Feeds:
Articles
Commentaires

Vous m’y avez encouragée, vous l’avez attendue, la voilà enfin….

Le 12 mars 2011, deux ans jours pour jours après mon départ, aura lieu, à la Galerie du Sauvage à Porrentruy, le vernissage d’une exposition de photographies ainsi que d’un ouvrage regroupant reliques visuelles et textes de cette inoubliable aventure. J’espère avoir le grand plaisir de vous y voir!


Publicités

Hommage à Claude Levenson

Juin 2008, Madame Levenson sonne à ma porte. Une poignée de mains qui se prolonge dans la profondeur de son regard, dans la chaleur de son sourire.

Madame Levenson, calme et discrète, pénètre dans la pièce de soins où j’aurai le plaisir de lui donner quelques séances de shiatsu durant les mois qui suivent.

Elle pointe une image accrochée au mur, et d’une voix toute douce elle me dit : «c’est un très beau bouddha birman que vous avez-là ».

Mes yeux brillent face aux prémices d’une passion commune : «Vous avez l’air de bien connaître l’Asie, quels sont les contrées qui vous ont le plus marquée ?»

Elle me répond simplement : «La Birmanie, et le Tibet…».

Je ne sais pas encore à ce moment-là pourquoi, mais c’est pleine de respect que je lui glisse : «Le Tibet j’en rêve depuis longtemps; il m’a été interdit en 2003, mais j’espère pouvoir m’y rendre l’année prochaine. Peut-être qu’un jour vous m’en parlerez…?»

La semaine suivante, à la fin de la séance, elle sort de son sac un petit livre qu’elle m’offre en me souriant presque timidement: «un présent, pour vous qui aimez le Tibet…».

« Le Tibet, PUF, Que sais-je ?, 2008, Claude B. Levenson »… Je lève sur elle des yeux surpris et pleine de considération je lui dis : « Mais? C’est vous qui l’avez écrit ?!». Souriant humblement elle me répond que oui.

*

Deux années trop courtes où j’aurais eu la chance de côtoyer cette grande dame, à la découvrir peu à peu au fil de nos rencontres et de la lecture de ses écrits.

Durant mon année de voyage sur les routes d’Orient, Claude me soutenait et m’écrivait, s’inquiétant comme une amie fidèle de me savoir sur territoire chinois quand que je criais ma révolte sur le net contre la politique de sinisation des régions que je traversais.

C’était bon de la lire et de la savoir là, partageant avec humour mes coups de gueule, et la voyant profiter de mes lignes pour nourrir le souvenir de ses voyages passés.

Je la revis dès mon retour en mars, et s’il était bon de la lire pendant mon absence, pouvoir à présent échanger avec elle mes impressions encore brutes de cette expérience de vie était comme un apaisement. Claude était comme une caresse sur l’effervescence de mes émotions, elle savait et comprenait, tout en me questionnant avec curiosité.

Elle qui savait tant de chose, elle me poussait au récit et emportait mes paroles avec un respect dont je me sentais honorée. Je voyais briller dans ses yeux l’amour pour ces pays que je venais de traverser tout en sentant avec douceur la foi qu’elle plaçait en moi.

Outre la grande admiration que je portais à Madame Levenson pour ses connaissances et ses engagements, j’aimais sa présence, son calme et sa gentillesse, j’aimais sa plume et la beauté de son esprit. Elle savait oser et doser les mots pour en augmenter la portée et la force, elle savait rire de ses emportements en se référant avec philosophie à ceux qu’elle aimait tant : «Les tibétains savent mieux que nous que la patience est la plus forte des armes, et qu’il faut faire confiance à la vie pour qu’elle remette à leur place les choses et les gens qui vont à l’encontre du grand ordre universel… ».

J’aimerais vous dire merci, Claude, merci pour l’amitié et la confiance dont vous m’avez honorée, merci pour la femme que vous avez été, fidèle à ces valeurs que nous devrions tous nous efforcer de défendre. Merci d’avoir été sur mon chemin le temps d’un battement de cils, car même si ce temps-là fut trop court, vous resterez à jamais présente en moi, comme une magnifique et lumineuse source d’inspiration.

Mes mains se sont posées sur vous, mais vous, c’est de la beauté de votre âme que vous m’avez si profondément touchée.

Alors je vais mettre le souvenir de votre sourire sur chacune de mes larmes, en vous souhaitant de tout mon cœur de reposer à présent dans un royaume de paix, loin de l’oppression et de l’injustice contre lesquelles vous vous êtes levée avec tant de courage et de conviction.

 

 

 

Claude Levenson s’en est allée vers la Lumière le 13 décembre 2010, en tenant dans ses mains une petite statuette du Bouddha, bénie par le Dalaï-Lama…

 

photo © Chris Blaser

www.claudelevenson.net

 

 

 

 

Le septième soleil

Village frontière alors que s’échappe la nuit. Encore une petite heure à attendre dans la fatigue que l’Inde nous ouvre ses portes. Un de ces moments où l’on se bat contre les moustiques insomniaques autant que contre le sommeil et où le chai réchauffe le corps et détend les membres endoloris. Derrière nous, huit heures de bus, à quitter le Népal par l’Est.

Marcher dans la poussière en longeant des caravanes de camions, le sac trop lourd et les jambes trop faibles.

Passeport tamponné. Et marcher encore, jusqu’à la deuxième frontière, accompagnés par le jour qui se lève.

Un globe rougeoyant qui glisse vers le haut au fil de nos pas et la sensation de cette atmosphère unique qui ne se décrit pas, incredible India!

Et les larmes qui roulent sur mes joues, chargées de l’émotion de ces jours de voyage et de fatigue, intense mélange de moments partagés et de profondes réflexions.

Lire la suite »

Lobsang

Ma première rencontre avec Lobsang s’est faite au retour d’une ballade en pleine mousson népalaise. Mon pantalon était plein de ces petits épis piquants que l’on ramasse sans s’en rendre compte en traversant les champs de hautes herbes et j’étais d’une humeur massacrante après avoir passé trop d’heures sous une canicule assommante qui promettait une pluie qui ne venait pas.

Lobsang m’interpella à un moment où mon habituelle jovialité se trouvait un peu limitée; moite de sueur et agressée par des nuées étouffantes de petits moustiques, j’avais hâte de retrouver la terrasse de ma chambre pour m’avachir dans un fauteuil en rotin avec une bière fraîche à la main.

« Hello young lady! maybe you have some time to see my handycrafts? »

J’avais sorti un « no, sorry! » catégorique et un peu automatique avant de tourner la tête pour poser un sourire sur ce petit bout de femme d’un mètre cinquante à peine.

Difficile de résister très longtemps à ce visage rond ni à ce regard plein de lumière.

Le fait qu’elle soit tibétaine m’avait fait ralentir un peu le pas. J’arrivais juste de plus de deux mois passés en Chine, irritée et révoltée à souhait par ce que j’y avais vu, n’ayant pu vivre le Tibet comme je l’aurais voulu.

Un échange complice de quelques bonnes insultes à l’intention de ce pays qui a envahit le sien s’installa. Ce fut comme un bon décompresseur à mon agacement du jour, un clin d’œil évident du destin qui avait mis cette femme sur mon chemin afin de me rappeler que le temps est quelque chose qui se prend.

A trois reprises elle éjecte une petite goutte de thé du bout de son index et chuchote quelque prière pleine de mystère.

Le temps d’un chai pour une vie en résumé. Ayant traversé l’Himalaya dans le ventre de sa mère en exil, elle ne sait pas vraiment quand elle est née, puisqu’elle n’a personne depuis presque toujours.

Orpheline déracinée, elle a construit sa vie comme elle a pu, comme on le lui a permis, et elle a survécu. Avec les femmes de son village, elle rassemble de petits objets d’artisanat tibétain qu’elles iront vendre sur les berges du Phewa Tal. Leurs sacs à dos pleins de trésors, chacune dans leur coin, elles alpaguent les touristes afin de nourrir leurs lendemains.

Lobsang vit dans une petite maison de 16 mètres carré dans un camp de réfugiés, une pièce à elle, enfin.

A passé quarante ans, elle se demande bien qui restera près d’elle quand elle sera trop vieille, car elle n’a ni enfant, ni compagnon.

Lobsang raconte son pays et son peuple, sa foi et ses peurs.


Construire une existence en urgence sur une terre d’accueil et ne voir son pays que de loin. Réaliser qu’il est occupé, ravagé mais qu’il n’a pas totalement disparu. S’efforcer de le faire vivre en soi, car la résistance tibétaine a toujours pris appui sur la foi. Manifester pour la liberté et contre le mensonge, recevoir les coups d’une milice népalaise qui cautionne l’atrocité. Un bras en écharpe et un sac maintenant impossible à porter. Pas de bracelets vendus, et plus de quoi se faire un repas.

Ses yeux en amandes, bordés de petites rides, se plongent dans les miens. Que répondre à ses questions? Je ne peux lui donner que mon affection, ma compassion.

« Never give up, no matter what is going on around you …»


Des larmes de pureté s’échappent de son regard. Elle me dit « Thank you, young lady».

Trois mois plus tard, j’aurai vu Dharamsala et le Dalaï-lama. Lobsang, elle, est toujours à Pokara.

Revenir jusqu’ici pour revoir les montagnes, mais aussi pour la retrouver. Passer quelques heures encore avec elle, lui raconter. Lobsang et sa carte de réfugié n’iront peut-être jamais jusqu’en Inde, et malheureusement certainement pas au Tibet.

Huit mois de voyage pour rencontrer une foi incarnée dans une existence qui n’a pas eu le choix. Pas d’éducation, mais une force et une intelligence transmises par une religion qui fait vivre l’espoir. Lobsang n’est peut-être pas la plus pauvre, peut-être pas la plus seule, mais Lobsang me touche et justifie rien qu’à elle tout le chemin que j’aurai parcouru jusque-là.

Petit matin d’octobre sur Daramkot. Un peu comme un jour d’automne dans mes contrées jurassiennes lointaines.

Un village de l’Himashal Pradesh, flanqué sur les versants des montagnes, où la brume matinale se faufile partout et parfois s’installe pour de trop longues journées grises.

On découvre de petites habitations de pierre, au hasard des chemins que nous empruntons dans cette atmosphère de cocon percé de-ci de-là d’un rayon de lumière.

Qu’elles sont belles, ces maisons naines, construites sur deux étages minimalistes, où s’entassent des familles nombreuses. Dehors, c’est l’univers des biquettes, des buffles et des ânes gris.

Nos jours à Daramkot s’écoulent dans cet espace presque sans repères, dans cet horizon d’ombres en demi-tons, au fil de journées consacrées à la lecture, à l’écriture.

Quelques kilomètres plus bas, c’est Dharamsala et le Dalaï-Lama.

A présent loin du Ladakh, en terres indiennes et pourtant si près des Tibétains. Qu’est devenu ce peuple en exil? Qu’est donc ce nouveau Tibet?

Lire la suite »

Au pays des dzos

Le Népal sous la pluie en plein mois de juillet. Une belle mousson asiatique comme celle que j’avais connue au Laos en 2003. Ce plaisir de pouvoir se détendre en se disant qu’il pleut et que c’est comme ça. Ralentir un peu.

Après avoir parcouru les routes et suivi le rail depuis l’ouest, après avoir dû tourner autour du Tibet pour pouvoir le pénétrer, et après avoir franchi cette fabuleuse barrière himalayenne, je me sens comme arrivée à la fin de la première partie d’une histoire.

Mes jours au Népal, petit prologue à sa suite, s’écoulent un peu paresseusement,  au bras de mon amie, car Catia m’a rejointe et nous sommes deux filles sur la route à présent.

En moi résonne comme un besoin où le calme pourrait s’imposer pour intégrer, pour s’adapter.

Trois petites semaines entre Katmandu et Pokhara, charmées par la liberté, l’accueil et l’intelligence des gens. A vivre et à se raconter, à partager.

Errer dans les ruelles de la capitale, un peu bousculées par les bruits des klaxons et les invitations trop pressantes des marchands.

Eviter le regard des singes par endroits maîtres de la ville, et voir le clapotement du ciel s’amuser sur les eaux du Phewa Tal alors que le crépuscule s’installe.

Monter jusqu’à la Shanti Stupa, collantes de sueur et les sangsues accrochées aux chevilles pour voir Pokhara sous le soleil écrasant du mois de juillet.

Cette première rencontre avec le Népal ne laissera aucune image, je les perdrai toutes. Et pourtant déjà tant à raconter. Le Népal mérite plus que d’être une introduction à quelque chapitre, c’est une séduction quasi instantanée, et une histoire que je continuerai.

Bientôt le Ladakh, et puis je reviendrai.

Plus que quelques jours pour nous emmener vers cette Inde que je souhaite depuis mes tout premiers rêves de voyage, et vers ses montagnes que j’espère voir plus libres que celles que je viens de quitter.

Entre temps, Vârânasî et New Delhi, sous la chaleur insoutenable du véritable été indien et dans l’odeur prenante de leurs ordures. A peine quelques heures pour voir le Gange et ses ghats, une nuit à voyager en train et un millier d’images en tête.

La pauvreté jetée au visage, et la beauté au fond des yeux. Une première impression de cette Inde-là.

L’Inde est un géant, la plus grande démocratie du monde, et il me faudra des mois pour peu à peu la découvrir et apprendre à la comprendre.

Pour l’instant je veux revoir les montagnes, sentir l’altitude. Et vivre quelques temps au pays des dzos.

Leh-317

Lire la suite »

TIBET

18 juin 2009. Je suis à Chengdu, plus de 4 millions d’habitants, étouffée dans une chaleur lourde et dans une brume de pollution, pour un nouvel objectif: obtenir le droit de partir au Tibet…

J’avais vu Chengdu il y a six ans, j’avais gravi l’Emei Shan et avais admiré avec tendresse les jolis bébés pandas. Mais cette fois-ci, et après le Xinjiang, ma motivation à redécouvrir cette Chine de l’est est bien faible. Suffisamment agacée par le tumulte des villes et par ce que j’ai vu, je n’ai qu’une envie, partir pour Lhassa.

Alors je patiente et laisse couler le temps entre l’air humide brassé par les ventilateurs de ma chambre et la moiteur de l’atmosphère des jardins de ma guest-house. Quelques escapades, à peine plus loin que le bout de la rue, où je ne m’arrête que sur la Chine que j’aime, sur ses vieux, sur ses masseurs aveugles, sur le petit peuple qui vit juste là, si souriant mais si inconscient.

Dix jours à organiser un voyage pour le toit du monde selon les règles millimétrées de la République Populaire de Chine. Car même si elle se targue d’ouvrir l’accès au Tibet grâce à son nouveau train Pékin-Lhassa, elle ferme ses routes aux étrangers pour mieux contrôler, pour mieux encaisser.

Elle ressert peu à peu les possibilités et étend de plus en plus son implacable autorité…

L’entrée par l’ouest est si compliquée par le nombre de permis et d’autorisations qu’elle demande, si coûteuse par l’organisation qu’elle suscite et si éprouvante par les chemins qu’elle emprunte, que la plupart des voyageurs ne s’aventurent pas sur les hautes routes de l’ouest du Tibet.

L’accès par l’est est quant à lui interdit; il est devenu impossible aujourd’hui d’acheter un billet pour le bus qui emprunte les cols grandioses de la Quichua-Tibet Highway. Quand on est à l’est, on prend le train sagement, comme tout le monde, avec son permis et son tour organisé, et on remonte jusqu’à Xinning pour entrer par le Nord.

Le Grand Timonier Mao avait déjà rêvé de ce train mais n’en avait pas eu les moyens. Deng Xiaoping, le Petit Timonier, jette les bases du projet, et Hu Jintao, l’ingénieur, en achève la réalisation entamée par son prédécesseur, Jiang Zemin.

Avec l’ouverture de cette ligne en 2006, Lhassa devient la station terminus provisoire d’un train colonisateur qui déverse chaque jour sur place touristes et fonctionnaires chinois afin de rendre irréversible la conquête de l’ouest façon Han.

trainChengduLhasa-23trainChengduLhasa-42

Lire la suite »