:justify;">Le charme de Kanas opère enfin. Regarder le ballet des aigles, la tête en l&#8217;air jusqu&#8217;à perdre l&#8217;équilibre, et dormir des heures durant sans raison apparente, dans la tente mongole où un grand tableau de Gengis Khan veille sur mon sommeil&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Se promener sur ces rives bordées d&#8217;un vert émeraude qui se décline à l&#8217;infini en cherchant naïvement une trace du monstre qui est censé hanter le lac, gravir des multitudes de marches, qu&#8217;aucun Chinois trop paresseux n&#8217;empruntera, pour mériter la vue plongeante sur le lac et les montagnes qui se pavanent de part et d&#8217;autre.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-291" title="KanasLake-204" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kanaslake-2041.jpg?w=500&#038;h=334" alt="KanasLake-204" width="500" height="334" /></p>
<p style="text-align:justify;">Nous quittons Kanas ravis de sa magie autant que d&#8217;avoir déjoué de multiples manières les pièges et les aberrations de ceux qui y ont installé un tourisme où il faut payer pour tout. Nous n&#8217;irons pas à Hemu pour les mêmes raisons, mais cette fois-ci fâchés de nous être fait avoir par un taxi menteur et offusqués de devoir payer un nouveau droit d&#8217;entrée exorbitant.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans l&#8217;attente d&#8217;un hypothétique bus local qui nous ramènera à Buerjin, on se fait accueillir par une paysanne qui prépare devant nous de délicieux lagmans pour notre plus grand régal.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-292" title="KanasLake-145" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/07/kanaslake-145.jpg?w=500&#038;h=334" alt="KanasLake-145" width="500" height="334" /></p>
<p style="text-align:justify;">Le bus enfin arrivé, on profite peu du paysage, trop dérangés par une mère et son fils, ivres à l&#8217;excès, qui transforment le véhicule en distillerie ambulante. A peine le temps de voir un chameau philosophe, tranquillement couché au milieu d&#8217;un parterre de bleuets au sommet de la vallée, méditant probablement sur l&#8217;évolution de ce monde&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">A une heure de route de là, on s&#8217;arrête brusquement. Un homme vient de perdre la vie à un mauvais tournant. Dans ces pays, on roule sans casque, à deux et même souvent à trois sur la même bécane. Sa femme hystérique est en état de choc, et se roule par terre, devant une masse de spectateurs sans initiative. Sa petite fille, indemne par miracle, joue avec ses affaires, éparpillées sur la route, à quelques mètres de la dépouille de son père&#8230; Personne ne réagit. Choquées par l&#8217;incompétence des prétendus ambulanciers, Rua et moi transportons à l&#8217;écart la pauvre femme qui à force de cris perd connaissance. On nous regarde sortir une petite couverture de survie, on nous observe parler à la blessée et la masser pour tenter de la réanimer, on nous écoute donner des ordres: «Toi, prends l&#8217;enfant et occupe-toi d&#8217;elle! Et toi viens ici, veille sur cette femme!» Les policiers, tout autant inaptes à gérer l&#8217;évènement, installent le corps du pauvre homme à l&#8217;arrière d&#8217;un pick-up. La route maintenant dégagée, notre bus repart sans que l&#8217;on sache vraiment ce qu&#8217;il adviendra des deux survivantes.</p>
<p style="text-align:justify;">En à peine une semaine, nous aurons vu des dizaines d&#8217;hommes, la perforatrice à la main, obsédés par la seule mission qu&#8217;on leur a confiée: vérifier que le billet du parc ou du bus, ou que le ticket du supermarché a déjà été perforé une première fois&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Deux hommes pour faire deux trous dans un billet, mais aucun pour porter secours à celui qui en a besoin&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Cette histoire mettra un peu plus d&#8217;huile sur le feu de ma colère. Je ne puis blâmer ces hommes qui n&#8217;ont pas eu la chance d&#8217;être éduqués, informés, formés et entraînés pour réagir correctement à ce genre d&#8217;urgence. J&#8217;en veux à ce gouvernement qui les maintient consciemment dans l&#8217;ignorance pour mieux les contrôler, et surtout parce que la connaissance amène à la liberté de penser. Bien sûr ce n&#8217;est ni le premier ni le seul à fonctionner de la sorte, seulement ce gouvernement-là, du haut de sa toute puissance, se fiche avec arrogance de l&#8217;opinion du reste du monde, car il aimerait bien y être seul, et semble vouloir le mener par le bout du nez&#8230;!</p>
<p style="text-align:justify;">De retour à Urumqi, et quelques trente jours supplémentaires sur mon temps de visa chinois, je n&#8217;ai plus qu&#8217;une idée en tête: le Tibet.</p>
<p style="text-align:justify;">Un rêve depuis si longtemps, et déjà, je sens que je vais devoir faire le poing dans ma poche et me plier à la règle imposée par la politique de Pékin.</p>
<p style="text-align:justify;">Il me sera impossible de voyager seule et libre sur ces territoires parce que c&#8217;est «dangereux» me dit un brave étudiant chinois. Celui-ci a bien appris sa leçon. Je voyagerai donc en groupe, avec le guide et le permis qui va obligatoirement avec.</p>
<p style="text-align:justify;">Pour cela il me faut aller jusqu&#8217;à Chengdu, au Sichuan, encore loin des hauts plateaux pour un temps. Mais bientôt j&#8217;y serai, je verrai, et je raconterai.</p>
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		<title>Lettres de Bishkek</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2009 11:14:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>mumiel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Bichkek, capitale de ce nouveau pays semble être une petite copie d&#8217;Almaty. Même architecture soviétique, même quadrillage de rues, et à nouveau de puissantes montagnes comme arrière-plan. Arrivée à la Sakura gesthouse, je retrouve avec plaisir ces moments de partage entre voyageurs qui échangent histoires de route et conseils utiles. Un compatriote, parti depuis Lausanne [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=131&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Bichkek, capitale de ce nouveau pays semble être une petite copie d&#8217;Almaty. Même architecture soviétique, même quadrillage de rues, et à nouveau de puissantes montagnes comme arrière-plan.</p>
<p style="text-align:justify;">Arrivée à la Sakura gesthouse, je retrouve avec plaisir ces moments de partage entre voyageurs qui échangent histoires de route et conseils utiles. Un compatriote, parti depuis Lausanne à vélo, ne sait comment rejoindre le Tibet avec les maigres vingt jours de visa chinois. Certains arrivent de Chine et me racontent la si belle Kashgar, d&#8217;autres me parlent de ces sources d&#8217;eaux chaudes au creux des montagnes kirghizes&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Le printemps semble ne pas vouloir se montrer ici et le froid de l&#8217;hiver commence à avoir raison de moi. Enroulée dans mon sac de couchage et lutant contre l&#8217;humidité vicieuse de ces nombreux jours de pluie, je rêve d&#8217;explorer ce Kirghizstan sur lequel je ne pensais même pas poser les yeux il y a quelques jours encore.</p>
<p style="text-align:justify;">Mon passeport en vacances à l&#8217;ambassade chinoise pour une nouvelle course au visa, je m&#8217;embarque avec de nouveaux amis pour quelques jours dans la région de Karakol, à une demi-journée de route de là.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-209" title="Kyrgyzstan-17" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/kyrgyzstan-171.jpg?w=500" alt="Kyrgyzstan-17"   /></p>
<p style="text-align:justify;">Le magnifique lac d&#8217;Issy-Köl s&#8217;impose dans un bleu profond au devant de la chaîne centrale des Tian Shan. A peine une nuit à Karakol et nous prenons le chemin de Altyn Arachan, obsédés par la promesse des sources d&#8217;eau chaude que nous y trouverons.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-131"></span>Notre petite caravane de marcheurs se faufile à travers la vallée et remonte la rivière Arachan bordée de sapins pendant quatre heures. Les premiers kilomètres donnent le rythme à mes jambes et peu à peu le mouvement de la marche me laisse libre cours pour contempler cette nature qui me rappelle celle d&#8217;où je viens. Le Kirghizstan se fait appeler &#8220;petite Suisse de l&#8217;Asie&#8221;, et en ce qui concerne ses paysages, je le comprends facilement.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-211" title="AltynArachan-98" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/altynarachan-98.jpg?w=500&#038;h=334" alt="AltynArachan-98" width="500" height="334" /></p>
<p style="text-align:justify;">A presque 3000 mètres d&#8217;altitude, la petite vallée plantée de quatre maisonnettes seulement nous attend dans la lumière de cette fin d&#8217;après-midi. Sur la droite un flanc de montagne couvert de sapins, sur la gauche des versants bien plus arides, et au fond, le mont Palatka, dominant du haut de ses 4260 mètres les autres sommets environnants.</p>
<p style="text-align:justify;">Aussitôt arrivés dans le petit refuge qui fut autrefois le camp de base des secouristes de ces montagnes, on nous sert le thé et on nous montre le chemin des sources. Petits bassins bétonnés qui sentent le souffre et qui réchauffent enfin nos corps encore marqués par ces nombreuses journées pleines de pluie.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-212" title="AltynArachan-55" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/altynarachan-55.jpg?w=500&#038;h=334" alt="AltynArachan-55" width="500" height="334" /></p>
<p style="text-align:justify;">Je m&#8217;endort à peine la nuit tombée, enivrée de cette bonne fatigue de l&#8217;effort mêlée à la joie et à la paix intérieure de me savoir arrivée là où je pourrai dès demain m&#8217;évader encore plus loin.</p>
<p style="text-align:justify;">Au petit matin, le feu crépite alors que dehors la neige s&#8217;est mise à tomber. Il faudra attendre l&#8217;après-midi pour explorer les environs. Je me plonge donc quelques heures dans la vie d&#8217;Anna Karénine en espérant que le soleil revienne&#8230; A 14 heures, les nuages s&#8217;écartent et me guident quelque 500 mètres plus haut jusqu&#8217;à un magnifique plateau peuplé d&#8217;aigles royaux, d&#8217;éperviers et d&#8217;oies sauvages.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-213" title="AltynArachan-65" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/altynarachan-65.jpg?w=500&#038;h=334" alt="AltynArachan-65" width="500" height="334" /></p>
<p style="text-align:justify;">Je suis seule dans 360 degrés de montagne, à l&#8217;écoute du son puissant de cette nature qui étale devant moi des petits lacs reflétant le mouvement du ciel. Seule mais accompagnée de cette incroyable énergie des hauteurs qui me pousse au respect total, je reste assise en contemplation, tout en essayant de ne pas oublier que je dois trouver le chemin du retour avant que la nuit tombe ou qu&#8217;une nouvelle tempête ne s&#8217;installe. Je quitte à regret ce lieu qui vient de combler tous ces mois d&#8217;attente et d&#8217;envies, je me sens là où je souhaite être depuis si longtemps, et rentre le bonheur accroché au cœur, amoureuse du Kirghizstan.</p>
<p style="text-align:justify;">Nous laissons Altyn Arachan derrière nous le jour suivant et entamons le chemin du retour, heureux de ce que nous y avons découvert.</p>
<p style="text-align:justify;">Je me réjouis de pouvoir explorer d&#8217;autres vallées, de gravir d&#8217;autres cols, de me laisser enchanter encore et encore par ce que je vais voir. Je pense aux images qui sont restées en moi, à celles que j&#8217;ai faites, à celles que je ferai. Je me sens emplie d&#8217;une motivation créatrice superpuissante, qui demande d&#8217;autres paysages, d&#8217;autres visages, d&#8217;autres couleurs, d&#8217;autres instants de vie de ce voyage qui prend enfin la forme que je veux.</p>
<p style="text-align:justify;">Le moment est parfait, nous sommes presque arrivés au village qui nous permettra de reprendre un marshrutka bondé en direction de Karakol, encore plongés dans nos pensées et dans le calme serein apporté par ces 2 journées.</p>
<p style="text-align:justify;">Soudain le cours de l&#8217;histoire, dont la ligne semblait si douce, se transforme en angle tranchant. Le rêve devient cauchemar. Tout s&#8217;écroule.</p>
<p style="text-align:justify;">Un homme masqué pointe sont fusil sur moi et me hurle quelque chose qu&#8217;il m&#8217;est aussi difficile de comprendre sur l&#8217;instant que l&#8217;acte en lui-même. Je me retourne et saisis enfin. Ils sont trois et nous sommes sur le point d&#8217;être braqués. Nous sommes emmenés de force en dehors du chemin, nos sacs sont vidés, éventrés, pillés devant nous. Impuissants face aux armes, on regarde, la haine au cœur, nos biens disparaître les uns après les autres. J&#8217;entends encore le choc de mes objectifs contre ceux de mes compagnons de route. Tout est volé. Je ne pourrai sauver que mon ordinateur après une ruse qui me vient par instinct&#8230; Vidant moi-même mon sac avec colère, je le sors d&#8217;un bloc avec mon linge sale et m&#8217;assieds dessus. On les supplie de nous laisser nos cartes mémoire, je répète les quelques mots de russe que je connais, les larmes au bout des lèvres, en prenant des claques à chaque fois que j&#8217;ouvre la bouche &#8220;Ia rabotaet!!! Ia rabotatet!!!&#8221; (&#8220;Moi travail!!! Moi travail!!!&#8221;). Un reste de pitié? Ou simplement la conscience qu&#8217;ils ne pourront rien tirer de ces cartes mémoires? &#8230; Elles nous sont rendues &#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Ligotés et bâillonnés.</p>
<p style="text-align:justify;">Humiliés et abandonnés.</p>
<p style="text-align:justify;">Sentiment d&#8217;injustice, de colère. La peur vient après. Soudain, on réalise que les armes étaient réelles et que même si ces jeunes n&#8217;avaient pas l&#8217;intention de les utiliser, qui sait ce qui aurait pu arriver&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Je prends seulement conscience que j&#8217;aurais pu être seule. Et que le traumatisme aurait pu être bien plus grand.</p>
<p style="text-align:justify;">Une fois libérés en rongeant nos liens(!), on cherche de l&#8217;aide, sans savoir ce qu&#8217;on pourra réellement en attendre. La première maison à l&#8217;entrée du village nous offrira un traducteur inespéré; Vadim est Kazakh et parle parfaitement anglais. Sans aucune hésitation, il sacrifiera 24 heures pour être notre voix auprès des autorités locales.</p>
<p style="text-align:justify;">Les heures qui suivront notre attaque se transformeront en longues journées à constater l&#8217;illogisme et l&#8217;inefficacité de la police kirghize.</p>
<p style="text-align:justify;">On nous prend au sérieux, tout en nous suspectant à tour de rôle. On sort l&#8217;artillerie lourde pour parader dans le petit village plus que pour rechercher effectivement les voleurs. On nous questionne pendant des heures sur des choses inutiles. Et comme pour enfoncer encore un peu le clou, la pluie froide s&#8217;est remise à tomber.</p>
<p style="text-align:justify;">Trois jours passé au &#8220;comicos&#8221;, ainsi que mon ami Erwan aimait à appeler le commissariat de Karakol, à se laisser parfois convaincre qu&#8217;il y a peut-être encore un espoir, à se faire payer à manger par un détective qui veut se faire bien voir, et à désespérer à nouveau quand un autre nous demande de raconter une fois de plus les choses que nous avons déjà détaillées cent fois.</p>
<p style="text-align:justify;">Je pars seule le jeudi suivant pour récupérer nos passeports à Bichkek et rencontrer Nurlan, le responsable du département des affaires criminelles sur les étrangers, pendant que Guillaume et Erwan dépensent leurs dernières forces morales à Karakol, où la population locale les dévisage de plus en plus.</p>
<p style="text-align:justify;">Petit passage au consulat suisse, où la nostalgie sert mon cœur au bord des larmes en apercevant le drapeau helvétique. Sans m&#8217;en rendre compte, je suis encore en état de choc, et toutes mes actions sont dictées par l&#8217;instinct de réparation du vol, je me sens encore totalement liée à mon Nikon D200 et à mes précieux objectifs. Et je suis convaincue  que je vais les retrouver.</p>
<p style="text-align:justify;">Une fois réalisé que, même si les policiers ici semblent plus efficaces, l&#8217;information entre Karakol et Bichkek est nulle et que en quatre jours, la liste du matériel volé ne leur à toujours pas été transmise&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">&#8230; Je me fait donc moi aussi détective.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;avantage de Bichkek c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;y à pas plus de 4 ou 5 magasins de photo pro.</p>
<p style="text-align:justify;">En une heure à peine, j&#8217;apprends qu&#8217;un gosse est passé dans l&#8217;un de ces shop avec une liste de matériel à vendre. Il n&#8217;y a aucun doute, ce sont bien nos appareils. L&#8217;information est transmise auprès des autres vendeurs: si la liste circule à nouveau, il faut promettre d&#8217;acheter et prévenir la police. Reste juste à être patiente.</p>
<p style="text-align:justify;">Le lendemain, alors que je continue ma petite enquête à la recherche de nouvelles pistes, je tombe nez à nez avec mon téléphone portable, dans la vitrine d&#8217;une boutique de seconde main. Mon cœur se met à frapper fort. J&#8217;appelle aussitôt Nurlan qui débarquera vingt minutes plus tard avec tout son team, cinq inspecteurs de choc au total. Un sentiment de fourmillement dans tout le corps. Les minutes à attendre me paraissent interminables, et je répète frénétiquement le code IMEI de mon téléphone afin de le connaitre par cœur au moment crucial où le policier me présentera le Sony Ericsson encore sur l&#8217;étalage.</p>
<p style="text-align:justify;">Au moment d&#8217;ouvrir le petit boitier et de comparer les numéros de série, je suis encore certaine d&#8217;avoir trouvé le début du fil qui nous permettra de remonter jusqu&#8217;à nos agresseurs et de récupérer nos précieux biens.</p>
<p style="text-align:justify;">Guillaume n&#8217;a pas pu faire de sauvegarde de ses vidéos, Erwan s&#8217;est fait voler toute sa musique, et pour les amoureux de la photographie que nous sommes, être privés de nos appareils est comme une amputation douloureuse qu&#8217;il m&#8217;est instinctivement impossible d&#8217;envisager pour le moment.</p>
<p style="text-align:justify;">Nurlan retire la batterie du téléphone et dévoile le numéro de série. Une seconde me suffit pour comparer avec les chiffres appris par cœur. Ce n&#8217;est pas mon téléphone. Le fourmillement se transforme en lourdeur instantanée. Le cœur se fige. La honte d&#8217;y avoir cru trop fort me frappe immédiatement et toutes mes illusions, tout mon optimisme sont violemment balayés.</p>
<p style="text-align:justify;">La goutte d&#8217;eau fait déborder le vase. Je m&#8217;effondre, fatiguée mentalement et émotionnellement de ces longues journées de recherches et d&#8217;explications cumulées à la blessure du choc de l&#8217;agression qui fait enfin surface.</p>
<p style="text-align:justify;">Je réalise alors que je suis totalement déstabilisée, décentrée de moi-même, incapable de savoir comment je dois agir, ce que je dois comprendre, ce que je dois entreprendre à partir de là.</p>
<p style="text-align:justify;">Mon voyage me semble soudain une entreprise ridicule à laquelle j&#8217;aimerais mettre fin immédiatement. Un manque puissant des miens, un sentiment d&#8217;injustice, de haine, de perte de confiance en tous qui déteint sur l&#8217;image que j&#8217;ai de moi-même&#8230;  Il me faut de toute urgence prendre du recul et considérer les priorités, les choses importantes, retrouver le centre en moi, me reconnecter avec le sens que je veux donner à ce voyage.</p>
<p style="text-align:justify;">Guillaume et Erwan, revenus de Karakol et tout autant désillusionnés que moi, me convainquent d&#8217;abandonner les recherches et de quitter le pays au plus vite. Ayant trouvé à nouveau refuge à la Sakura Gesthouse, on réalise peu à peu que de telles mésaventures, même si moins extrêmes que la nôtre, sont bien plus fréquentes que ce que l&#8217;on a bien voulu nous laisser croire jusque-là. Marti et Rachel se sont fait voler trois fois en une journée par un policier en uniforme qui menaçait de les emmener au poste s&#8217;ils ne leur donnaient pas la somme qu&#8217;il voulait. Un australien s&#8217;est fait tabassé et détroussé par d&#8217;autres policiers à Karakol. Un russe s&#8217;est fait braquer sur le chemin d&#8217;Altyn Arachan seulement deux jours après nous&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Ma désillusion s&#8217;accentue encore en constatant que ceux qui prétendent nous aider seront peut-être ceux qui profiteront au mieux du vol de nos appareils puisque la police est à ce point corrompue. L&#8217;envie de fuir devient de plus en plus grande et évidente.</p>
<p style="text-align:justify;">Il nous faut partir pour Osh le matin suivant et rejoindre au plus vite le col de Irkeshtam pour atteindre la chine avant le 1er mai. Car ensuite la frontière sera fermée pendant 10 jours.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais le sort semble s&#8217;acharner. Une énorme avalanche se déclenche pendant la nuit et bloque la route entre les deux villes. Impossible de rejoindre Osh à temps.</p>
<p style="text-align:justify;">Dix jours après notre braquage, nous n&#8217;avons plus aucune nouvelle de la police. Et nous avons l&#8217;impression d&#8217;être pris au piège dans ce pays qui nous inspire la méfiance la plus totale. Encore dix jours et nous pourrons tourner la page sur ce pays qui me choque profondément par le paradoxe du bonheur et de la douleur qu&#8217;il m&#8217;a apportés.</p>
<p style="text-align:justify;">Heureusement le soleil est revenu, réchauffant un peu l&#8217;atmosphère et notre moral. Résignés à attendre, on essaie de voir les choses sous un autre angle, de rire un peu et de profiter du temps imposé ici pour nous occuper au mieux. &#8220;Anna Karénine&#8221; terminé, j&#8217;écris enfin ces premiers articles, mes lettres de Bichkek.</p>
<p style="text-align:justify;">Depuis quelques jours j&#8217;ai accepté mon amputation provisoire, et cherche à prendre conscience de ce qu&#8217;elle implique dans ma créativité et dans mes objectifs de voyage. Je m&#8217;étais préparée à être volée un jour, mais pas comme ça, et pas si rapidement ni radicalement. La perspective de savoir que bientôt je serai en chine, et que, outre le plaisir de renouer avec tout ce que j&#8217;y ai trouvé il y à six ans déjà, je pourrai apaiser la blessure et apprivoiser un nouvel appareil, me console.</p>
<p style="text-align:justify;">D&#8217;ici là, encore de nombreuses questions, et une paix à trouver entre les sentiments de rancœur et de liberté éprouvés ici. Une étrange lutte intérieure entre le désir de voir plus pour peut-être rétablir la balance entre les bons et les mauvais moments, les belles et les vilaines personnes, et une envie de patienter sans donner aucune chance de se rattraper à ce Kirghizstan qui me donne l&#8217;impression de m&#8217;avoir séduite pour mieux me blesser. Bien sûr le Kirghizstan n&#8217;est pas que ça, et cet évènement aurait pu arriver ailleurs. Mais ce pays est désormais associé à la peine ressentie face à la disparition de mes objets fétiches, et remplir mes yeux de ses beautés sans pouvoir les immortaliser à ma manière est un supplice comparable à celui d&#8217;un sportif blessé qui doit regarder depuis le banc de touche la compétition pour laquelle il s&#8217;est préparé depuis longtemps.</p>
<p style="text-align:justify;">Voyager c&#8217;est aussi prendre le risque de se confronter violemment à sa propre naïveté au contact de ceux qui n&#8217;ont pas la même histoire ni la même éducation. Chercher à calmer la colère apparue ici en se focalisant sur la force du cœur que l&#8217;on trouvera ailleurs, car finalement, la route ne fait que commencer&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Lundi 4 mai. La frontière rouvrira ses barrières dans quelques jours. On fait nos sacs et on se décide à prendre la route d&#8217;Osh, et de s&#8217;arrêter quelque part en chemin, pour passer le temps, pour oublier, pour changer, pour nous redonner du mouvement. Au moment où l&#8217;espoir semble avoir disparu, au moment où on se sent oublié, le destin relance les dés et Nurlan refait surface. Il vient d&#8217;arrêter deux suspects avec un boitier, deux objectifs et plusieurs Travelers Cheques&#8230; Toutes ces longues journées d&#8217;attente n&#8217;auront finalement pas servi à rien. C&#8217;est bien le boîtier d&#8217;Erwan, ce sont bien mes Travelers Cheques et les deux personnes interpellées sont bien celles qui nous ont attaqués.</p>
<p style="text-align:justify;">Le mouvement reprend mais pas dans le sens que l&#8217;ont pensait. A nouveau il faut prendre la route de Karakol pour procéder à des identifications officielles au commissariat d&#8217;Ak-su.</p>
<p style="text-align:justify;">Se retrouver face à nos agresseurs pour les identifier nous plonge dans un sentiment désagréable, comparable à celui que l&#8217;on peut ressentir face à un examen où l&#8217;enjeu est d&#8217;une importance capitale.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est plusieurs années de prison pour ceux que nous reconnaîtrons, et même si nous sommes sûrs de nous, nous devons rester ferme face aux doutes et à la peur de se tromper au moment où les suspects nient tout en bloc.</p>
<p style="text-align:justify;">La pression de cet interrogatoire aura eu raison d&#8217;eux. Le troisième voleur est arrêté dans le courant de la nuit suivante après avoir été dénoncé par ses compagnons de braquage&#8230; Et on nous promet d&#8217;autres perquisitions, et d&#8217;autres restitutions&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;">Seulement les jours passent à nouveau sans résultat et sans réelle nouvelle. D&#8217;abord un vendredi férié, puis un samedi trop chaud. Le dimanche est jour de repos et personne n&#8217;a soi-disant pu effectuer les perquisitions qui auraient pu les amener à retrouver le reste de notre équipement. On perd à nouveau patience et on s&#8217;énerve des manigances peu claires de la police à Bichkek.</p>
<p style="text-align:justify;">Le temps presse à présent, notre visa chinois ne sera plus valable d&#8217;ici quelques jours, on n&#8217;a plus le choix, il faut partir.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-270" title="Sakura-22" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/sakura-222.jpg?w=199&#038;h=300" alt="Sakura-22" width="199" height="300" /></p>
<p style="text-align:justify;">Dernière journée à la Sakura Gesthouse où je regarde une petite princesse japonaise en robe de fée faire des bulles de savon magiques dans la lumière du matin. Cet endroit nous aura apporté de nouvelles amitiés, un semblant de paix dans ce pays que je n&#8217;ai plus la force de respecter. Un cliché grâce au boîtier déjà retrouvé, et un sentiment de tristesse en quittant la ville sans le mien. Mercredi 12 mai, deux mois jour pour jour que j&#8217;ai quitté la Suisse, et je traverse du nord au sud ce pays qui m&#8217;aura coûté tant d&#8217;énergie et de temps pour avoir été au mauvais moment au mauvais endroit.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-215" title="Kyrgyzstan-9" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/kyrgyzstan-9.jpg?w=500&#038;h=332" alt="Kyrgyzstan-9" width="500" height="332" /><img class="alignnone size-full wp-image-216" title="Kyrgyzstan-14" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/kyrgyzstan-14.jpg?w=500&#038;h=333" alt="Kyrgyzstan-14" width="500" height="333" /></p>
<p style="text-align:justify;">Le Kirghizstan nous dévoile ses beautés en quelques heures de route, son lac Toktogul, ses gorges verdoyantes, ses champs de coquelicots. Et à quelques kilomètres d&#8217;Osh, un nouveau coup de théâtre. Nurlan m&#8217;appelle pour me dire qu&#8217;il a entre ses mains mon précieux Nikon et la caméra de Guillaume&#8230; Soi-disant récupérés auprès d&#8217;un honnête Russe qui les aurait achetés aux braqueurs avant leur arrestation. Il cherche à me prendre par les sentiments en me disant que le pauvre homme a dépensé une somme importante, qu&#8217;un petit geste financier serait bienvenu pour le récompenser.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais cette fois ci le système bakchich fonctionnera sans nous. Un coup de fil à Nurbek, notre avocat à Bichkek, et les objets sont légalement récupérés.</p>
<p style="text-align:justify;">Toutefois il est impossible de reprendre la route en sens inverse, la frontière chinoise nous attend, et demain midi, je foulerai à nouveau le sol de la Chine.</p>
<p style="text-align:justify;">Encore des heures et de l&#8217;argent dépensés pour organiser le rapatriement de nos affaires jusqu&#8217;à Urumqi, mais je sais maintenant que les jours qui me séparent de mes images à venir ne sont plus si longs, et que je peux reprendre la route de façon sereine, soulagée par l&#8217;assurance de laisser derrière moi les heures pénibles que nous avons traversées.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-217" title="Irkeshtam-32" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/irkeshtam-32.jpg?w=500&#038;h=332" alt="Irkeshtam-32" width="500" height="332" /></p>
<p style="text-align:justify;">A 1 heure du matin, le 14 mai, Mohamed nous attend dans sa vieille Niva pour un trajet que je n&#8217;oublierai jamais. Plus de huit heures sur une route difficile, où la petite 4&#215;4 sans amortisseurs nous aura secoués sans nous laisser dormir, pendant que  dehors c&#8217;est l&#8217;hiver d&#8217;un plateau d&#8217;altitude perdu dans le blanc de ce jour sans soleil. Épuisés de nos deux longues journées de trajet, sans avoir mangé ou bu depuis le soir précédent, on franchit enfin la frontière tant attendue de cette Chine que j&#8217;ai quittée il y a six ans.</p>
<p style="text-align:justify;">Kashgar se cache derrière quelque part plus loin, à quelques heures sur cette route qui se faufile entre les montagnes du Pamir.</p>
<p style="text-align:justify;">Enfin un sentiment de sécurité, de renouveau, de mouvement du voyage qui reprend.</p>
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		<pubDate>Sat, 16 May 2009 15:00:18 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Arrivée à 5 heures du matin sans même un petit billet d&#8217;argent local pour me payer un taxi et quelques kilomètres à remonter ses rues quadrillées à la règle en attendant que la ville se réveille. Architecture soviétique décalquée sur les bâtiments, îlots de verdure et parcs de détente, jardins d&#8217;enfants aux drapeaux colorés, et [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=mumiel.wordpress.com&amp;blog=5548764&amp;post=122&amp;subd=mumiel&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Arrivée à 5 heures du matin sans même un petit billet d&#8217;argent local pour me payer un taxi et quelques kilomètres à remonter ses rues quadrillées à la règle en attendant que la ville se réveille.</p>
<p style="text-align:justify;">Architecture soviétique décalquée sur les bâtiments, îlots de verdure et parcs de détente, jardins d&#8217;enfants aux drapeaux colorés, et au loin surplombant la cité, de larges montagnes blanches qui se dessinent, enfin!</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-219" title="Almaty-10" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/almaty-10.jpg?w=500" alt="Almaty-10"   /></p>
<p style="text-align:justify;">Quatre journées citadines et un nouveau train de nuit à destination du merveilleux parc national de Sayram-Ugam blotti contre la frontière ouzbek au pied du Talassky Altau (extrême nord-ouest de la chaîne des Tian Shan).</p>
<p style="text-align:justify;">De nouvelles rencontres touchantes avec de vieux combattants ivres de vodka qui répètent pendant des heures que le monde doit être uni, tout en partageant avec nous à pleine main un délicieux poulet qui vaut mille fois mieux que nos habituelles <em>noodles soups</em> de voyage.</p>
<p style="text-align:justify;">La nuit se passe confortablement entre les ronflements des uns et les odeurs de pieds des autres.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-122"></span>A notre arrivée nous sommes aussitôt pris en charge par Nuraly, qui trouve plus facile et plus drôle de m&#8217;appeler Muraly. Petit café au Bazar de Sayram, ville vieille de 3000 ans, et encore quelques kilomètres avant d&#8217;atteindre le village de la famille qui nous accueillera à bras ouverts pendant quatre jours.</p>
<p style="text-align:justify;">Yerlan, notre hôte et guide, vit dans une petite maison avec ses cinq enfants, sa femme Nouria, sa mère et son père ainsi que son frère cadet. Comme des princes, nous sommes installés dans la pièce principale et nourris avec amour par les maîtresses de maison. Chaque repas est prétexte à vider une bouteille de vodka en portant quelques toast. Dehors c&#8217;est l&#8217;univers de &#8220;Willow&#8221;, petites barrières de couleur bleue, âne, poules, coq et fier de l&#8217;être, ruisseau, et grands bouleaux en guise de limite de territoire.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-medium wp-image-267" title="SayramUgam-58" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/sayramugam-584.jpg?w=200&#038;h=300" alt="SayramUgam-58" width="200" height="300" /><img class="alignright size-medium wp-image-268" title="SayramUgam-28" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/sayramugam-281.jpg?w=200&#038;h=300" alt="SayramUgam-28" width="200" height="300" /></p>
<p style="text-align:justify;">Yerlan ne parle pas anglais, et pourtant, nous nous racontons nos vies. Au fil des paysages découverts grâce à lui, une amitié se tisse. Il promet d&#8217;essayer le ski si nous revenons pour l&#8217;accompagner dans ses propres montagnes enneigées.</p>
<p style="text-align:justify;">Une journée à cheval à travers les steppes qui nous emmène jusqu&#8217;au fond de la vallée et mon cœur d&#8217;enfant vit enfin le galop espéré depuis tant d&#8217;années. Le ciel est chargé et la pluie se fait de plus en plus présente, mais cet air qui arrive enfin à toute puissance sur mon visage et la course que je mène avec Argile (mon destrier) m&#8217;inondent de bonheur et d&#8217;un sentiment de liberté. Il n&#8217;y a que des kilomètres de vallée devant moi et je ne suis plus qu&#8217;une cavalière kazakhe emplie de la force de cet univers de montagnes.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-225" title="SayramUgam-70" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/sayramugam-70.jpg?w=500&#038;h=334" alt="SayramUgam-70" width="500" height="334" /></p>
<p style="text-align:justify;">Tant de chevaux, de moutons et de vaches sur ces petits sillons marqués par le mouvement de la terre. Reliques d&#8217;un temps où la mer dictait l&#8217;espace. De loin, les arbres paraissent gris, repartis sur une étendue de vert saturé ou de terres ocre, mais de près, leurs branches se prennent pour de petits tentacules de corail. Une longue marche au soleil avec notre compagnon et, les yeux fixés au sol, nous cherchons quelques champignons pour le repas du soir.  Un large plat de plov en contemplant le grand plateau kazakh qui s&#8217;étend au nord et un bagna qui nous attend à notre retour pour nous détendre après la balade.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-226" title="SayramUgam-86" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/sayramugam-86.jpg?w=500&#038;h=333" alt="SayramUgam-86" width="500" height="333" /><img class="alignnone size-full wp-image-227" title="SayramUgam-126" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/sayramugam-126.jpg?w=500&#038;h=334" alt="SayramUgam-126" width="500" height="334" /></p>
<p style="text-align:justify;">Seulement trois nuits et autant de journées passées dans cette famille et  mon cœur se serre au moment des au revoir; le visage d&#8217;Olbosun, nouvelle grand-mère éphémère, laisse dans ma mémoire toute sa beauté alors qu&#8217;elle dépose autour de mon cou quelques perles de plastique que je ne perdrai jamais&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignnone size-full wp-image-228" title="SayramUgam-110" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/sayramugam-110.jpg?w=500" alt="SayramUgam-110"   /><img class="size-full wp-image-229 alignright" title="SayramUgam-156" src="http://mumiel.files.wordpress.com/2009/05/sayramugam-156.jpg?w=500" alt="SayramUgam-156"   /></p>
<p style="text-align:justify;">Retour à la ville. Loin d&#8217;être une capitale aussi moderne qu&#8217;elle le prétend, Almaty n&#8217;est pas très loin des métropoles russes au niveau des prix qu&#8217;elle pratique. Mon porte-monnaie s&#8217;essouffle à force d&#8217;attendre un visa kirghize, et plus encore quand il s&#8217;agit de courir après le visa chinois que je n&#8217;obtiendrai pour finir pas là.</p>
<p style="text-align:justify;">Je sais que ce pays n&#8217;est pas un but en soit sur ma route, qu&#8217;il n&#8217;est qu&#8217;un transit, mais une impatience croissante s&#8217;empare de moi. Bientôt un mois que je suis partie et je n&#8217;ai passé que quatre journées dans ces paysages que je désire inlassablement. Le reste de ce temps m&#8217;aura mis au contact de ce que je ne souhaite pas: le bruit, la pollution, l&#8217;attitude superficielle des gens.</p>
<p style="text-align:justify;">La pluie et le froid sont revenus. L&#8217;orage dehors transforme les rues en torrents puissants et je ris de voir toutes ces jolies petites citadines en talons aiguilles hurler sous l&#8217;averse alors que moi je peux enfin me réjouir de cette nature qui se déchaîne en faisant la nique au look tandis que je saute à pieds joints dans les flaques avec mes grosses Scarpa.</p>
<p style="text-align:justify;">Le 13 avril, je franchis la 5e frontière. Me voici au Kirghizstan.</p>
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